Libre et assoupi : Agaçant et moralisateur, malgré un casting sympathique

libre et assoupi

Avec sa nonchalance affectée et son ton léger, Libre et Assoupi se présente comme une comédie générationnelle, porte-parole éventuelle d’une jeunesse abonnée aux stages, tout offrant sa propre vision du passage à l’âge adulte en 2014. Malheureusement, en plus des maladresses dues à un premier film, Benjamin Guedj propose des personnages peu crédibles et un scénario au message moralisateur et prétentieux, servi avec une multitude de citations philosophiques pour asseoir son sujet. Rapidement agaçant, Libre Et Assoupi vend du rêve et une réalité bisounours à un public ciblé qui ne pourra pas toujours se retrouver dans cet univers magique où tout tombe tout cuit dans le bec, dans un ensemble finalement bavard et médiocre.

Le pitch : Sébastien n’a qu’une ambition dans la vie : ne rien faire. Son horizon, c’est son canapé. Sa vie il ne veut pas la vivre mais la contempler. Mais aujourd’hui, si tu ne fais rien… Tu n’es rien. Alors poussé par ses deux colocs, qui enchaînent stages et petits boulots, la décidée Anna et le pas tout à fait décidé Bruno, Sébastien va devoir faire … Un peu.

Scénariste averti, Benjamin Guedj avait déjà sévi sur les anecdotiques Cyprien de David Charhon (2008) et Il Reste Du Jambon ? d’Anne Depétrini (2010). Pour son premier film, il choisit d’adapter le roman Libre, Seul et Assoupi de Romain Monnery.
Le principal atout de Libre Et Assoupi est, heureusement, son personnage principal, Sébastien, qui malgré son coté paresseux assumé, se révèle très attachant. Alors que l’on découvre son parcours et son point de vue sur la vie, le film interpelle sur des problématiques actuelles en imageant l’indécision et l’appréhension des jeunes diplômés en temps de crises, tout en philosophant sur la différence entre la nécessité et l’envie de travailler. Benjamin Guedj approche dans un premier temps son sujet de façon intéressante, se questionnant sur la Vie avec un grand V, car le film retourne le sujet du travail dans tous les sens (corvée ? plaisir ?) et donne une vision assez pertinente de cette transition délicate entre les études et la vie active, opposant les rêves et la réalité pas toujours rose qui force parfois à faire quelques concessions pour avancer.
Oui mais voilà, Sébastien, lui, n’a pas envie d’avancer, pire, il n’en éprouve pas le besoin. Malheureusement, une fois ce constat établit et une série de gags (tirés par les cheveux) autour du mode de vie du jeune homme, un malaise finit par s’installer et lorsque l’heure du « reality check » a sonné, le film fait un piqué net vers la médiocrité.

Si le babillage des personnages depuis le début du film étaient tantôt sensés, tantôt drôles, Libre Et Assoupi finit petit à petit par ressembler à un discours moralisateur et complètement éloigné de la réalité que le film essaie de représenter. En effet, si le discours de Sébastien plait, c’est très probablement parce qu’il fait envie et aussi parce que la kyrielle de diplômes que le jeune homme se trimbale laisse supposer qu’il a un cerveau fonctionnel. Mais le film finit par sombrer, lorsqu’il se met à donner des leçons de vie, à grands renforts de citations plus ou moins philosophiques dignes d’un discours d’acceptation d’un César. Entre psychologie de comptoir et prétention snobinarde, la petite bulle pétillante dans laquelle planait Libre Et Assoupi éclate brusquement, alors que le film nous démontre que, finalement c’est bête comme chou d’être heureux dans la vie ! Youpi !
Oui, effectivement, tout est plus facile dans cette réalité fantasmée où trois jeunes en situation précaire parviennent à vivre dans un immense appartement parisien, surtout quand il leur suffit de claquer des doigts pour que tous leurs rêves se réalisent.
Benjamin Guedj partait sûrement d’un bon sentiment personnel, en réalisant ce film, avec un message formaté du type « il faut vivre ses rêves au lieu de rêver sa vie », mais finit par se contredire en cours de route en passant des concessions pas toujours sympas aux coups de baguette magique. Alors que le film s’adresse principalement à un public jeune et se voulait porteur d’espoir, probablement, Libre Et Assoupi vend finalement du rêve, en riant au nez d’une génération qui trime pour de vrai (et dur).

Si mon appréciation au sujet du ton du film reste personnelle, objectivement Libre et Assoupi est finalement très laborieux. Le scénario atteint rapidement ses limites, après avoir vivoter autour de ces trois personnages principaux et de leurs différences. Certes le film fait sourire de nombreuses fois, en jouant avec les sentiments amoureux et le statut social de son héros, mais lorsqu’on aborde la partie « sérieuse » du film, tout s’écroule. Benjamin Guedj s’empresse de conclure son film en masquant ses imperfections derrière une narration hâtive, ce qui rend de simples détails encore plus marquants (personne ne vieillit malgré le temps qui passe…).

Coté acteurs, Baptiste Lecaplain (Bref, Nous York…) est très bon dans ce rôle de jeune glandeur attachant, si bien qu’il réussit à nous emmener jusqu’au bout de son film. À ses cotés, Charlotte Le bon (La Stratégie de la Poussette, Yves Saint Laurent…) est mignonne et marrante, même si son rôle d’intello frôle parfois la caricature, et Félix Moati (LOL, Télé Gaucho…) nous avait déjà habitué à mieux.
Les courtes apparitions de Denis Podalydès (Camille Redouble, Pour Une Femme…) creusent un gouffre immense entre lui et le trio de jeunes acteurs, tant il arrive à être excellent dans un rôle aussi secondaire.

En conclusion, Libre et Assoupi est une comédie bancale, dont la transition entre l’humour et le drame léger n’est pas convaincante. Mais le contraste prononcé entre l’ambiance bobo et la situation sociale des personnages principaux rend la leçon de vie proposée par Benjamin Guedj imbuvable. Heureusement, le casting enthousiaste et agréable sauve le film in extremis du désastre.

Assoupi, assoupi... pas tant que ça on dirait !

Assoupi, assoupi… pas tant que ça on dirait !

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