[SÉRIE TV] And Just Like That… : Cringe & the City (Spoilers alert)

Le pitch : Un regard incisif, irrévérencieux et parfois bouleversant sur l’amour, le sexe et l’amitié à New York passé 50 ans. Entre l’Upper East Side de Manhattan et le quartier du Village, un groupe de femmes doit affronter les affres de la vieillesse, du temps qui passe, des mariages qui se transforment en divorces, des enfants qui grandissent, des pressions sociales sur l’apparence et la réussite…
Suite de la série Sex & The City

Disponible sur Salto
Créée par Michael Patrick King
Avec Sarah Jessica Parker, Cynthia Nixon, Kristin Davis

18 ans après le clap de fin de la série Sex & The City et 2 films plus tard, nos copines New-yorkaises sont de retour pour partager leurs déboires amico-sentimentaux entre deuil, maternité, émancipation et nouveaux départs. Au-delà du fait que Kim Cattrall manque (cruellement) à l’appel, la série And Just Like That… navigue entre nostalgie, phénomènes de mode maladroits et de nombreux malaises qui transforment nos héroïnes jadis pionnières en « Karen » des temps modernes.
Retour sur la série et ses origines.

Souvenez-vous, à l’approche du millénaire, les séries télés fédératrices rimaient avec groupes d’adolescents aux amours troubles, sitcoms familiales et quelques (super)héros musclés mais bienséants. Quelques rares exceptions osaient se démarquer dans ce paysage lisse, majoritairement caucasien, hétéronormé et aux sourires « ultrabrite » : Will Smith apportait un peu de groove avec Le prince de Bel Air, Buffy  inversait combattait les clichés en tuant des vampires et le duo Mulder et Scully enquêtaient le surnaturel dans X-Files. Rien de bien fifou sous la lune, jusqu’au jour où quatre amies trentenaires ont osé parlé de sexe ouvertement à travers leurs folles vies new-yorkaises. Face aux Friends puritains, Sex & The City jouaient les rebelles en levant les tabous sur la sexualité des femmes trentenaires « non-casées », sur fond de quotidiens glamours entre paires de Manolo Blahnik et soirées huppées dans le dernier spot à la mode. Au menu, quatre héroïnes clichées dont le trait s’affine au cours de 6 saisons :

  • Carrie, l’héroïne, est rapidement devenue une icone fashion en campant ce personnage de romantique incurable, en quête d’amour mais souvent attirée par des salauds
  • Miranda, la workaholic qui consomme du mâle un poil soumis et pense surtout à sa carrière
  • Charlotte, la romantique bourgeoise qui n’accepte rien d’autre que le prince charmant (bourgeois lui aussi)
  • Samantha, la rebelle sexuellement hyper active qui consomme du sexe sous toutes ses coutures

D’apparence révolutionnaire pour l’époque, la série vieillit mal avec le temps. Malgré l’effet nostalgique, le réalisme des personnages finit par flancher (le job de Carrie vs son niveau de vie) et on finit par percevoir le lourd jugement qui est fait sur ces femmes, entre égoïsme frontal, culte de la superficialité et punition par la maladie pour l’insoumise du groupe.
Six saisons, une série préquelle et deux films plus tard, Sex & The City est devenue une de ces séries dont on pardonne (un peu) le manque d’ouverture grâce à nos bons souvenirs, mais qui fait grincer à chaque revisionnage (un peu comme Friends, d’ailleurs) : cast majoritairement blanc, clichés ou remarques légèrement homophobes (oui, même avec le meilleur ami gay), jugements éhontés sur les préférences sexuelles des autres (rappelez-vous quand Samantha s’est mise en couple avec femme) et j’en passe…
À défaut de réunir le quatuor pour une troisième film, 80% du casting principale se retrouve pour la série-suite And Just Like That… Pari réussi ?

Pour le positif, ce sera rapide. La nostalgie prend rapidement le dessus sur l’intérêt véritable pour la série. On retrouve Carrie, Miranda et Charlotte dans leurs vies confortables de cinquantenaires – une tranche d’âge d’ailleurs rarement explorée dans les films/séries, en couple et/ou mamans. Auteure à succès, Carrie convole joyeusement avec Big (pendant 1 épisode) et s’essaye au podcast (hmmm… radio ?), Charlotte est une housewife en quête de perfection et tente de suivre le rythme de ses enfants, tandis que Miranda donne une nouvelle direction à sa carrière et redécouvre l’amour. De nouveaux challenges pour nos héroïnes, dans un monde post-pandémique qui va vite et une grande pomme qui dévore encore plus vite.
La série conserve ses codes glamour et fashion, faisant rêver d’une vie de luxe avec ses grands appartements, des garde-robes impeccables et des femmes aux styles affûtés. Le trio va rencontrer de nouvelles acolytes, ajouter un peu de couleurs au casting, tout en surfant sur des thématiques actuelles pour rester à la mode comme la notion de genre, la sexualité et un peu de pandémie en toile de fond.
Malgré deux premiers épisodes plutôt larmoyants, And Just Like That… renoue rapidement avec la ton léger et la superficialité solaire qui a fait le succès de Sex & The City.

