[CRITIQUE] La Fille de Brest, d’Emmanuelle Bercot

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Le pitch : Dans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspirée de la vie d’Irène Frachon est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité.

Habituellement, ce genre de film ne m’attire pas beaucoup. Non pas parce que le sujet ne m’attire pas, c’est surtout un problème de traitement, de rythme et, finalement, d’absence de fiction. En effet, La Fille de Brest est tirée de l’histoire vraie de la pneumologue Irène Frachon, excerçant au CHU de Brest, qui s’est lancée dans un combat voulu perdu d’avance contre le Mediator – le médicament responsable de la mort de nombreux patients sous traitement. S’il est toujours intéressant de découvrir les dessous d’un scandale, ce genre de films restent souvent très solennels et terre-à-terres, ce qui est normal même s’ils ont néanmoins tendance à perdre en vitalité et piquant. Récemment, le film Spotlight m’a fait cet effet : sujet intéressant, film globalement bon mais ça ne m’a pas non plus transportée : suivre une enquête a un petit coté attrayant, mais le problème du fait divers c’est qu’on connait déjà la fin. En tout cas, pour moi, c’est nettement moins intéressant.

Le film d’Emmanuelle Bercot (La Tête Haute, Mon Roi, Elle S’En Va…) est différent. Dans son récit, La Fille de Brest ne s’anime pas uniquement autour du scandale, mais autour d’une femme, Irène Frachon, et d’une petite équipe du CHU de Brest qui va se mobiliser pour enquêter sur le Médiator. Malgré le scandale et les allures d’un combat à la « David contre Goliath », La Fille de Brest pose un regard humain sur ses protagonistes et ses préoccupations. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer les industries pharmaceutiques, ni d’envelopper la pneumologue d’une aura de sainte. Le film reste toujours au plus proche de ses personnages, mettant en porte-à-faux les risques pour leurs carrières à leurs devoirs de médecins, tout en gardant un œil sur les victimes plus ou moins présentes à l’écran.
En ouvrant sur une opération à cœur ouvert, La Fille de Brest donne le ton, livrant une histoire franche et sans fioriture, autour d’un personnage déterminé, et portée par une approche accessible qui ne s’évapore jamais dans des explications alambiquées ou complexes qui pourraient désarçonner. Le film ne cherche pas à glorifier qui que ce soit – même si, au passage, les industries pharmaceutiques et leurs représentants en prennent un coup bien mérité – et replace le fait divers à un niveau aussi compréhensible que touchant, en se situant du coté des victimes et non en se nourrissant du caractère sensationnel de l’affaire.

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Seul véritable reproche, au risque d’exagérer un chouilla, mais avec un sujet aussi peu « sexy », le film s’avère un peu long et essuie parfois des faiblesses de rythme. Malgré ses rebondissements, la réalisation d’Emmanuelle Bercot est parfois abrupte, voire un peu précipitée, à cause de la densité de son histoire et sa volonté de vouloir la narrer avec précision. Mais parfois, La Fille de Brest prend des allures de téléfilm, tant l’accent est mis sur le fond que sur la forme, un peu délaissée, avouons-le (oui, même avec l’envolée de cornemuse en cours de route !).
Aussi, je tiens à préciser que le film est sous un avertissement : en effet, le film démarre avec une opération à cœur ouvert et une autopsie a lieu en cours de route. La où Katell Quillévéré avait choisi d’édulcorer ses prises de vue dans Réparer Les Vivants, Emmanuelle Bercot a opté pour le réalisme en tournant ces deux scènes très puissantes, aussi symbolique l’une que l’autre, de façon très crue (sans mauvais jeu de mot) et frontal, comme pour nous renvoyer la violence des dégâts du Médiator en plein visage et de façon concrètr. Un choix audacieux, mais qui peu mettre mal à l’aise.

Une des grandes forces du film est son actrice principale, Sidse Babett Knudsen (Inferno, L’Hermine, The Duke Of Burgundy…). Je ne sais pas comment est la vraie Irène Frachon dans la vie, mais l’actrice danoise compose avec une personnalité étonnante et même sa façon de buter parfois sur des expressions françaises va donner beaucoup de fraicheur et d’humanité à un personnage qui se découvre chaleureux, sensible et surtout justement préoccupé par le sort de ses patients. Là où d’autres drames du genre ont tendance à se barricader derrière des personnages solennels et un peu gris, Sidse Babett Knudsen illumine une histoire finalement triste et pas toujours amène grâce à une performance solaire. Si elle éclipse le reste du casting, Benoit Magimel (Marseille, La Tête Haute, La French…) s’impose solidement à ses cotés, tout comme Charlotte Laemmel, Lara Neuman et encore Philippe Uchan, tandis que le personnage tenu par Isabelle De Hertogh touche en plein cœur.

En conclusion, Emmanuelle Bercot dresse un nouveau portrait de femme à travers un drame remuant un fait divers retentissant, sans pour autant se laisser emporter par le caractère sensationnel de son sujet. La Fille de Brest est un film fort à la dimension humaine, porté par une Sidse Babett Knudsen absolument remarquable. À voir.

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