[CRITIQUE] Candyman, de Nia DaCosta

Le pitch : Anthony McCoy, artiste, vit à Chicago, avec sa femme, directrice d’une galerie d’art. En panne d’inspiration, il découvre la légende de Candyman. Il commence à s’en inspirer pour ses peintures. Cela va faire ressurgir en lui un passé sanglant. Il va peu à peu perdre la raison. Selon la légende, on peut invoquer Candyman en prononçant son nom cinq fois en se regardant dans un miroir. Meurtres macabres et légendes urbaines se mêlent à la terreur de cette ville traumatisée.

Avez-vous déjà osé prononcer cinq fois « Candyman » devant votre miroir ? Malgré ses 29 ans, le film original de Bernard Rose est toujours aussi culte et évoque, à la manière d’un Freddy, le souvenir d’un croque-mitaine insaisissable et quasiment invincible. À l’époque, le film Candyman utilisait l’horreur pour cristalliser les ghettos afro-américains, pour en dénoncer la pauvreté et la discrimination au faciès dans un cercle vicieux destiné à enfermer les minorités dans un carcan de violence. De ce film est né une trilogie à l’efficacité discutable : Candyman 2 de Bill Condon (1995), puis Candyman 3 : Le Jour des Morts de Turi Meyer (1999) qui a été distribué directement en vidéo.

Comme beaucoup de films cultes, Candyman s’offre une nouvelle jeunesse sous la houlette d’une réalisatrice, Nia DaCosta, à la renommée grandissante depuis son premier long-métrage Little Woods, jusqu’à avoir été choisie pour réaliser The Marvels, la suite de Captain Marvel. S’appuyant sur un scénario co-écrit avec Jordan Peele (Get Out, Us…), toujours à partir de la nouvelle The Forbidden de Clive Barker, Candyman circa 2021 se modernise avec sa thématique. Toujours centré sur la communauté afro-américaine, le film suit le parcours d’un peintre en panne d’inspiration vivant dans l’ancien Cambrini-Greene, aujourd’hui devenu un quartier plus privilégié, à la frontière des ruines de l’ex-ghetto.
Dès le départ, le film de Nia DaCosta pose un constat actuel sur la gentrification urbaine des anciens ghettos, devenu cool en attirant une population d’artistes, préparant ainsi le terrain pour le retour de son croquemitaine au crochet. En enquêtant sur le passé, Candyman réveille des rancœurs non digérées, dénonce toujours une discrimination systémique – peut-être un poil plus voilée qu’à l’époque, mais carrément plus marquante à cause de l’actualité récente aux États-Unis – tout en déterrant, évidemment, un secret bien enfoui.
Nia DaCosta soigne son film : loin de l’imagerie poisseuse du film de 1992, Candyman nous immerge dans une photographie stylisée, avec une ambiance à la fois bourgeoise et macabre. Les décors ont leur importance, la réalisatrice s’en inspire pour créer des moments de tensions à travers les miroirs et autres reflets, gardant un équilibre frissonnant entre le réel et le fantastique. Ainsi, le film offre quelques scènes savoureuses, qui – malgré ses nombreux jumpscares loupés – sont sympathiques à découvrir dans les arrière-plans.

Cependant, malgré son approche intéressante, Nia DaCosta livre un film un peu amorphe, qui avance trop lentement pour finalement proposer du déjà-vu dans un remoot (remake/reboot) aux détours attendus. Si, malgré lui, Candyman profite des éclats tragiques des scandales qui ont eu lieu récemment aux États-Unis (avec l’assassinat de George Floyd en tête de peloton), le film passe après des œuvres qui ont bien mieux traiter des sujets similaires, à commencer par le fabuleux Blindspotting jusqu’à Blackkklansman, en passant par Sorry To Bother You. Du coup, même si Candyman innove avec son approche horrifique, j’ai été bien loin d’y trouver mon compte aussi bien sur le fond que sur la forme.
Amateurs d’angoisse, si Candyman avait su vous faire cauchemarder dans votre jeunesse, cette revisite 2021 aura beau avoir remis la quête de l’homme au crochet au goût du jour et, peut-être, réveillé quelques terreurs d’antan, je suis restée de marbre devant les tentatives d’horreur du film qui se repose surtout sur une imagerie explicite (du sang, du sang, du sang…). Bref, pas de quoi fouetter les pattes d’un canard de nos jours ! Nia DaCosta ne fait qu’enfiler des twists prévisibles les uns après les autres que je vais passablement excuser parce que le message de fond de son film reste intéressant. Mais comme je l’ai dit plus haut, on a déjà vu mieux.

Au casting : Yahya Abdul-Mateen II (Les Sept de Chicago, Us, Aquaman…) hante le film avec sa stature assez remarquable (non non, je ne fangirle pas pour une fois), mais son personnage reste relativement plat et l’acteur a souvent du mal à véhiculer les émotions qui vont avec. A ses cotés, Teyonah Parris (WandaVision, Si Beale Street Pouvait Parler…) est bien plus convaincante et j’ai beaucoup aimé voir son personnage détourner les codes horrifiques intelligemment. On retrouve également quelques visages connus, comme Nathan Stewart-Jarrett (Misfits, Alex, Le Destin d’un Roi…) ou encore le retour de Vanessa A. Williams (The Flash, American Horror Stories…) – qui aurait beaucoup mieux fonctionné si son personnage était resté secret jusqu’à la sortie du film.

En conclusion, Candyman est de retour dans une version plus moderne mais toujours proche du constat social qui se mâtinait dans l’intrigue de l’opus original. Nia DaCosta joue la carte de la gentrification pour ressusciter le monstre ambigu dans un film plus démonstratif que véritablement effrayant. À tenter.

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