Maps To The Stars : Intimiste et troublant

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Voir David Cronenberg s’aventurer sur un sujet à priori aussi glamour, c’était la promesse d’explorer la part d’ombre d’Hollywood. Si Maps To The Stars n’est pas son meilleur film, il reste néanmoins fascinant de par la complexité de ses personnages et l’indécence de son sujet, et surtout grâce à son casting exceptionnel illuminé par une Julianne Moore incroyable.

Le pitch : À Hollywood, la ville des rêves, se télescopent les étoiles : Benjie, 13 ans et déjà star; son père, Sanford Weiss, auteur à succès et coach des célébrités; sa cliente, la belle Havana Segrand, qu’il aide à se réaliser en tant que femme et actrice. La capitale du Cinéma promet aussi le bonheur sur pellicule et papier glacé à ceux qui tentent de rejoindre les étoiles: Agatha, une jeune fille devenue, à peine débarquée, l’assistante d’Havana et le séduisant chauffeur de limousine avec lequel elle se lie, Jerome Fontana, qui aspire à la célébrité. Mais alors, pourquoi dit-on qu’Hollywood est la ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? La ville des rêves fait revivre les fantômes et promet surtout le déchainement des pulsions et l’odeur du sang.

David Cronenberg (Videodrome, La Mouche, Les Promesses de l’Ombre…) fait partie de mes réalisateurs favoris. Si son dernier film, A Dangerous Method (2011), ne m’avait pas totalement convaincue (trop bavard), avec Maps To The Stars, le cinéaste continue d’explorer les troubles psychologiques à travers la dégénérescence de ses personnages, déjà bien entamés par leurs rêves de gloire, leurs chutes… et leurs envies de revanche.
Critique ouverte du star-system et mise à nu sensible des personnages qui se croisent dans le film, Maps To The Stars propose une virée alléchante dans un univers privilégié où les égos s’entrechoquent. À travers une galerie de personnages névrosés, Cronenberg érafle les clichés, livrant une vision à la fois terre à terre et satyrique de l’industrie du cinéma et des acteurs qui la compose. Au-delà de cette trame somme toute ordinaire, Maps To The Stars possède l’ingrédient « cronenbergien » qui change tout. Toutes les histoires parallèles du film sont vrillées par des secrets de famille qui, petit à petit, explosent la petite bulle sereine et superficielle qui les entoure. Rappelant beaucoup Stoker de Park Chan-wook, Maps To The Stars est toutefois moins subtil que son « faux jumeau » sud-coréen, lorsqu’il s’agit de relier l’héritage génétique et les troubles mentaux. Cronenberg ne tourne pas autour du pot, étonne par son ton très direct et l’absence d’équilibre et/ou de questionnement sur le Bien et le Mal. Le film oscille volontairement entre le malaise et l’attrait de l’interdit sans véritablement se positionner. C’est peut-être un des défauts du film. Habitué à la dissection psychologique brute et aux confrontations directes (et parfois d’une violence assez crue) dans ses précédens films, cette fois Cronenberg ne parvient pas à saisir la subtilité liée à son thème. Du coup, là où Park Chan-wook avait réussi à semer le doute et à maintenir une intensité remarquable, Cronenberg botte en touche lors de la dernière partie du film, malgré une mise en scène maîtrisée et une tension hypnotique.

Malgré ces quelques défauts, Maps To The Stars brille grâce à une trame bien écrite, explorant chaque personnage jusqu’au point de rupture inattendu, libérateur et jouissif. Le fait de situer un thème aussi sulfureux et irrévérencieux dans un univers aussi glamour attise le coté voyeur du film. Cronenberg cultive ainsi une intimité presque malsaine, rappelant parfois la fascination déplacée que l’on retrouve dans ses films (comme Crash, par exemple) avec ravissement.

Coté acteurs, Julianne Moore (Blindness, Carrie – La Vengeance, Don Jon…) est irrésistible dans un rôle complexe et attachant, ce qui lui a d’ailleurs valu le prix de l’interprétation féminine au Festival de Cannes 2014. À ses cotés, Mia Wasikowska (Des Hommes Sans Loi, Stoker, Only Lovers Left Alive…) use de son éternel candeur pour diffuser un trouble charmeur autour de son personnage énigmatique et le jeune Evan Bird est saisissant et très convaincant dans son premier grand rôle au cinéma. John Cusack (Paperboy, Le Majordome…) et Olivia Williams (Anna Karénine…) sont plus en retrait, un choix regrettable vu l’impact de leurs personnages sur l’histoire générale, tandis que Robert Pattinson (Bel Ami, Cosmopolis…) fait un passage remarqué mais sans véritable intérêt.

En conclusion, Maps To The Stars tisse un drame dérangeant, mêlant le glamour Hollywoodien aux secrets de famille inavouables. David Cronenberg revient aux sources en livrant un film intimiste et sombre, aux penchants délicieusement voyeurs et malsains. À voir.

It's like looking in a mirror...

It’s like looking in a mirror…

Une réflexion sur “Maps To The Stars : Intimiste et troublant

  1. Dans l’ensemble j’ai bien aimé ce film qui critique avec efficacité Hollywood même si ça peut manquer de subtilité et qu’il y a quelques longueurs. Les acteurs sont également tous très bons.

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