[CRITIQUE] Welcome To The Blumhouse : 4 films, 3 avis et 1 abandon

Il y a quelques jours, Amazon Prime Video a lancé son mini-partenariat avec la maison de production Blumhouse avec 4 films de genre disponibles sur la plateforme pour les abonnés. Blumhouse, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est la maison de production créée par Jason Blum, le pro de l’horreur low-cost au cinéma qui s’est fait connaître en produisant quelques petites pépites rapidement devenues des franchises comme Paranormal Activity, Insidious et American Nightmare. Si le concept est simple (mini budget pour un max d’effets), le résultat n’a pas toujours été convaincant. La maison a son nom affiché sur de nombreux succès où l’horreur est une notion qui oscille entre la flippe, le jumpscare et la comédie noire avec par exemple : Sinister, Insidious, Paranormal Activity, Mirror, Happy Birthdead, Get Out. Mais Blumhouse est aussi sur des petites prises de risques savoureuses (car n’oublions pas qu’un des premiers films produits par blumhouse est Fée Malgré Lui, soit le film où Dwayne « The Rock » Johnson devient l’équivalent US de la petite souris, the Tooth Fairy), la maison aime donc varier les genres et parfois ça a donné du très bon comme le Whiplash de Damien Chazelle, Split de M. Night Shyamalan ou encore Blackkklansman de Spike Lee.
Mais malheureusement, pour une dizaine de films honorables, Blumhouse se traîne une bonne pelletée de casseroles avec des films d’horreur scolaires et fabriqués avec des bouts de ficelles : entre intrigues fumeuses, tournages de nuits, pseudo foundfootages foireux, maisons hantées par des courants d’airs et jumpscares en-veux-tu-en-voilà… les films Blumhouse bouffent à tous les râteliers et font trop souvent dans l’horreur facile pour exciter un public impressionnable et gratter du dollar. Un mal pour un bien quand il s’agit de renflouer les caisses et financer un projet solide par la suite, c’est bien aussi quand cela permet à un réalisateur de se faire remarquer (genre Mike Flanagan par exemple)… certes, mais c’est tout de même bien pénible pour un amateur d’horreur et de frissons quand on se retrouve devant un Nightmare Island absolument crétin par exemple – c’est le dernier caca sorti au cinéma cet année (pour l’instant), juste avant les plus réussis Invisible Man et The Hunt.
Résultat, pour moi, le nom Blumhouse est plus souvent synonyme d’un bousin que d’un film qui va valoir le détour. Mais en bonne maso que je suis, je finis souvent par me laisser tenter (parce que j’ai une carte UGC, un accès à une plateforme SVOD car certains films sont dispos sur Netflix ou Prime, une invitation ou euh un moyen alternatif – chhhhut).
Donc au début du mois, Amazon Prime Video lance Welcome To The Blumhouse, un événement réunissant quatre films a priori produit exclusivement pour être diffusé sur une plateforme Svod. Mmmmmmmmmoui, sauf qu’en cherchant bien, il s’avère que certains de ces films ont eu un parcours en festival, ce qui signifie qu’il y avait tout de même un espoir d’arriver en salles de cinéma. Mais entre des retours médiocres en festoche et la crise sanitaire, Jason Blum a surtout eu le flair de recycler ces films et de les vendre à Amazon en exclu. Voilà. Un peu comme les films Forte ou Brutus vs César, sauf que ces films-là n’en ont pas fait tout un foin.
Oui mais voilà, sauf si on s’appelle Disney, quand on a un film auquel on croit, on n’hésite pas à repousser la sortie pour que cela puisse se faire en salles. Je suis toujours dégoûtée de savoir que Mulan et Soul atterrissent sur Disney+ directement, d’autant plus que j’ai eu la chance de voir Mulan en projection presse avant le confinement et je trouve que le film était plutôt [EMBARGO]. Je n’ai pas encore le droit de vous le dire… Revenons à nos moutons.
Je n’ai pas suivi l’ordre des films, évidement, car quand j’ai regardé le premier, j’ai été attirée par le pitch avant de connaître l’existence de Welcome To the blumhouse. À la base, l’ordre (de sortie) est Black Box, The Lie, Evil Eye et Nocturne, mais bon on s’en fout vu qu’ils n’ont aucun lien entre eux.
Attention : pour lire les [SPOILERS] il faut passer le texte en surbrillance 🙂

