
Le pitch : Quand le milliardaire Slater King rencontre Frida, c’est le coup de foudre. Invitée sur son île privée, elle y découvre des soirées décadentes où le champagne coule à flots. Mais des événements étranges commencent à se produire et Frida devra découvrir la vérité si elle veut sortir vivante de cette fête.
Dans la série des « fils/fille de » qui gravissent les échelons plus rapidement que le commun des mortels, voici Zoë Kravitz, fille de Lenny. Actrice à la filmographie d’abord marquée par des apparitions et des rôles de seconds couteaux (X-Men : Le Commencement, Divergente, Mad Max Fury Road ou encore Les Animaux Fantastiques…), jusqu’à des rôles plus importants récemment, comme avec The Batman ou encore la série Big Little Lies, la fille de Lenny Kravitz et Lisa Bonnet signe, avec Blink Twice, son premier long-métrage en tant que réalisatrice.
Forcément attendue au tournant, le film propose une histoire pour le moins intrigante, rappelant notamment le récent À Couteaux Tirés – Glass Onion.

L’intrigue démarre par le prisme de Frida, une jeune serveuse, fascinée par un magnat de la tech, en plein tentative de mea culpa après un bad buzz. Au détour d’une rencontre improbable, la jeune femme et son amie se voient invitée à une échappée improvisée sur l’île privée du milliardaire. Entre débauche de luxe et décors paradisiaques, Blink Twice forme une parenthèse idyllique et coupée du monde où seuls la fête, la drogue et les bains soleils semblent régner en maître. Et pourtant, malgré le flirt et une parité évidente entre les hôtes et leurs proies invités, le film de Zoë Kravitz parait étrangement chaste, tandis que les journées se répètent dans une béatitude embrumée et insouciante.
Pourtant, en y regardant de plus près, la surface estivale se fissure peu à peu pour laisser place à des indices de plus en plus inquiétants. Des tenues similaires aux ongles sales, en passant par des flashs étranges, la légèreté ambiante fond au soleil alors qu’une ombre pleine de doutes va bientôt isoler notre héroïne.

Blink Twice a des allures de conte moral à double lecture. D’un coté, l’histoire met en garde contre les illusions de richesse et de glamour en dénonçant le choix de Frida de suivre aveuglément un homme séduisant et fortuné (ça fait un peu michto, avouons-le). De l’autre, le film enfonce des portes ouvertes en dénonçant la manière dont les hommes riches exploitent les femmes, souvent en toute impunité. À ce titre, la métaphore du parfum omniprésent sur l’île, symbole de la fameuse poudre aux yeux, fonctionne bien.
Cependant, le dernier acte du film bascule dans une violence soudaine et tente un virage vers un « girl power » revanchard qui, malheureusement, semble trop tardif et peu crédible pour véritablement convaincre. La conclusion, improbable, laisse un sentiment de confusion et d’inachevé, tant tout va trop vite. J’ai eu l’impression de voir un autre film tant les derniers minutes violentes contrastent avec l’escapade aux effluves bobo-chic et surtout très chastes des débuts (NB : à mon avis; la réalisatrice n’a probablement pas souhaiter voir son amoureux embrasser une autre femme devant sa caméra, ce qui gâche un chouilla la crédibilité de la pseudo romance sensée évoluer pendant le film).

Dans l’ensemble, j’ai trouvé le film relativement divertissant. Blink Twice prend son temps et joue avec la méfiance du spectateur qui va cherche les prémices du piège dans cette bulle dorée. La réalisation de Zoë Kravitz est soignée et appliquée, réussissant à créer un thriller où l’atmosphère lumineuse se transforme progressivement en une ambiance oppressante et angoissante. D’ailleurs, le montage fait souvent référence au titre du film (Clignez deux fois [des yeux] en français) avec des transitions soudaines au bon moment. C’est un peu scolaire, mais pourquoi pas.
Bref, Blink Twice attise la curiosité et donne envie de savoir ce qui se passe. Cependant, le film souffre d’une certaine lenteur, en grande partie à cause de son cadre volontairement répétitif. Bien que la réalisatrice puise dans des idées familières, déjà explorées par d’autres avant elle, le manque de style distinctif se fait ressentir, donnant l’impression que le film emprunte davantage qu’il n’innove.

Autre point regrettable, un panneau d’avertissement juste avant le film gâche en grand partie le twist pourtant bien conserver du scénario. Du coup, on se doute tout du long de ce qui se passe durant les scènes qu’on ne voit pas, mais malheureusement, sans aller jusqu’au voyeurisme malsain, j’ai trouvé le reveal complètement raté et un poil trop expédié, comme si de nombreuses scènes avaient été supprimées du montage final pour éviter de trop choquer et d’écoper une interdiction au moins de 16 ans (ce qui aurait impacté la sortie et l’accessibilité du film en salles, et donc ses résultats au box-office. Tout est calculé, pourquoi croyez-vous que la majeure partie des films d’horreur ne font pas peur avec leurs mini-interdiction au moins de 12 ans ?).

Au casting : Naomi Ackie (The Young Lady, Whitney Houston, Master Of None…) est la révélation du film et le porte sur ses épaules, livrant une performance saisissante. Face à elle, l’affreux Channing Tatum (To The Moon, Deadpool Et Wolverine, Le Secret de la Cité Perdue…) continue de trouver du boulot grâce à ses potes et à sa meuf (il est en couple avec la réalisatrice, évidemment), ce qui ne l’aide malheureusement pas à être un bon acteur tant il tire la même tronche de cake tout du long. À noter, la scène où il répète “i’m sorry (en VO)” qui montre l’étendue de son non-talent, c’est affligeant. Seul bon point : pas de démo de danse pour une fois, ouf !
Autour d’eux, on retrouve un ribambelle de seconds couteaux interchangeables qui se paient des petites vacances au soleil, ponctués par quelques visages bien connus : Simon Rex (les Scary Movie à partir du 3 – quand ils sont devenus nuls, donc), Christian Slater (Dexter : Original Sin, Mr Robot…), Haley Joel Osment (le ptit garçon du Sixième Sens, Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile…), Alia Shawkat (Search Party, Being The Ricardos…) ou encore Geena Davis (Thelma, de Thelma et Louise…) et Kyle MacLachan (Fallout, Vice Versa 2…). Ça sert d’avoir ses entrées à Hollywood ! Seule Adria Arjona (Morbius, Cuban Network…) parvient un chouilla à sortir du lot aux cotés de l’actrice principale.

En conclusion, je ne peux m’empêcher de penser que si Blink Twice n’avait pas eu une actrice connue derrière la caméra, le film serait passer à la trappe ou aurait fini sur une plateforme de streaming. Si certaines idées et ambiances sont réussies, le film de Zoë Kravitz manque de personnalité, de cohérence et de fraîcheur. Si le sous-texte féministe aux gros sabots ne passe pas inaperçu et que le pic de violence finale réveille un récit sur le point de ronfler, Blink Twice traine beaucoup trop la patte pour réussir sa transition. Alors, caprice ambitieux de nepo-baby ou la promesse d’une future grande ? Impossible à déterminer avec ce premier essai, même si, c’est indéniable, l’ensemble reste satisfaisant. À peine. À tester.

