[CRITIQUE] Toute Première Fois, de Noémie Saglio et Maxime Govare

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Sucré, mignonnet et faussement osé, Toute Première Fois joue la carte gay-friendly à travers les amours confuses d’un homme en couple avec un autre. Pour leur premier film, Noémie Saglio et Maxime Govare détournent l’image du couple « conventionnel » et propose une crise existentielle avenante et pêchue. Malheureusement, la limite est fine entre la comédie légère et la caricature pour beaufs : au-delà des travers hésitants ou commodes qui découlent souvent d’un premier film, Toute Première Fois laisse un goût amer avec ses faux airs de sitcom « gay mais pas trop », où l’idée originale (le coming-out à l’envers) est exploitée de façon finalement gênante. À quand un film populaire avec un couple gay et assumé ? Ce n’est pas pour tout de suite.

Le pitch : Jérémie, 34 ans, émerge dans un appartement inconnu aux côtés d’Adna, une ravissante suédoise aussi drôle qu’attachante. Le début dʼun conte de fées ? Rien nʼest moins sûr car Jérémie est sur le point de se marier… avec Antoine.

Pour leur premier film, Noémie Saglio et Maxime Govare vise la comédie légère, facile et mignonnette, qui a récemment reçu le Grand Prix du Festival International de la Comédie de l’Alpe d’Huez. À première vue, Toute Première Fois a tout d’une grande, grâce une histoire sympathique et des personnages attachants. Même si l’intrigue n’est pas vraiment un secret, le film démarre sur les chapeaux de roue, avec une fuite en avant qui va se compliquer de minutes en minutes. L’ensemble glisse sans effort, tant on y retrouve tous les artifices de base de la comédie, du héros perdu à la famille gentiment dysfonctionnelle, en passant par le wing-man coureur de jupon (qui ne manquera pas de subir sa propre épiphanie). En effet, tout semble sourire au film, qui réussit à faire oublier ses défauts de mise en scène bazardée à la hâte et quelques erreurs distillés ça et là (comme des fautes d’orthographe dans un PowerPoint). Le film met presque de coté la sexualité de ses personnages pour jouer sur les thématiques romantiques, de l’amour plan-plan au fruit interdit, en passant par la tromperie et les cachotteries qui viennent donner du peps à l’ensemble moderne et accessible. Le scénario commode se plie joyeusement à la volonté des réalisateurs, ce qui permet au personnage principal de s’empêtrer toujours un peu plus dans ses mensonges. Et pourtant, au fur et à mesure que le film avance, Toute Première Fois finit par dégager une petite odeur de soufre discrète, certes, mais bien présente.

Bien que Noémie Saglio et Maxime Govare évite le cliché de La Cage Aux Folles (ce n’est pas vraiment compliqué), le film n’assume vraiment pas sa storyline gay avec un couple qui, hormis quelques gestes affectueux et un ou deux bisous, est royalement en retrait, à la faveur d’intrigues hétéros qui choqueront probablement moins le spectateur lambda. Bien que le film s’affiche comme étant ouvert d’esprit, cette liberté est visiblement étriquée à l’image, tandis que, lentement, le malaise s’installe. Avec une plume bien lourdingue, le scénario laisse filtrer des personnages souvent caricaturaux aux échanges bien clichés, usant et abusant du mot « pédé » comme si tout allait bien et osant le running-gag collégial (« et sinon, tu fais l’homme ou la femme ? »). Et pourtant, ce n’est pas vraiment le plus décevant. En affichant clairement son thème, j’espérais un film assumé et un couple gay franchement inscrit dans l’intrigue malgré les écarts de l’un ou de l’autre, mais finalement, comme trop souvent dans les comédies populaires (à l’instar des films indépendants, j’entends) l’homosexualité devient un objet marketing malléable et changeant à l’envi, ce qui certes n’est pas impossible mais juste un peu chiant à l’heure où certains continuent de penser qu’il s’agit d’une « maladie dont on peut guérir ». Si le film ne pousse pas aussi loin la réflexion, le manque de recul sur le résultat final ne peut empêcher cette sensation désagréable d’avoir assister à un carnaval formaté dans lequel on finit par se moquer du sujet revendiqué en premier lieu.

C’est vraiment dommage car au-delà de tout ça (en faisant l’autruche étant indulgent, donc), Toute Première Fois possède plusieurs qualités de la comédie légère et agréable qui donne le sourire. Avec son idée de départ assez originale et une ambiance aussi colorée, le film de Noémie Saglio et Maxime Govare vient avec sa cohorte de personnages/acteurs attachants, ce qui le sauve grandement de son scénario sans véritable surprise et de ses touches d’humour souvent ras-les-pâquerettes, desservi par les laisser-allers inévitables des films consensuels faits entre potes.

Au casting justement : Pio Marmaï (Maestro, Des Lendemains Qui Chantent…) est l’atout charme du film, grâce à un personnage attendrissant malgré ses mensonges et ses infidélités, tandis que Franck Gastambide (Les Gazelles…) joue les play-boys discounts et que Lannick Gautry (La Cage Dorée, Comme Des Frères…) se perd petit-à-petit dans le décor. Chez les femmes, Adrianna Gradziel, joliment castée, hypnotise le film de son regard mais, admettons-le, n’est pas vraiment une actrice remarquable (dans ce film, en tout cas), alors que Camille Cottin (Les Gazelles…) adoucit son coté « connasse » en restant toutefois dans sa zone de confort.
Autour de ce petit monde, Frédéric Pierrot (Jeune et Jolie, Polisse…) et Isabelle Candelier (Gemma Bovery, Libre et Assoupi…) forment un duo sympathique, les seuls rescapés pourvus d’une âme dans cet imbroglio aseptisé.

En conclusion, si Toute Première Fois attire l’œil avec une idée originale, le traitement du film est finalement tout ce qu’il y a de plus lisse et attendu. Cependant, le film de Noémie Saglio et Maxime Govare possède un charme et un dynamisme accrocheur, qui provoquera bien des sourires. Malheureusement, un sous-texte gênant vient entacher l’allégresse communicative d’un film aux atours populaires qui ne semblent finalement pas assumer ses personnages gays. Dommage.

Personnellement, j'ai toujours préféré le Coca

Personnellement, j’ai toujours préféré le Coca

3 réflexions sur “[CRITIQUE] Toute Première Fois, de Noémie Saglio et Maxime Govare

  1. Idem de mon côté, gros malaise malgré un pitch qui laissait entrevoir la possibilité d’un Jack & Rose (la mini-série de Russell T. Davies diffusée en 2001, sur un sujet similaire mais ancrant beaucoup plus le personnage gay dans son contexte, et notamment en l’obligeant à davantage redéfinir et recalibrer son existence en fonction de ce nouveau paramètre – plus simple à faire en plusieurs épisodes, certes) à la française. Là, c’est au mieux maladroit, au pire carrément condescendant.

  2. Vivant a l’étranger je ne vais pas pouvoir voir le film mais la bande-annonce m’avait mis mal à l’aise. Votre critique est la seule à aborder ce qu’il y a se dérangeant dans cette comédie. Encore un film français où les gays changent de sexualité comme de chemise. Un film fait par des heterosexuels pour un public heterosexuel. Malheureusement le grand public et les medias n’y voient qu’une comédie gentille et gay friendly alors que l’idee d’une homosexualite fluide/de choix est justement le principal argument de l’homophobie.
    Je suis néanmoins très curieux de savoir comment le film se termine pour me faire un avis plus informé.

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