Nocturne, de Zu Quirke

J’ai donc commencé par Nocturne. Le film est réalisé par Zu Quirke, une réalisatrice britannique, avec les actrices Sydney Sweeney (Euphoria…) et Madison Iseman (Jumanji, Annabelle – La Maison du Mal…) en tête d’affiche. Le pitch m’a tapé dans l’œil : deux sœurs jumelles pianistes et rivales. L’une est talentueuse et dans la lumière, l’autre stagne dans l’ombre jusqu’à ce qu’elle tombe sur un mystérieux journal truffé de références occultes et partitions étranges. Rapidement, les choses vont tourner en sa faveur…
Si le coup des musiciennes rivales semble faire écho au film The Perfection de Netflix, la ressemblance avec Nocturne s’arrête là. Au passage, jetez-vous sur le film The Perfection, il est excellent et inattendu. D’un côté, j’ai aimé le cadre simple et gentiment sombre de Nocturne : c’est prévisible et facile, mais juste assez ce qu’il faut de tension pour funambuler à la frontière entre le teen drama et le frisson adolescent. L’ensemble ne casse pas trois pattes à un canard mais offre de bonnes idées pour suivre l’évolution de son héroïne, sans véritablement savoir si le point de vu satanique est véritable ou si elle a tout simplement perdu la boule. En fait, le film de Zu Quirke ressemble beaucoup à Black Swan car on y retrouve beaucoup de similitudes, à commencer par une histoire qui propose le même type d’héroïne(s) : le personnage un peu timide et mu par une envie de réussir vorace, académique mais assidue et à la sexualité plus ou moins refoulée, qui va rapidement gravir les échelons et se désinhiber au cours de son ascension. Une ascension qui aura un prix, forcément. La mise en scène et les tableaux jouent de la même façon avec la réalité, parfois on ne sait plus vraiment ce qui est vrai et ce qui est faux, si bien qu’on se retrouve avec le même doute au final : phénomène paranormal ou folie pure ?
J’ai plutôt bien aimé ce film, objectivement moyen mais suffisamment convaincant pour m’embarquer. Du coup, je me suis dit, allez… voyons voir les autres films de Welcome to the Blumhouse.
[SPOILER] À la fin, l’héroïne se suicide et se jette du toit de l’école. La question reste en suspens : a-t-elle imaginé les pouvoirs du journal ou ces derniers étaient-ils vrais ? Pour ma part, je pense qu’elle était folle, comme le perso de Natalie Portman dans Black Swan.  [/SPOILER]

The Lie, de Veena Sud

Le deuxième film que j’ai vu c’est The Lie, de Veena Sud, une réalisatrice Canadienne, avec Joey King (The Kissing Booth 2, I Wish : Faites Un Vœu, Conjuring : Les Dossiers Warren…), Peter Sarsgaard (Escobar, Jackie, Les Sept Mercenaires…) et Mireille Enos (Katie Says Goodbye, The Killing…). Veena Sud est avant tout une scénariste connue pour son travail sur les séries Cold Case et The Killing. Cette fois, l’histoire parle de parents prêts à tout pour protéger leur fille, lorsque que celle-ci leur avoue avoir tué une de ses copines, sous le coup de la colère.
The Lie est plus un thriller psychologique qu’un film d’horreur, l’intrigue démarre assez rapidement et permet de se plonger d’emblée dans ce qui semblait être un bon thriller glacé. Oui mais voilà, quand un personnage agit bêtement dans un film, on se dit bon… passage obligatoire, mais quand les deux parents cumulent des erreurs qui finissent plus souvent par les enfoncer qu’autres choses, ça devient compliqué. À croire que ces personnages n’ont jamais vu un épisode des Experts ou lu un polar de leurs vies, ce qui est un comble pour une scénariste spécialisée en intrigue policière. Le manque de logique des persos, l’absence de remords de l’adolescent rend l’ensemble bancal et j’ai fini par me désintéresser de l’histoire tant ça devenait navrant… jusqu’au tout dernier twist qui m’a tout de même laissée sur le cul, même si c’était franchement illogique avec une certaine image vue au début… maintenant je sais que c’était un rêve, mais bon… The Lie cherche véritablement à insinuer le contraire. Du coup, même si les cinq dernières minutes m’ont vraiment fait tomber la mâchoire, je ne recommande que moyennement ce film.
[SPOILER] En réalité : la fille (Joey King) a menti, elle n’a pas tué son amie qui avait en fait fugué pour passer du temps avec son petit ami. Les deux avaient inventé ce stratagème en pensant que ce serait drôle. La gamine a vu ses parents se rabibocher donc elle a continué à mentir, sans réaliser que les deux adultes avaient commis l’irréparable en tuant le père de l’autre fille. Weird. [/SPOILER]

