[CRITIQUE] Brutus vs César, de Kheiron

Le pitch : Face à la tyrannie de César qui agit en maître absolu sur Rome, les sénateurs Rufus et Cassius fomentent un complot pour l’assassiner. Pour avoir le soutien du peuple, ils proposent à Brutus, le fils renié de César, d’être celui qui lui portera le coup de grâce. Seul problème : Brutus est un marginal qui n’a pas du tout les épaules taillées pour le costume…

Réaliser par Kheiron
Disponible sur Amazon Prime Video depuis le 17 septembre
Avec Kheiron, Thierry Lhermitte, Gérard Darmon, Lina El Arabi, Reem Kherici, Ramzy Bedia, Pierre Richard…

Après les excellents Nous Trois Ou Rien (2015) et Mauvaises Herbes (2018), Kheiron change de registre pour son troisième film. Loin de puiser dans ses expériences personnelles (ou celles de ses parents), Brutus vs César est une comédie purement fictive dont la sortie cinéma a été annulée suite à la pandémie Covid-19. Le film se retrouve donc, comme Forte et Bloodshot il y a quelques mois, disponible gratuitement pour les abonnés Amazon Prime Video depuis le 17 septembre dernier. Un mal pour un bien puisque le fait d’atteindre un public bien plus réduit permettra au film de Kheiron de ne pas se manger un four brutal.

En effet, Brutus vs César est tout simplement une énorme plantade à de nombreux niveaux. La force des deux premiers films de Kheiron était leurs écritures inspirées par des faits réels, entre la capacité de prendre du recul face à des événements tragiques et celle de capter la beauté fragile des instants heureux. Nous Trois Ou Rien et Mauvaises Herbes réussissait à réunir des portraits opposés et à les accorder à merveille. En optant pour une comédie fictive bien que très (très) librement inspirée par l’Histoire, le scénario de Kheiron atteint ses limites dès le début du film, en optant pour des mini-sketchs autour d’un héros qui change de storyline toutes les cinq minutes : on le découvre d’abord enfant rejeté et en moins d’une demi-heure, il devient rebelle, prisonnier, libre puis partisan gaulois. Ça fait beaucoup et l’ensemble est difficile à suivre car le spectateur n’a pas le temps de sympathiser avec ses différentes situations tant le récit nous bringuebale d’un point à un autre sans laisser de temps de respiration – même si, bon, admettons-le, on est loin de la complexité de Tenet hin.
Ajoutons à cela, le fait qu’il est difficile d’ignorer le fait que Brutus vs César fait l’effet d’une sous-copie d’un certain Astérix : Mission Cléopatre, un film toujours aussi efficace depuis 2002 et réalisé par Alain Chabat à l’époque. En fait, c’est même pire que ça : Brutus vs César fait penser à Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté de Laurent Tirard (2012), qui déjà essayait de faire une copie du film d’Alain Chabat. Et comme on a pas beaucoup de péplum français de référence (et qu’un seul Alexandre Astier), c’est quasiment impossible de ne pas faire le lien ni de ne pas tendre l’oreille pour entendre la mention d’un des célèbres Gaulois – autant vous le dire de suite, ce ne sera pas le cas, Kheiron se cantonne aux personnages connus ayant un poil existé (et heureusement).

Autre bémol qui rend l’expérience Brutus vs César pénible, c’est la pauvreté de l’ensemble. Le fait qu’on oscille entre le film à sketchs ou l’appel du pied au film de Chabat aurait relativement été pardonnable si le tout fonctionnait néanmoins. C’est simple, le film n’est pas drôle. Toutes les tentatives d’humour tombent à plat ou dégouline sous le radar, tout comme le running gag autour de Vercingétorix… c’est plutôt décevant car on ne croit jamais aux personnages, ni à leurs intérêts dans l’histoire pour la plupart. Peut-être qu’au lieu d’inviter tous les copains à la fête, il aurait fallu se centrer sur une poignée de personnages clés, au lieu de s’éparpiller dans des parenthèses inutiles. Coté costume et décors, ce n’est pas mieux : entre des déguisements halloweenesques et des lopins de terre vides qui servent de décors, Brutus vs César a bien du mal à nous faire croire à la grandeur de Rome (ni à Rome tout court, d’ailleurs), tandis que la distance entre Rome et la Gaulle est difficilement crédible – puisque les Gaulois semblent se trouver dans une forêt paumée à dix minutes de marche de Rome. Kheiron a probablement dû se contenter du strict minimum coté budget, et le résultat s’en ressent à l’image, quand on voit l’austérité de l’ensemble.

Après deux très bons films, c’est très difficile d’admettre que Kheiron ait pu se planter à ce point-là, mais malheureusement, je n’ai rien trouvé à sauver dans ce film et encore moins le casting présent uniquement pour cachetonner tranquillement.
Aux cotés de Kheiron, on retrouve de beaux noms dont Thierry Lhermitte (Joyeuse Retraite !…), Gérard Darmon (Brillantissime…) et même Pierre Richard (Les Vieux Fourneaux…), qui n’ont pas dû se fouler beaucoup pour composer leurs personnages, tandis que Ramzy Bedia (Balle Perdue, Tout Simplement Noir…) joue un César à peine crédible et que les seconds rôles féminins, campés par Lina El Arabi (Noces, Kaboul Kitchen…), Reem Kherici (Jour J, Paris à Tout Prix…) ou encore Eye Haïdara (Le Sens de la Fête, Deux Moi…), tentent la carte du girl power avec la subtilité de forceps rouillés. À noter également, les copains de passage : Artus, Berengère Krief, Issia Doumbia, et j’en passe… vous avez compris l’idée : on se marre toujours bien entre potes, mais la transition sur écran n’est jamais évidente.
Seul petit clin d’œil qui m’a fait plaisir, c’est d’avoir retrouver le jeune Aymen Wardane qui joue à nouveau la version enfant du personnage Kheiron. C’était déjà lui qui jouait Wael enfant dans Mauvaises Herbes (voir la critique pour l’anecdote qui va avec).

En conclusion, vous l’aurez compris : la sortie ciné qui opte pour une diffusion sur Amazon Prime Video, ce n’est jamais bon signe. Et pourtant, c’est douloureux de voir un film de Kheiron s’enliser dans un tel récit aussi vilain, brouillon, monotone et fade qui ne ressemble pas du tout à ses précédents succès. À éviter.

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