Comédie, Policier, Thriller

[CRITIQUE] Amsterdam, de David O’Russell

Le pitch : L’histoire de trois amis proches qui se retrouvent au centre de l’une des intrigues parmi les plus secrètes et choquantes de l’histoire américaine.

Après sept ans d’absence, l’enseignement prolifique David O’Russell (Fighter, Happiness Therapy, American Bluff, Joy…) est de retour avec Amsterdam, un thriller policier aux accents de comédie dramatique. Et pour son come-back, le réalisateur ne revient pas seul puisque la liste des stars qui composent le casting à de quoi faire des envieux et attirer le public. Une tactique qu’il connaît bien, après avoir collaboré de nombreuses fois avec Jennifer Lawrence quand elle était au top, et qu’il ré-applique à merveille, d’ailleurs. Cependant, comme trop souvent, l’emballage rutilant ne fait que masquer un scénario inutilement alambiqué et bavard qui lasse au bout d’une bonne trentaine de minutes (une heure pour les plus patients).

Tel un Adam Mckay qui aurait boulotté un Paul Thomas Anderson, Amsterdam en met plein la vue : les années 30 sont sublimées par des décors et des costumes inspirés, et surtout par une photographie aventureuse qui navigue entre la désaturisation des couleurs, les tons sépias et le full Technicolor un poil vintage pour accentuer les époques ou étapes que le film traverse. Habile et inventive, la caméra de David O’Russell joue avec les cadres et les plans, pour souligner le coté cocasse d’untel personnage par exemple, ou pour donner de l’emphase en temps voulu. À la réalisation comme à la post-prod, le réalisateur livre un film soigné porté par un casting de haut vol.

Cela aurait pu suffire si l’ensemble ne s’étirait pas pendant 2h14 de bavardages, rebondissements et révélations échevelés qui finissent par dénaturer le pitch initial au lieu de le renforcer. En effet, au-delà d’un meurtre à élucider, Amsterdam navigue entre l’entre-deux guerres où l’amitié haute en couleurs d’un trio de vétérans (dont une infirmière (?)) nait dans une parenthèse exaltée sur le vieux continent, jusqu’à dénouer les ressorts d’un complot d’Histoire plus ou moins basé sur une histoire vraie. Il faut donc s’accrocher pour suivre les détours d’un scénario qui s’étend à l’infini et dont on essaie de nous faire croire au lien entre les trois personnages principaux et le dénouement final. En réalité, David O’Russell nous balade d’acteur connu en acteur connu, dans un flot décousu qui se veut pétillant et enlevé, mais qui ne parvient jamais à convaincre jusqu’au bout. 

David O’Russell tente la mécanique d’Aaron Sorkin en misant sur des échanges effrénés et sur-dynamiques, sensés maintenir le public en haleine, mais entre des allers-retours interminables et l’arrivée d’un nouvel acteur bien connu à l’écran, l’ensemble fait l’effet d’un show capillotracté et sans véritable but. À l’arrivée, d’ailleurs, je me demande si Amsterdam n’aurait pas pu condenser son intrigue dans un film plus court, en allant droit au but tout en conservant son pendant pro-américanisme fatiguant, transformant ses protagonistes atypiques en héros patriotes. Le film m’a presque fait le même effet que quand j’ai vu Zoolander 2 à l’époque dont l’histoire était littéralement ensevelie sous un nombre incroyable de caméos à la minute. Avoir un joli casting, c’est bien, mais laisser la part à l’intrigue finalement, c’est mieux.
Si seulement David O’Russell avait des histoires aussi captivantes que leurs emballages… Amsterdam est l’exemple même d’un film auquel on a alloué trop d’argent. 

En parlant d’argent, au casting, on découvre le trio Christian Bale (Thor: Love and Thunder, Le Mans 66, Vice…), Margot Robbie (The Suicide Squad, Scandale, Once Upon a Time… In Hollywood…) et John David Washington (Tenet, BlacKkKlansman…) qui dominent le film avec brio. Le premier est toujours aussi conquérant quand il joue un personnage moins austère, la seconde ravit avec un personnage féminin qui n’est pas un faire-valoir et le troisième est un des rares « fils de » qui parvient à s’émanciper de son nom pour poser son propre style.
Autour d’eux, beaucoup de monde gravite de manière égale, pour ajouter de l’esbroufe à l’ensemble : Anya Taylor-Joy (Le Menu, The Northman…) et Rami Malek (Mourir Peut Attendre, Bohemian Rhapsody…) forment un couple improbable, Chris Rock (Spirale, Sacrées Sorcières…) rappelle une certaine gifle sans grand plaisir, Robert de Niro (Joker, The Irishman…) cachetonne, tandis que Michael Shannon (Bullet Train…), Mike Myers (The Sparks Brothers…), Timothy Olyphant (Santa Clarita Diet…), Matthias Schoenaerts (The Old Guard…), Zoe Saldana (Adam à Travers le Temps…), Andrea Riseborough (The Grudge…) ou encore Alessandro Nivola (Many Saints of Newark…) se perdent en toile de fond. Heureusement, Taylor Swift (Cats…) n’est pas là très longtemps mais fait probablement le roulé-boulé sous les roues d’une voiture le plus jubilatoire 😀 

En conclusion, si David O’Russell met à jour et agrandi sa dream team, il continue de miser sur les apparences et les têtes d’affiche pour appâter le chaland, au détriment du scénario. Amsterdam donne plus l’impression de justifier la présence de son casting par la durée à rallonge du film. Résultat, malgré une réalisation impeccable et de la frime à tous les étages, il ne reste que l’ennui et le désintérêt pour ce pseudo-thriller trop bavard. À tester.  

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