Evil Eye, de Elan Dassani et Rajeev Dassani 

Le troisième film que j’ai vu, c’est Evil Eye, un film américano-indien réalisé par Elan Dassani et Rajeev Dassani, avec l’actrice Sunita Mani vue dans les séries GLOW et Mr Robot. Comme les autres films, sur le papier l’histoire était prometteuse. On y découvre une mère inquiète qui projette un ancien trauma sur la vie amoureuse de sa fille. En effet, la mère a été agressée plus jeune par un ancien amant qui a tenté de la tuer et, pour une raison obscure, elle se persuade que le nouveau prétendant de sa fille pourrait bien être la réincarnation de ce sale type. Bercé entre les traditions et les croyances hindi, Evil Eye aurait pu fonctionner s’il n’était pas aussi incohérent. Si les motivations de la mère sont compréhensibles, rien ne semble corroborer ses inquiétudes pendant une bonne partie du film. Par conséquent, on dirait simplement qu’on a affaire à une maman poule qui a tendance à trop vouloir s’infiltrer dans la vie amoureuse de sa fille qui a choisi un prétendant en dehors des rencontres traditionnellement arrangé. De plus, de son coté, la fille semble vivre une romance tranquille, sans qu’aucune ombre ne vienne planer sur son bonheur, si ce n’est l’obsession de sa mère. Et quand je dis « de son coté », ce n’est pas qu’une simple formule : la mère et la fille vivent loin l’une de l’autre, la première étant en Inde et l’autre aux Etats-Unis. Le seul moment où leurs relations se croisent, c’est quand elles s’appellent, en dehors de ça, les deux femmes sont dans deux films différents : la mère dans un film d’angoisse, la fille dans une romance toute bête. Du coup, on y croit jamais car, je le rappelle, rien dans les faits et gestes ne laisse croire que cet homme soit mauvais. Au contraire, puisqu’il ressemble au prince charmant idéal pour l’héroïne qui n’hésitera pas à quitter son job et à s’installer avec lui – pour vivre à ses crochets, hum, pardon, pour poursuivre son rêve d’écriture. Où est le problème ?

Ce n’est, ô surprise, que dans les dernières minutes que les masques tombent, mais c’était déjà trop tard pour essayer de capter mon attention sur ce thriller capillotracté. En plus, le film pousse le vice à oser conclure sur un message pseudo moralisateur sur l’importance de reconnaître les hommes toxiques. Wait, what ? On parle d’une réincarnation vengeresse ou d’un simple pervers narcissique ? C’est un film de genre fantastique ou un simple drame moyennement psychologique ? Faudrait se décider au lieu de voir bouffer à tous les râteliers. Et c’est bien là le drame d’Evil Eye qui a mis tous ces œufs dans le même panier, sans se soucier de la cohérence de l’intrigue. À éviter.
[SPOILER] Incroyable : la mère avait raison, le petit ami de sa fille est bien la réincarnation de celui qui avait essayé de la tuer. Enfin, réincarnation / possession. Et beaucoup de bullshits. [/SPOILER]

Black Box, de Emmanuel Osei-Kuffour

Le quatrième et dernier film de Welcome to The Blumhouse est Black Box, de Emmanuel Osei-Kuffour, un réalisateur américain originaire du Ghana, avec l’acteur Mamoudou Athie, qu’on a pu apercevoir dans les films Underwater, The Circle ou encore la série Sorry For Your Loss, et également Phylicia Rashad (la maman de Creed). L’histoire présente un père veuf atteint de troubles de la mémoire suite à un accident tragique. Grâce à un traitement par la réalité virtuelle, il est transporté dans son subconscient, ce qui va mettre sa santé mentale à l’épreuve.

Là comme ça, je pense à Abre Los Ojos ou Vanilla Sky mais surtout je dis stop. Je me suis mangé 3 films médiocres de l’écurie Blumhouse, donc je n’ai absolument pas envie de pousser le pendant masochiste de ma cinéphilie à bout. Donc je n’ai pas vu ce film (d’où l’abandon cité dans le titre).

 

Au final, en lieu et place du frissons espérés, Welcome To The Blumhouse propose quatre thrillers avec des pendants parfois psychologiques ou fantastiques. Le problème reste néanmoins le manque de tension qui rend le résultat souvent fade ou à peine acceptable. Pour ma part, je sauve Nocturne du lot, mais sans grande conviction.

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