300 – La Naissance d’Un Empire : Eva Green, l’unique bonne idée

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Huit ans après le film 300 de Zack Snyder, Noam Murro nous propose une suite calquée sur le premier opus. Si on retrouve la même esthétique stylisée, force est de constater que 300 – La Naissance d’un Empire surfe sur une intrigue confuse et cousue de fils blancs, qui s’essouffle entre les multiples séquences filmées au ralenti et une structure temporelle légèrement chaotique. Seule Eva Green réussit à tirer son épingle du jeu, grâce à son charisme et sa prestance indéniable, mais malheureusement le film de Noam Murro n’apporte rien de plus. Pire, le film se termine pile au moment où l’action commençait à être intéressante. Dommage…

Le pitch : Le général grec Thémistocle tente de mobiliser toutes les forces de la Grèce pour mener une bataille qui changera à jamais le cours de la guerre. Il doit désormais affronter les redoutables Perses, emmenés par Xerxès, homme devenu dieu, et Artémise, à la tête de la marine perse…

En 2006, Zack Snyder marquait un tournant décisif dans sa carrière en adaptant le comic book 300 de Frank Miller. Son sens aigu de l’esthétisme et son ambition artistique ultra-léchée et superbe lui ont permis de revisiter un genre très poussiéreux, à savoir le péplum. Impossible d’oublier la superbe photographie métallique éclaboussée par des gerbes de sang de 300, un style qui est rapidement devenue sa marque de fabrique, comme on a pu le constater par la suite avec Watchmen (2009), Sucker Punch (2013) et récemment, Man of Steel (2013).
Hollywood n’en pouvant plus de racler les fonds de tiroirs s’est logiquement mis en tête de proposer une suite à 300, produite par Zack Snyder, mais en envoie un autre réalisateur au casse-pipe, j’ai nommé Noam Murro (Smart People, en 2008). Pour faire simple, et par manque d’imagination, 300 – La Naissance d’un Empire reprend les éléments-clé du premier film et les réutilisent à l’envi : une armada d’acteurs torse nu et bodybuildés – check ! ; une photographie similaire à celle de Zack Snyder – check ! ; de l’action avec du sang qui gicle et des ralentis à gogo – double-check ! En effet, si vous avez aimé 300, cette suite ne risque pas d’être dépaysante et jusque là, ce n’est pas trop grave… Après tout, l’univers est si particulier, changer de ton aurait été inapproprié.

Là où l’ambition de 300 – La Naissance d’un Empire montre ses limites, c’est surtout au niveau du contenu. Les co-scénaristes Kurt Johnstad et Zack Snyder reprennent du service et tricotent une nouvelle intrigue autour de celle utilisée pour 300 (puisque le comic book consacré à Xerxès n’est toujours pas terminé), dévoilant l’origine de l’armée perse et du très doré Xerxès, tout en mettant en branle un nouvel affrontement avec les armées grecques dirigées par Thémistocle. Malheureusement, entre une narration envahissante et des ellipses temporelles brouillonnes, on perd rapidement le fil entre toutes ces explications et une histoire qui met énormément de temps à se mettre en place, notamment à cause des plans au ralenti qui se succèdent à n’en plus finir (oui, comme dans Resident Evil : Afterlife, par exemple… et quel exemple !). Malgré toute sa bonne volonté et des discours répétitifs, qui font écho à ceux entendus dans 300, le film de Noam Murro a beaucoup de mal à être convaincant, surtout lorsqu’il repose son scénario sur des idées déjà vues dans 300, comme le gamin qui veut absolument faire la guerre contre l’avis de son père.
En effet, même si on retrouve de violents affrontements marqués par des giclées de sang spectaculaires, le film frôle trop souvent l’absurde, entre des séquences vraiment peu crédibles et des scènes carrément WTF, qui suscitent parfois l’hilarité (mais était-ce vraiment le but ?). À force de rester sur les acquis de Snyder, Noam Murro ne parvient pas à recréer la tension ni l’énergie furibonde du premier film, alors emporté par le charisme volcanique de Gerard Butler (et Michael Fassbender :-D), et se complaît dans une pâle copie ultra-fade et trop facile.

Heureusement, 300 – La Naissance d’Un Empire dispose d’un atout considérable : Artémise, incarnée par Eva Green. Aussi pervers que dangereux, ce personnage réussit à maintenir un léger intérêt pour le film, qui ose proposer un vilain féminin, vraiment sadique et redoutable, capable de tenir tête au héros et d’affronter une guerre. Malgré le scénario bancal et les échanges qui frisent parfois le ridicule, le coté « bad-ass » d’Artémise sauve la mise, in extremis, ce qui n’était pas une chose aisée dans cet univers très masculin et plutôt prévisible.

Au final, 300 – La Naissance d’Un Empire tente de reprendre les ingrédients du succès du premier film, mais si la réutilisation des artifices m’as-tu-vus de Snyder bénéficiaient de l’effet de surprise il y a 8 ans, aujourd’hui, sans nouvelle réinterprétation, ce n’est plus du tout impressionnant. D’ailleurs, Noam Murro se réfugie dans une photographie à la tonalité très froide (gris, bleu…), alors que Snyder alternait et puisait souvent dans les tons chauds (doré, rouge…), ce qui donne un résultat très sombre, surtout avec la 3D. Le film souffre également de l’utilisation excessive de scènes ralenties (slow-motion), si bien qu’en réalité le film doit bien durer 45 minutes en tout et pour tout.

Coté casting, Eva Green (Perfect Sense, Dark Shadows…) est la star du film, hypnotique et superbe, elle réussit à maîtriser son personnage et à le rendre captivant, malgré les nombreux défauts du film et une scène de sexe ahurissante de bêtise. Sullivan Stapleton (la série Strike Back…) patauge royalement et ne parvient pas à faire oublier Gerard Butler en tant que leader. Quel dommage que le rôle de Lena Headley (300, Game Of Thrones, American Nightmare…) n’est pas été mis plus en avant : femme potiche dans 300, ce n’est que dans les dernières minutes que le potentiel de son personnage est exploité. Rodrigo Santoro (I Love You Philip Morris, Le dernier rempart…), quant à lui, en dehors de son opération de relooking avant/après, n’apporte toujours rien à l’histoire tant son personnage est écrasé par celui d’Artémise.

En conclusion, 300 – La Naissance d’Un Empire est le résultat typique d’une suite créée de toutes pièces par Hollywood : peu d’ambition, une intrigue exagérément complexe pour masquer le vide et des doublures en guise de personnages. Heureusement, Eva Green parvient, par magie, à créer une véritable dynamique grâce à son personnage savoureusement mauvais et sacrément « couillu ».
Si Zack Snyder a su faire évoluer son style dans ses propres films, ici Noam Murro ne fait que réutiliser des subterfuges de façon vieillotte et cheap. On dirait même que les pectoraux de ces messieurs sont moins bien musclés, et ça, c’est vraiment dommage !

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