[COUP DE CŒUR] Au Revoir Là-Haut, d’Albert Dupontel

Pour son nouveau film, Albert Dupontel met de coté cynisme incisif et caricature sociale bougonne pour s’atteler à une histoire mêlant imaginaire, fantaisie et émotions. Au Revoir Là-Haut est un défi osé et ambitieux, qui fait – n’ayons pas peur des mots – honneur au cinéma français à travers une comédie dramatique à la fois lumineuse et théâtrale, à mi-chemin entre rédemption, vengeance et tableau d’après-guerre. Albert Dupontel se dépasse dans une mise en scène inspirée, tandis que Nahuel Pérez Biscayart est définitivement LA révélation du cinéma français de l’année !

Le pitch : Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire..

Depuis ses premiers pas en tant que réalisateur, Albert Dupontel (Bernie, Enfermés Dehors, Le Vilain, 9 Mois Ferme…) nous avait rôdé à son ton bien personnel à travers ses dramédies sociales au ton ultra cynique et décalé, une approche parfois subversive dont il usait aussi bien pour dénoncer les travers d’une société aveugle que pour épaissir des traits de caractères bien humains et pas forcément glorieux. Avec Au Revoir Là-Haut, Dupontel sort de son registre habituel pour adapter le livre de Pierre Lemaitre (prix Goncourt 2013), dans une odyssée théâtrale et dense, sans pour autant se départir de son humour grinçant.

Dans un décor d’après-guerre, Au Revoir Là-Haut suit le parcours de deux vétérans solidaires, l’un défiguré après avoir sauvé la vie de l’autre. Ceci n’est que le point de départ d’un puzzle audacieux mêlant histoires de familles et vengeance, où les liens entre les personnages sont sublimés par un récit fantastique et exalté, osant le charme fantaisiste dans des tableaux émotionnellement sombres. Albert Dupontel livre une histoire complète qui nous entraîne dans ses détours avec une aisance agréable, tant tout fonctionne : de ses personnages singuliers, alors que certains sont aussi détestables que conquérants, jusqu’à la minutie et l’imaginaire qui se traduisent derrière les décors et, évidemment, les costumes. L’ensemble est formidable, porté par un scénario dynamique et piquant – légèrement modifié, notamment au niveau du final, par rapport au livre, pour conserver cette approche enlevée et vivante, qui renforce le film dans son identité fantasque et festive, malgré une sous-intrigue douloureuse.

Au Revoir Là-Haut se rapproche plus du conte animé que de la comédie classique, et pourtant, ce n’était pas gagné. En effet, si le sujet principal du film semble plus dans les cordes habituelles d’Albert Dupontel, rien ne laissait présager, selon moi et mon avis sur sa filmographie, qu’il aboutirait à un tel spectacle aussi visuel que bouleversant. Certes, le réalisateur tient l’un des premiers rôles, mais on le reconnait surtout à travers les portraits incisifs de ses personnages, entre ce père trop exigeant ou encore ce méchant fondamentalement mauvais et arrogant. On le reconnait aussi dans l’écriture des dialogues et la direction des talents, souvent libres et parfois abrupts, ce qui donnent une authenticité supplémentaire à l’histoire. Mais soyons honnêtes, si Dupontel s’était contenté de faire du Dupontel à la lettre – sans diminuer son travail en tant que réalisateur jusque là – Au Revoir Là-Haut n’aurait pas eu le même résultat. Ce qui transforme ce film en œuvre véritablement enthousiasmante, ce qui se démarque de l’ensemble, c’est ce qui gravite autour des personnages : la mise en scène hyper colorée et surtout plus osée, léchée et vivante du film. C’est parfois à se demander si Dupontel n’a pas récupéré le meilleur de chez Jean-Pierre Jeunet et pioché un peu de la dramaturgie spectaculaire de Michel Gondry pour s’en inspirer, à travers la reconstitution de cette France historique, où la ruine et la misère des vétérans côtoient le faste et l’aisance des plus nantis. Outre la collaboration entre Dupontel et Cédric Fayolle (avec qui il avait déjà travaillé, notamment sur 9 Mois Ferme), c’est surtout le travail de Cécile Kretschmar qui reste en mémoire, puisqu’elle a œuvré sur les masques du personnages d’Edouard, s’inspirant de Venise, des tragédies grecques, des travaux de Picasso ou encore de Fantomas d’André Hunebelle (1964). Mais finalement, sans le bon interprète pour les porter, ces masques n’auraient été que du papier mâché surcôté, c’est là qu’il faut saluer Nahuel Pérez Biscayart !

Rayonnant sur le casting, véritable révélation depuis 120 Battements Par Minute, l’acteur argentin possède une aura éblouissante et, malgré un personnage quasi-muet dont on ne voit que les yeux la plupart du temps, sa façon de bouger et l’émotion qu’il transmet à chacune de ses apparitions donne une dimension toute particulière au film qui passe du récit cabossé et satyrique à une histoire vibrante et bouleversante. À ses côtés, que du beau monde : Albert Dupontel est le fil rouge du film, toujours aussi réjouissant ; Niels Arestrup (Diplomatie, Vue Sur Mer…) en impose toujours en patriarche bourru, tandis que Laurent Lafitte (Papa ou Maman 2, Elle…) s’éclate visiblement dans son personnage imbuvable. Pour la touche féminine, si Émilie Dequenne (Maman A Tort, Chez Nous...) et Mélanie Thierry (La Danseuse, A Perfect Day – Un Jour Comme Un Autre…) frôlent l’invisible dans ce récit masculin, la jeune Heloïse Balster tire son épingle du jeu dans des premiers pas sur grand écran prometteurs.

En conclusion : ambitieux, fantasque et romanesque, Au Revoir Là-Haut offre un récit entier et conquérant, entre spectacle vivant et dramédie touchante. Albert Dupontel se surpasse et livre un film réjouissant, porté par un sens de la dramaturgie impeccable et surtout par un Nahuel Pérez Biscayart décidément bourré de talent. À voir absolument !

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