Drame

[COUP DE CŒUR] Le Comte de Monte-Cristo, de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière

Le pitch : Victime d’un complot, le jeune Edmond Dantès est arrêté le jour de son mariage pour un crime qu’il n’a pas commis. Après quatorze ans de détention au château d’If, il parvient à s’évader. Devenu immensément riche, il revient sous l’identité du comte de Monte-Cristo pour se venger des trois hommes qui l’ont trahi.

Le duo Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière (Le Prénom, Le Meilleur Reste à Venir…) n’en avait pas fini avec Alexandre Dumas. Alors qu’ils ont signé les scenarii du dyptique Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan et Milady, réalisés par Martin Bourboulon, les voilà qu’ils réalisent un autre livre culte du même romancier : Le Comte de Monte-Cristo.

Depuis 1844, cette histoire culte de vengeance a souvent été copiée mais jamais égalée. Adapté au théâtre, à la télévision, au cinéma, à l’opéra, en comédie musicale ou encore en bande-dessinée, Le Comte de Monte-Cristo a traversé les âges et les bancs des écoles, où le livre est étudié parmi les classiques. En parallèle des adaptations littérales, l’œuvre d’Alexandre Dumas a largement inspiré notre ère contemporaine : du film V pour Vendetta (2005) à la série Revenge (2011-2015), en passant par Les Évadés (1994), L’Homme au Masque de Fer (1998), Old Boy (2003) ou encore Sleepers (1996) – pour n’en citer quelques-uns.

Bref, si ce n’était pas encore clair, Le Comte de Monte-Cristo est un monstre légendaire et Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière n’était pas trop de deux pour s’atteler à la bête. Comme Martin Bourboulon avec Les Trois Mousquetaires, les deux réalisateurs à la longue carrière de scénaristes sortent de leurs registres habituels et tous les amateurs de cinéma français (et ses détracteurs) les attendaient au tournant, surtout après sa présentation “hors compétition” au dernier Festival de Cannes. Alors, pari réussi ?

Evidement, il n’est pas aisé d’adapter un chef d’œuvre de cette taille, qui fait parti de l’imaginaire collectif de beaucoup. Les plus pointilleux rechigneront au non-respect à la virgule près et aux mash-ups de certains personnages. Mais comme pour les rageux qui ont voté RN ces dernières semaines, je me délecterai du sel de leurs larmes pour célébrer un film magistral et généreux qui m’a transportée sans effort pendant près de trois heures.

Porté par un Pierre Niney au sommet, Le Comte de Monte-Cristo raconte une histoire d’injustice et de vengeance, qui s’étale sur plusieurs années. Un challenge difficile qui aurait pu s’effondrer lors des ellipses temporelles, mais les réalisateurs sont parvenus à conserver l’essentiel. Résultat, on s’attache rapidement au personnage principal, de ses débuts innocents à l’ultime face à face, en passant par des années d’emprisonnement et la mise en place d’un stratagème de longue haleine. Comme le livre, le film illustre à merveille la façon dont la vengeance dévore l’homme, jusqu’à le déshumaniser. De ce qui était l’espoir de clamer son innocence pour retrouver sa belle, Le Comte de Monte-Cristo abat une sentence noire où la haine a pris tellement de place, qu’il ne reste plus rien pour l’amour qu’il sacrifie. Ou presque.

Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière signent une épopée fulgurante et maîtrisée. Du casting au décor, en passant par les costumes et une réalisation propre, Le Comte de Monte-Cristo parvient à transmettre les émotions qu’il traverse et recèle de trésors de mise en scène. Par exemple l’introduction de certains personnages clé à l’écran est souvent un tableau à lui tout seul, comme la première apparition de Gérard de Villefort, incarné par Laurent Lafitte – toujours composé et justement théatral – qui sort de l’ombre vers la lumière, comme pour illustrer le piège qui se referme sur Edmond Dantès.

Chaque moment du film souligne la dramaturgie du récit, façonnée par une tension qui ne redescend jamais – même quand on connait l’issue de l’histoire, et piqué par des scènes superbes (celle du dîner est incroyable). L’esthétique du film, à la fois sombre et grandiose, sublime les décors, créant des tableaux superbes qui donnent plus de corps et d’épaisseurs aux scènes, même lorsqu’il n’y a qu’une poignée de personnages à l’écran. L’ensemble déborde de noirceur et de malice, j’ai été captivée du début à la fin, je n’ai pas senti les trois heures passer tant j’étais pendue aux lèvres des protagonistes et surtout de ce Edmond… dantesque.

Oui, Le Comte de Monte-Cristo est revisité, modernisé par ici, raccourci par là, et pourtant, Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière conservent l’âme du film d’époque, quelques parts entre le cape et d’épée et le théâtre contemporain. Magistral.

Au casting : Pierre Niney (Fiasco, Mascarade, Boîte Noire…) joue les caméléons et continue de laisser une empreinte indélébile dans le cinéma français, livrant ici une performance puissante. Autour de lui, un bataillon de talents confirmés : Bastien Bouillon (Oussekine, Simone – Le Voyage du Siècle, La Nuit du 12…), Anaïs Demoustier (Daaaaaalí !, Novembre, Chère Léa…) Pierfrancesco Favino (Dernière Nuit à Milan, Les Promesses…) et l’excellent Laurent Lafitte (Tapie, Le Molière Imaginaire, L’Origine du Monde…) sont incroyables, tandis que Patrick Mille (Going To Brazil, Les Trois Mousquetaires…) attise l’ensemble. À l’affiche également, Anamaria Vartolomeil (L’Événement, L’Empire, Maria…), Vassili Schneider (Mixte, Les Amandiers…) et Julien de Saint Jean (Arrête Avec Tes Mensonges…) complètent un casting plus que solide, brillamment dirigé et conquérant.

En conclusion, quand les scénaristes des films Les Trois Mousquetaires passent derrière la caméra pour adapter l’autre chef d’œuvre d’Alexandre Dumas, c’est pour livrer une revisite remarquable du Comte de Monte-Cristo. Portée par une distribution exceptionnelle, le film de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière capte l’essence de la vengeance implacable et offre une œuvre captivante et réussie, mêlant habilement drame et spectacle visuel, tout en honorant la profondeur originale de l’œuvre littéraire. À voir absolument.

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