[CRITIQUE] Morbius, de Daniel Espinosa

Le pitch : Gravement atteint d’une rare maladie sanguine, et déterminé à sauver toutes les victimes de cette pathologie, le Dr Morbius tente un pari désespéré. Alors que son expérience semble être un succès, le remède déclenche un effet sinistre. Le bien vaincra-t-il le mal – ou Morbius succombera-t-il à ses nouvelles pulsions ?

Il y a 20 ans cette année, le studio Sony Pictures entrait dans la course aux films super-héroïques avec le premier Spider-Man réalisé par Sam Raimi, concurrençant les films X-Men portés par Bryan Singer et la 20th Century Fox. Depuis, nous le savons bien, Marvel Studios s’est formé peut de temps après les succès du premier Iron Man et du film L’Incroyable Hulk, avant de devenir l’énorme rollercoaster incontournable du cinéma de ces deux dernières décennies. Entre un reboot de Spider-Man mal fagoté et un manque de licence exploitable, le studio a dû mal à tenir la route. Alors que la 20th Century Fox s’est fait engloutir par la maison de Mickey, Sony Pictures parvient à négocier une garde partagée de la licence Spidey avec Marvel Studios. Cet accord laissant tout de même de grands pouvoir à ses rivaux, Sony Pictures, représentée par la grande copine de Kevin Feige (non), Amy Pascal, est constamment en quête d’idées pour créer un univers super-héroïque qui attirerait le grand public (et la moula, évidemment).

*** Quelques spoilers en fin de cet article ***

Du coup, ça fouille parmi les licences disponibles et cherche à maintenir une certaines pressions en exploitant le Spider-verse. Seulement voilà, pour un coup de génie – Spider-Man: New Generation – les studios s’enfoncent dans un chemin  déjà problématiques en cherchant à mettre en avant les super-vilains ou autres personnages secondaires du Spiderverse. Une idée déjà explorée coté DC/Warner avec des films comme Suicide Squad, The Suicide Squad ou encore Birds Of Prey, mais qui se confrontent déjà à une limitation certaine : celle de devoir adoucir des méchants légendaires pour les faire combattre contre des méchants plus méchants.  Sony Pictures tombent dans le piège et imagine son univers partagé joyeusement intitulé Sony’s Marvel Universe. Un univers qui s’ouvre avec le film Venom en 2018, qui, grâce à l’humour assumé et à sa tonalité extravagante (malgré la qualité très discutable du film), obtient une suite avec Venom 2 – Let There Be Carnage (2021). Et surtout, ce premier essaie presque réussi ouvre la porte des idées bancales : ainsi, au-delà d’une suite de Venom, Sony Pictures annonce les films Morbius, Kraven Le Chasseur, Madame Web, Spider-Woman ou encore des projets incluant Silk et Silver Sable… Avec toujours l’espoir d’un jour pouvoir proposer un Sinister Six sur grand écran et, soyons fous, récupérer les pleins pouvoirs sur la licence Spider-Man. 

Et c’est dans ce contexte, plus ou moins, qu’est né le film Morbius. Réalisé par Daniel Espinosa (Enfant 44, Life – Origine Inconnue…), Morbius met en scène un ennemi de Spider-Man qui, comme beaucoup d’autres, a tenté de se soigner d’un mal incurable pour finalement devenir une créature assoiffé de sang. Un personnage méconnu au cinéma, sauf pour ceux qui auront été fouillé dans les scènes coupées du film Blade sorti en 1998, mais qui a connu de belles heures dans sa version papier depuis 50 ans. Dans cette origin story, Morbius reprend les bases pour installer son personnage, depuis la recherche d’un remède jusqu’à sa transformation en vampire. Mais faute de disponibilité de l’homme-araignée pour lui mettre des batons dans les routes, le film va tricoter du méchant super-méchant pour permettre au spectateur de rester attaché à la cause de son héros. 

