[CRITIQUE] Verónica, de Paco Plaza

Savoureusement estampillé « seul cas d’activité paranormale officiellement reconnu par la police espagnole », Verónica propose de déjouer les codes de l’horreur à travers un traitement plus axé sur l’aspect social et dramatique du film, quitte à mettre l’aspect horrifique au second plan. Associé à la saga [REC], Paco Plaza tente de prouver qu’il peut faire autre chose que du found-footage, à travers des effets de styles référencés, parfois même incongrus mais qui ont finalement le mérite de se démarquer d’un ensemble un peu mou. Original, mais pas suffisant pour coller la frousse.

Le pitch : À Madrid, après avoir participé à une séance de spiritisme avec ses amies, une jeune fille est assaillie par des créatures surnaturelles qui menacent de s’en prendre à sa famille. Le seul cas d’activité paranormale officiellement reconnu par la police espagnole.

Aujourd’hui, quand on parle de cinéma d’horreur espagnol, la saga [REC] apparait forcément dans les premiers noms cités. Et pour cause, en 2007, Paco Plaza et son acolyte Jaume Balagueró ont marqué l’univers du found-footage d’épouvante avec un film bercé par une ambiance gore et hystérique qui changeait beaucoup des autres films du même genre. En effet, contrairement à des exemples plus ou moins réussis à l’époque (Cloverfield, Paranormal Activity…), les réalisateurs utilisaient la caméra embarquée non pas pour masquer une absence de mise en scène (la caméra qui regarde ailleurs au moment crucial…), une imagination paresseuse (oh, regarde le rideau bouger tout seul…) ou encore la profusion de jumpscares incohérents (coucou, je me suis glissé derrière toi par magie !), mais pour mieux piéger le spectateur dans une angoisse permanente et frontale, rappelant le procédé du Projet Blair Witch bien avant. Récompensé par 2 Goya, les « César espagnols », une carrière internationale et même un pâle remake américain, [REC] a rapidement vu naître des petits : d’abord un deuxième opus toujours réalisé par le même duo, puis Paco Plaza s’est lancé en solo dans Rec 3 – Genesis et Jaume Balagueró a repris les rennes pour le chapitre final Rec 4 – Apocalypse.

Le [REC] réalisé uniquement par Paco Plaza montrait déjà la volonté du réalisateur espagnol de sortir des sentiers battus en proposant un préquel osé qui alliait une bonne dose de comédie noire au format horrifique, rappelant souvent le style déjanté d’Álex de la Iglesia (Les Sorcières de Zugarramurdi). Ce n’est donc pas étonnant de voir Verónica s’extirper d’emblée du schéma classique et opter pour une narration différente.

En effet, si le film est largement vendu comme un héritier de la saga [REC], l’aspect paranormal est en réalité une toile de fond dans lequel évolue un drame social et vaguement psychologue, axé sur le portrait d’une lycéenne croulant sous les responsabilités malgré son jeune âge.
Si l’épouvante est étroitement liée à l’intrigue générale, Verónica est bien plus focalisé sur cette cellule familiale amputée, maintenue par une héroïne fragilisée qui a fini par s’oublier elle-même. 

D’un coté, Paco Plaza a eu raison de ne pas s’encastrer dans les schémas classiques d’un « Ouija » de seconde zone, ni dans une redite d’un [REC] anecdotique. Si le cinéma d’horreur est souvent très répétitif, c’est toujours intéressant de le voir rencontrer un aspect psychologique plus accessible, mettant ainsi en opposition le mental et le paranormal (L’exorcisme d’Emily Rose de Scott Derrickson reste à ce jour un des meilleurs exemples). À travers une héroïne très justement dans la fleur de l’âge, Verónica étonne en mettant en avant un drame social autour de cette famille attachante, enfin surtout ces enfants quasiment livrés à eux-même, dont la vitalité contraste avec la fatalité ambiante du film.
Malheureusement, de l’autre coté, Paco Plaza s’emmêle les pinceaux et se laisse dépasser par ses propos annexes, oubliant trop souvent de creuser le pendant horrifique de son film. Alors que Verónica conserve une ambiance noire et mystérieuse, le rythme est souvent mis à mal par les sous-intrigues qui gravitent autour : de l’éclosion tardive de l’héroïne (vague appel du pied vers un Carrie ou un plus récent Thelma, d’ailleurs) aux effets de style que cultivent Paco Plaza. Si le paranormal reste présent en surface, le film s’attache de façon trop littérale aux tourments de l’héroïne. Du coup, les moments sensés être angoissants sont relégués aux seconds plans, car pas assez exploités pour convaincre. Il y avait pourtant de quoi faire avec, par exemple, la nonne aveugle, les croyances religieuses ou encore les nombreuses manifestations obscures… Des options qui sont quasiment abandonnées en cours de route, au profit d’un final mouvementé mais creux.

Paco Plaza voyait peut-être en Verónica l’opportunité de prouver qu’il peut faire autre chose que du found-footage. Cependant, il en profite maladroitement pour multiplier des scènes référencées. Soudaine influence asiatique pour un face-à-face flippant dans un couloir ou autres surprises, Verónica tente de déjouer les codes mais parvient tout juste à suprendre et semble plutôt chercher à combler le vide d’une intrigue un poil trop light et expéditive. Du coup, le mélange de genre n’est pas maîtrisés, et donc la sauce ne prend pas.
Et oui, car finalement, Verónica reste bel et bien un film d’horreur et de ce point de vue là, il faut tout de même avouer que Paco Plaza ne propose pas grand chose. Malgré une ambiance présente et un rappel régulier de la menace tout au long du film, Verónica s’avère décevant en terme de frissons : à force d’éviter le prévisible, l’ensemble passe à coté des facilités qu’il aurait pu exploiter. Dommage.

Au casting : Sandra Escacena offre une performance convaincante, accompagnée par les tous jeunes Bruna Gonzalez, Claudia Placer et Ivan Chavero.

En conclusion, Paco Plaza veut trop en faire en tentant d’allier le drame un chouilla psychologique à une histoire d’épouvante, notamment pour étoffer une trame faiblarde. Avec un peu plus de frissons et de maîtrise, Verónica aurait pu être un film solide mais l’ambition éparpillée du réalisateur a tendance à ruiner les effets voulus. À tester.

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