[COUP DE CŒUR] Wind River, de Taylor Sheridan

Entre faits divers et chasse à l’homme, Taylor Sheridan nous plonge dans un enfer blanc oppressant et rude. Un peu lent parfois, mais quel choc ! Le scénariste de Sicario et Comancheria conclue une trilogie qui montre une certaine réalité trop actuelle, entre violence, désillusions et surtout survie. Wind River signe un constat glaçant sur une Amérique insoupçonnée, parfois choquant et frontal, à travers un thriller nourri par la noirceur humaine et des luttes de territoires passées aux échos toujours retentissants, voire plus violents, aujourd’hui.

Le pitch : Cory Lambert est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue élucider ce meurtre. Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature…

Le passage derrière la caméra n’est jamais facile pour un scénariste, beaucoup se sont frottés à l’exercice et le résultat n’est pas toujours convaincant. Si Wind River accuse quelques longueurs, le film n’est reste pas moins un choc, tant il repose sur une violence latente qui enfle en filigrane et finit par exploser dans les dernières minutes.
Après le fabuleux Sicario de Denis Villeneuve (2015) puis Comancheria de David Mackenzie (2016), Taylor Sheridan boucle la boucle en réalisant lui-même Wind River, qu’il considère comme le dernier chapitre d’une trilogie sur le thème de la « frontière américaine moderne ». En effet, si le lien ne saute pas aux yeux, ses deux précédents scénarios reposaient sur la confrontation de deux univers voisins, qu’ils soient géographiques ou matériels. Cette fois, Taylor Sheridan s’éloigne des Etats du sud pour s’aventurer dans un désert hivernal et isolé, à travers les neiges du Wyoming où les traces de la conquête coloniale sont toujours visibles. Si le film n’est pas marqué dans le temps, il agit toutefois comme un rappel aussi glacé que son contexte : celui d’une communauté amérindienne toujours parquée dans des réserves (comme s’ils n’étaient pas natifs du continent !), loin du regard et de la mémoire des Américains.

À travers l’injustice de cette situation, Wind River parvient à tisser une tragédie qui débute avec la mort d’une jeune femme, ce qui va déclencher une enquête sinueuse et faire ressortir les grands échecs de l’Amérique coloniale. Le constat est percutant dans cette découverte intimiste d’une communauté native et pourtant recluse : la drogue et la pauvreté déciment les familles et l’indifférence des autorités éclabousse en plein visage. Oppressant et étouffant, Wind River suit des personnages qui vont devoir s’allier face à l’incertitude et l’instabilité aussi bien de leurs rencontres que du climat qui les entoure. Le film prend son temps à s’installer et peut parfois paraître lent, mais l’intrigue s’étoffe à travers les multiples rebondissements, ce qui rend l’ensemble captivant tant les ennemis et les dangers sont aussi nombreux qu’insaisissables. Wind River ne relâche jamais une tension mordante, vrillée aussi bien par le thriller qui l’anime que par les émotions connexes qui traversent le film, entre ses familles déchirées, l’isolement et l’abandon d’une nation pour ses pairs et une violence sourde qui ne fait qu’enfler tout au long du film. Niché dans une nature sauvage qui fait la loi, le film soumet ses personnages à l’instabilité de son environnement, comme une rupture imposée dans la loi des hommes, qui tranche à l’aveugle, fauchant aussi bien les coupables que les victimes. Wind River offre un récit qui maintient en apnée de bout en bout, tortueux certes, mais brillamment maîtrisé. On en ressort pas indemne ! Le film a d’ailleurs été doublement récompensé lors du dernier Festival de Cannes, dans la catégorie Un Certain Regard, avec le Prix de la mise en scène et le Prix du meilleur réalisateur !

Au casting : quel plaisir que de voir Jeremy Renner (Premier Contact, Captain America Civil War, Mission Impossible : Rogue Nation…) briller à nouveau dans un premier rôle ! Si depuis quelques temps, l’acteur est souvent noyé par un casting imposant ou relégué au second plan, il est cette fois excellent et convaincant en traqueur, aux côtés d’une Elizabeth Olsen (Avengers – L’Ère d’Ultron, Godzilla, Kill Your Darlings…), comme toujours impeccable et juste, en jeune recrue déterminée. Autour d’eux, quelques visages connus, comme Graham Greene (Un Amour d’Hiver...), Gil Birmingham (Transformers: The Last Knight…) et Julia Jones – tous passés par la case « Twilight » ! -, ainsi que la présence de Jon Bernthal (Baby Driver, Mr Wolff, Daredevil…) dans un personnage absolument dévastateur mais nécessaire.

En conclusion, Taylor Sheridan signe un film entêtant, à la fois révoltant et haletant, tandis que le suspens du polar noueux flirte avec le drame ambiant. Personnellement, je n’ai pas vu venir le dénouement avant les dernières minutes et la violence de ce dernier m’a glacé le sang, tant il est aussi soudain que violent. Wind River affûte brillamment ses armes avant de passer à l’action et si l’ensemble s’avère réussi, il est aussi douloureusement réaliste, comme la carte postale tragique d’une Amérique bien actuelle mais honteusement gardée secrète. À travers son film, et dans la lignée des deux précédents, Taylor Sheridan dénonce les conséquences désastreuses d’un pays qui gouverne par la loi du plus fort et balaie ses dommages collatéraux sous le tapis, en espérant que personne ne les remarque, dans un film percutant et alarmant. À voir absolument !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s