Coté négatif, c’est un peu la débandade et un festival de malaises pour de nombreuses raisons.
Difficile d’ignorer le traitement réservé à Samantha : dès le début de la série, on apprend que les amies se sont brouillées et que Samantha est partie vivre à Londres. On ne l’apercevra qu’à travers des textos diffus, mais la série insistera lourdement sur le fait que c’est elle qui a gâché l’amitié. Ce qui est un peu gênant, quand on sait que les trois actrices (Sarah Jessica Parker, Cynthia Nixon et Kristin Davis) ont toujours été en conflit avec Kim Cattrall et n’ont pas voulu qu’elle reprenne son rôle. Aïe. Pire, il faudra aussi composer avec une tentative flagrante de remplacement, avec l’introduction de l’agente immobilière de Carrie (moins libertine, néanmoins).
La mort de Big et la gestion du deuil de Carrie : c’est plus ou moins compréhensible, on va dire. Alors que la série est en cours de tournage, un scandale éclate autour de Chris Noth et il est évincé du show. Du coup, le personnage meurt tragiquement dès le premier épisode. Après un second épisode douloureux, la série gère tant bien que mal l’absence de Big en rebattant les cartes pour Carrie qui, après quelques grimaces forcées, reprend vite du poil de la bête, le chemin des dates et ose même se vanter qu’elle gagne la course de la pire rupture parce que son mari est mort !!! Alors chacun gère le deuil à sa façon, certes, mais l’écriture de la série manque souvent de tact et de recul sur un sujet aussi délicat, coincé dans une saison de 10 épisodes (au lieu de la vingtaine à l’époque). Et puis, surtout, la pire rupture, c’est bien le post-it de Burger !
La Karen-isation des personnages : une Karen, c’est quoi ? Et bien c’est souvent une femme de type caucasien, d’un certain âge, pas forcément issue d’un milieu très privilégié financièrement, mais qui bénéficie des privilèges liés à sa couleur de peau. Elle criera au manager si un employé n’obéit pas à ses ordres et n’hésitera pas à dénoncer une situation qui ne la concerne pas, pour prouver qu’elle n’est ni raciste, ni homophobe, ni sexiste, etc… (mais généralement, son discours décousu et sans fond prouvera le contraire). Cette description n’est évidement pas exhaustive mais vous avez l’idée.
Entre en scène nos héroïnes, femmes d’un certains âges, qui vivent dans un milieu aisé sans avoir la délicatesse de faire semblant de travailler et semblent se téléporter d’un point A à un point B, tout en disséquant le monde qui les entourent avec un poil de jugement et d’incompréhension à la limite du dédain, tant elle sont déconnectées de la réalité (Carrie se demandera comment sa jeune voisine du dessous peut se payer un appartement en plein Manhattan, alors qu’elle nous a fait le même coup en bossant une fois par semaine…). En tête de peloton, Miranda va se distinguer à de nombreuses reprises face à sa professeur afro-américaine, en faisant des remarques déplacées sur ses cheveux ou en voulant absolument la défendre en criant au racisme systémique sans raison valable. Gê-nant. J’aurai préféré qu’on s’attarde sur son alcoolisme latent (sous les yeux d’une Carrie qui n’en a rien à faire), plutôt que de bricoler une amitié forcée qui, avec un tel démarrage, n’aurait pas dû exister.

Le genre et les couleurs, ces phénomènes de mode : n’ayant rien de vraiment fifou à raconter, And Just Like That… va se raccrocher aux branches en surfant sur des vagues sociétales « trendy » comme le genre et la sexualité. Si on comprend tout à fait que Cynthia Nixon souhaite que son personnage explore une autre sexualité, c’est tout de même au détriment d’un mariage qu’on nous a raconté pendant 2-3 saisons (et 2 films) et d’un Steve qui devient un papy sourd avant l’heure. Et il y a aussi le personnage de Charlotte qui va devoir composer avec un de ses enfants qui se définira comme non-binaire. Malheureusement, comme beaucoup d’autres séries qui voudront se raccrocher à ce wagon, le sujet ne sera pas vraiment creusé et traité avec un joli manque de tact (avant de rapidement changer de braquet). Dans tous les cas, les personnage de Rock et Che sont accolés à la trame de la saison, comme une bonne idée énoncée au moment du pitch de la série, mais en réalité, le sujet n’est pas vraiment exploré.
En ce qui concerne les personnages issues de minorité ethnique, cela fait du bien de voir plus de diversité dans l’univers de Sex & The City. Mais dommage qu’il ait fallu passé par une intégration au forceps : dans un épisode, Charlotte souhaite inviter une nouvelle amie à un diner entre amis. Mais vla-t-y pas qu’elle réalise qu’elle n’a que des amis Blancs et que son invitée sera la seule personne de couleur. Jusque là, cette gêne est compréhensible (d’ailleurs, on verra la situation inverse explorée un plus tard, et puis on a tous vu le film Get Out). Mais voir Charlotte racoler toutes ses connaissances noires pour éviter le « problème »… C’était incroyablement gênant. Heureusement, les relations avec ces nouveaux personnages se fluidifient au cours de la saison…

En conclusion, est-ce que And Just Like That… vaut le détour ? En tant que série unique, forcément non. Le mode de vie déconnectée des héroïnes et l’absence de véritables dramas (en dehors de la mort de Big, expédiée rapidement) rend l’ensemble pantouflard, à la limite de la démonstration ostentatoire de richesse. Néanmoins, en tant que suite de Sex & The City, la série fait appel à notre nostalgie et devient rapidement familière, si bien que je me suis moi-même surprise à poursuivre mon visionnage malgré mes nombreuses critiques et autres grimaces. Si suite il y a, j’aimerais moins de moments « cringe » autour, par exemple, d’une ado trop gâtée qui crise à l’idée de mettre un tampon, et plus de sujets de fonds comme l’envie ou non d’avoir un enfant même à un âge avancé, l’alcoolisme au féminin ou encore le célibat à cet âge… autant de sujets prometteurs, malheureusement survolés ou ignoré au cours de cette course saison. Affaire à suivre ?

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