Honnêtement, je trouvais que l’idée, même bancale, avait du potentiel pour un one-shot. Là où Morbius se vautre, c’est dans la mise en abîme de son histoire. Je ne vais pas y aller par quatre chemins : Morbius est d’une laideur à faire peur – et pas pour les bonnes raisons. Les effets visuels sont vraiment le gros problème du film : entre une transformation extrême et des effets de styles brouillons pour visualiser son pouvoir d’écholocation de chauves souris, Morbius est tout simplement moche à regarder, quand il n’est pas tout simplement illisible. Le film se veut sérieux et hyper réaliste (contrairement à un Venom bien plus léger), mais ses ambitions sont desservis par un ensemble approximatif à tous les niveaux. En effet, si le visuel ne suit pas, l’intrigue est criblée d’illogismes et d’incohérences qui s’empilent au bout de vingt minutes. Si je passe aisément la première transformation où Morbius maîtrise complètement ses nouveaux pouvoir en zéro seconde, l’écriture des personnages et les rebondissements du films sont ratés. Entre un pompage éhonté à d’autres films (X-Men 2, L’Incroyable Hulk…) et les appels du pied gros comme une maison à l’univers de Spider-Man (danse ridicule comprise) ou à Venom (why ?), Daniel Espinosa livre un film foutraque qui navigue à vue d’une scène nocturne à l’autre. En fait, soit on y voit rien, soit ce que l’on voit fait ricaner tant l’ensemble est ridicule. L’histoire est charcutée pour donner un semblant d’évolution au récit, mais de nombreux ressorts ne tiennent pas la route (ne parlons pas de ces policiers incompétents qui viennent faire semblant d’enquêter) car le film n’assume qu’à moitié son personnage de vampire. 

*** Quelques spoilers en fin de cet article ***

C’est vraiment difficile de sauver ce film. Je n’attendais rien de Morbius et le peu de promo autour du film m’avait quasiment fait oublier sa sortie jusqu’à ce que je tombe nez-à-nez avec une affiche à un arrêt de bus. Malheureusement, le film partait déjà avec une balle dans le pied : faire un film sur un méchant qui ne vit qu’à travers son rôle d’antagoniste, c’est déjà compliqué. Mais le film se prend trop au sérieux avec une intrigue qui tient sur un post-it et ne propose finalement qu’une sorte de resucée de la formule du premier Venom à travers des enjeux capillotractées et la multiplication de scènes de combats incompréhensibles et particulièrement laides (à coté, la baston final entre Venom et Riot passe pour une oeuvre d’art) pour maintenir le spectateur en éveil. 

C’est d’autant plus dommage que le film laisse apparaître de rares fulgurances où on peut apercevoir le potentiel horrifique de Morbius, mais le constat est sans appel : un film de vampires sans une goutte de sang, ça reste un grand NON. C’est bien joli de vouloir faire du tout public, mais c’est voir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière au passage. 

Au casting, et bien… ça fait mal. Alors qu’il n’a pas fait l’unanimité en incarnant le Joker dans le premier Suicide Squad de l’ère Snyder, Jared Leto (House of Gucci, Blade Runner 2049, Dallas Buyers Club…) enfonce le clou en incarnant Michael Morbius. Ceci étant dit, il faut admettre que ce n’est pas entièrement de sa faute cette fois, puisque les problèmes du film sont majoritairement dus à l’écriture ridicule du scénario et aux effets spéciaux abominables. Du coup, on se retrouve face à un casting plutôt intéressant mais qui clairement ne savaient pas de quoi ils auraient l’air dans le résultat final. C’est ce qui rend Morbius encore plus gênant : les deux acteurs principaux, surtout Matt Smith (The Crown, Last Night In Soho, Official Secrets…), font leurs maximums pour incarner la dangerosité de leurs personnages, mais dès que les effets spéciaux transforment leur apparence, tout tombe à plat.
Autour d’eux, Adria Arjona (Good Omens, Cuban Network…) joue les assistantes qui se transforment en love interest à la minute où le héros du film devient musclé (m’eukay…), tandis que Jared Harris (Chernobyl, Mad Men…) fait de la figuration et Tyrese Gibson (Fast and Furious 9…) cherche un ticket d’entrée dans une nouvelle franchise. Annoncé depuis longtemps, Michael Keaton (Dopesick, Dumbo, Spider-Man – Homecoming…) est également de la partie… J’y reviendrais un peu plus tard.

