
Le pitch : L’incroyable vie de Lee Miller, ex-modèle pour Vogue et muse de Man Ray devenue l’une des premières femmes photographes de guerre. Partie sur le front et prête à tout pour témoigner des horreurs de la Seconde Guerre, elle a, par son courage et son refus des conventions, changé la façon de voir le monde.
Après avoir fait des armes en tant que directrice de la photographie (Les Jardins du Roi, Away We Go, Eternal Sunshine of the Spotless Mind…), puis en tant que réalisatrice pour le petit écran (Ozark, Umbrella Academy…), Ellen Kuras réalise son premier long-métrage sur une figure emblématique de la photographie : Lee Miller.
Inspiré par la biographie “Les Vies de Lee Miller” écrite par Antony Penrose, le fils de la vraie Lee Miller, Ellen Kuras propose un récit sur la décennie qui a tout changé pour cette ancienne mannequin devenue photographe de guerre, à travers une interview entre souvenirs et blessures ouvertes.

Démarrant dans une Londres de fin des années trente, le film dresse un portrait condensé mais efficace d’un personnage à une étape charnière de sa vie, alors que les affres de la guerre menace l’Europe : trop mature pour jouer les jeunes ingénues sur les pages glacées de Vogue, trop femme pour prendre les armes. Entre un sentiment d’impuissance et une volonté d’agir, Lee Miller appose un filigrane sociétal et féministe sur un tableau accessible, notamment dans la façon dont certains personnages préfère faire l’autruche face à la menace de plus en plus grandissante. Déjà, le caractère de l’héroïne se démarque du train de vie bohème et insouciant de son entourage, alors qu’elle cherche sa place dans ce monde en plein changement.

Ce qui rend le film poignant, au-delà des images de la Seconde Guerre Mondiale et des conséquences d’un infâme génocide, c’est le fait que les photos de Lee Miller ont fait partie des premiers témoignages visuels qui ont permis de révéler la vérité de ce qui se passait dans les camps. Par conséquent, la voir s’entêter à aller sur le front et oser aller au devant du danger rend son histoire de plus en plus conquérante, grâce à ce personnage admirable qui ne fait que repousser les limites (de son genre) pour faire sa part et donner la parole aux victimes.

Habilement, le film d’Ellen Kuras évite le pathos, faisant honneur à une femme forte qui ne s’est pas servi de son histoire personnelle comme bouclier. En parallèle, chaque retour au présent (dans la diégèse du film), permet de creuser un peu plus l’écart entre la photographe et le reste du monde, cette dernière ayant été à jamais marquée par ce qu’elle a vu. Résultat, le film Lee Miller réussit à se consacrer à l’action de son film, avant de pleinement embrasser l’impact émotionnel de son histoire dans un dernier tiers bouleversant.

Même sans connaître l’histoire de Lee Miller, j’ai trouvé le film d’Ellen Kuras poignant dans son portrait d’une femme forte, une héroïne intemporelle qui, à sa manière, s’est démenée pour combattre le nazisme et révéler l’horreur (n’en déplaise aux négationnistes). La réalisatrice réussit à faire ressentir le dépouillement d’un pays en guerre à travers les décors, mais également l’atrocité des camps sans jamais verser dans le sensationnalisme ni le démonstratif, préférant se reposer sur ces acteurs pour transmettre le choc et les émotions qui les traversent et transpercent l’écran.

Le seul bémol, selon moi, réside dans la photographie du film – un comble vu le parcours de la réalisatrice. Si la dualité entre les couleurs vives pour illustrer le présent et les tons désaturés pour le passé sont des choix assez communs, Ellen Kuras n’innove pas, voire même s’enfonce dans ces codes plutôt scolaires jusqu’à proposer des écrans quasiment sépia-gris, presque opaques, au moment où le film atteint son point le plus crucial. Explicite, certes, mais vu ses années en tant que directrice de la photographie, j’aurai bien aimé qu’Ellen Kuras repousse un peu plus les codes et innove, plutôt que de resservir du réchauffé.
Ceci étant dit, cela reste un détail et n’impacte pas vraiment la solidité du film.

Au casting, c’est la grande Kate Winslet (Avatar – La Voie de l’Eau, La Montagne Entre Nous, Mare of Easttown…) qui incarne Lee Miller, l’actrice déjà sept fois oscarisée est, bien entendu géniale et sublime dans ce rôle – bien que je ne connaisse pas la vraie Lee Miller, évidemment. À ses cotés, Andy Samberg (Spider-Man : Across The Spider-Verse, Brooklyn Nine-Nine…) – que l’on voit rarement dans des rôles sérieux – est une belle surprise dans un personnage à contre-courant (que je soupçonne énamouré de l’héroïne). On retrouve également Alexander Skarsgård (Infinity Pool, The Northman, Godzilla vs Kong…) et Andrea Riseborough (The Regime, Amsterdam…) à l’affiche, tandis que Josh O’Connor (Challengers, The Crown…) fait le lien avec la narration.
À noter également qu’une pelletée de frenchy apparaissent en arrière-plan : Marion Cotillard (Little Girl Blue, Gueule d’Ange…), Noémie Merlant (Une Année Difficile…), Vincent Colombe (The Substance…), Zita Hanrot (Rouge, La Maison…) et Patrick Mille (Le Comte de Monte-Cristo…).
En conclusion, Lee Miller d’Ellen Kuras est un vibrant hommage à une femme exceptionnelle, porté par l’interprétation magistrale de Kate Winslet. Malgré une photographie parfois convenue, le film réussit à émouvoir et à capturer l’essence d’une héroïne audacieuse, témoin incontournable de l’Histoire. À voir.

