Épouvante-horreur

[CRITIQUE] Abuela, de Paco Plaza

Le pitch: Susana, un jeune mannequin espagnol, est sur le point de percer dans le milieu de la mode parisien. Mais quand sa grand-mère est victime d’un accident la laissant quasi paralysée, Susana doit rentrer à Madrid dans le vieil appartement où elle a grandi afin de veiller sur celle qui constitue son unique famille. Alors qu’approche leur anniversaire commun, de vieux souvenirs resurgissent en parallèle d’événements étranges, et le comportement de sa grand-mère devient de plus en plus inquiétant…

Heureux co-papa de les deux premiers films de la franchise [Rec] en collaboration avec Jaume Balagueró, Paco Plaza a refait route en solo. Avec un [REC]3 Génesis qui frôlait la comédie horrifique bordélique et le récent Verónica tout juste satisfaisant, le réalisateur espagnol décide cette fois de questionner la mort et la jeunesse avec le film Abuela (Prix du Jury au Festival de Gerardmer 2022).
Entêtant et soigné, Abuela nous enferme rapidement entre le face-à-face intriguant entre une jeune femme et sa grand-mère diminuée, entre souvenirs d’enfance tronqués et comportements étranges. Si l’on devine rapidement qu’il y a anguille sous roche, le film observe cette jeune femme, belle et jeune (mannequin de surcroît), qui prend soin de son aïeule dont le corps est marqué par l’âge et le temps. Le cadre est austère, vieillissant et inquiétant, tandis que les journées tranquilles sont entrecoupées par des nuits troublantes, entre rêves et cauchemars. Avec Abuela, Paco Plaza s’interroge sur le rapport au corp et au vieillissement dans un écrin angoissant où l’absence de réponse contribue à rendre le film encore plus dérangeant. Grâce à son ambiance glacée et les décors d’un appartement souvent noyé dans la pénombre, le film accentue le frisson avec des touches paranormales ou ésotériques qui s’intensifient au fur et à mesure que l’histoire avance. Paco Plaza signe là son film d’épouvante le plus appliqué depuis qu’il s’est émancipé de la saga [Rec] en proposant une réflexion intéressante dans un format horrifique. À l’instar de films comme Babadook, It Follows ou le récent Candyman, Abuela n’utilise pas que les codes horrifiques pour faire réagir, mais va également piocher dans des peurs communes : ici, la peur de vieillir et de mourir.

Erreur de montage ou volonté explicative, le film m’a un peu déçue dès l’introduction du film qui en dévoile beaucoup trop à mon goût. J’ai rapidement deviné le mystère qui plane au-dessus des personnages, car j’ai immédiatement pensé au film La Porte des Secrets de Iain Softley (2005) qui surfe sur un récit similaire. Cependant, même si ces premières minutes ont un chouilla gâché mon plaisir de découvrir le « pourquoi-du-comment » final, le traitement général m’a tout de même emballée. Abuela reste un film surprenant et intelligent, car il va chercher la peur psychologique, notamment celle inavouable (la crainte de devoir s’occuper de ses vieux jusqu’à la fin face à la peur de vieillir) au lieu de proposer des jumpscares trop frontaux, ce qui rend l’ensemble terrifiant à de nombreux niveaux. Même si le film est animé par un sous-texte paranormal, Abuela propose une œuvre efficace qui n’a pas forcément besoin d’être explicite pour faire son petit effet.

Au casting, Almudena Amor véhicule à merveille les appréhensions de son héroïne, partagée entre son devoir et l’envie de reprendre le cours de sa vie, tandis que Vera Valdez parvient, malgré la mobilité réduite de son personnage, à instiller une angoisse insidieuse tout au long du film.

En conclusion, malgré une introduction qui en dévoile trop pour le bien du film, Paco Plaza propose une terreur psychologique efficace et dérangeante, portée par une réflexion sur l’âge, la parenté et le corps, sur fond d’ésotérisme sombre. À voir – sauf pour les gérontophobes.

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