En conclusion, c’est bien joli de vouloir rester dans la course des films super-héroïques mais encore faut-il avoir quelques choses à raconter et proposer un ensemble digeste. En 2022, c’est un peu perturbant de se retrouver face à un film de super-héros visuellement aussi raté et depuis que j’ai vu Morbius, je me dis que j’ai peut-être été dur au sujet de Venom, voir même Venom 2 – Let There Be Carnage. Le film de Daniel Espinosa est la démonstration parfaite d’un studio prêt à tout pour bricoler un univers à la hâte, et si le film lui-même ne vous en a pas convaincu, les deux petites scènes bonus cachées dans le générique entérinent l’absence de vision globale pour ce Sony’s Marvel Universe sans queue ni tête. Je vous dirais bien d’éviter ce film, mais je sais que les masos complétistes comme moi auront besoin de voir la catastrophe par eux même. Bon courage. 

***

*** SPOILERS ALERT ***
À partir d’ici, je vais spoiler les scènes bonus. Donc si vous n’avez pas vu le film, arrêtez tout de suite votre lecture.

Parlons-en de ces scènes bonus. OK, ce n’est pas la première fois qu’un film propose des scènes bonus peu intéressantes ou qui teasent des événements complètements illogiques par rapport à l’histoire des personnages (X-Men : Days of Future Past)… Mais là il faut avouer que Sony Pictures se surpasse.
Première scène : enième plan nocturne, le ciel est traversé par une déchirure violette qui rappelle le sort final de Dr Strange dans Spider-Man – No Way Home. Le plan suivant montre Adrian Toomes aka Le Vautour apparaissant dans une nouvelle cellule et qui semble plutôt surpris d’être là. Rapidement, un reportage télé revient sur son apparition inexpliquée et annonce qu’il va être remis en liberté. Scène suivante, Michael Morbius est en voiture et suit des instructions sur son GPS jusqu’à un abord de falaise. Il attend et rapidement le Vautour débarque avec son costume ailé et lui propose de faire alliance. Michael Morbius sourit et accepte. FIN.

Il y a tellement de non-sens dans ces deux scènes, que c’est difficile de comprendre pourquoi elles ont été réalisée (et conservées) – au-delà de vouloir appâter le chaland pour une suite.
Tout d’abord : pourquoi Adrian Toomes sort de l’univers de Peter Parker/Tom Holland pour atterrir dans un autre univers, celui de Morbius ? Ce n’est pas ce qu’était sensé faire le sort de Dr Strange à la fin du film, donc ça n’a aucun sens o_O

Prenons une seconde pour assimiler la pauvreté des effets spéciaux sur la scène du portail dans le ciel, par ailleurs…

Ensuite, Toomes est libéré, bon pourquoi pas, s’il n’a aucun casier dans cet univers, pourquoi le garder en prison. Mais alors, qu’on m’explique… Comment a-t-il pu recréer son costume du Vautour dans la découverte des armes Chitauri ??? Qui a construit ? Et pourquoi, s’il n’y pas de Spider-man dans cet univers ? Et comment a-t-il trouver Michael Morbius ? Ce dernier ne devrait pas vivre cacher parce que 1/ c’est un vampire et 2/ il est recherché par la police ? Et enfin : pour quelle raison ce gentil méchant accepte de faire équipe avec un gars ailé qui débarque de nulle part ????

Petit aparté sur cette histoire de vampires : pendant tout le film, Morbius clame ne pas être « ce genre de vampire », pourtant dans les comics il colle bien au rôle de la créature nocturne qui ne supporte pas le soleil et se nourrit de sang. Notons cependant que quand il s’agit de sauver Martine, il sait, étrangement, que son sang peut la sauver en la transformant à son tour en vampire. Hm-hm.

Bref, espérons que les bêtises s’arrêtent là. Une suite de Morbius ne servirait qu’à répéter l’histoire en trouvant un méchant encore plus méchant à tuer. Personne n’a envie de voir ça, je pense. 

Seriously, why?

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