[CRITIQUE] Thor – Ragnarok, de Taika Waititi (sans spoiler)

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Fun, criblé d’action et exalté, Thor s’offre un troisième volet qui rattrape un personnage qui a bien du mal à s’imposer face à ses comparses plus populaires, tels qu’Iron Man ou Captain America. Alors que Marvel Studios nous inonde de petits nouveaux dans le MCU, Thor – Ragnarok en profite pour resituer les bases et créer un univers bien marqué par le « action hero » des années 80. Sous la houlette de Taika Waititi, le film propose une orientation plus rock, décomplexé, plein d’esbroufe et surtout, placé sous le signe de l’humour et de la bromance. Mais à deux films d’Avengers – Infinity War, est-ce vraiment ce que nous attendions du retour du héros Asgardien ? Malgré un opus divertissant et solide, Thor – Ragnarok ressemble plus à un pansement pour faire oublier Le Monde des Ténèbres qu’à un véritable chapitre amenant vers le prochain affrontement très attendu des Avengers contre Thanos. Autant je suis fan de Marvel Studios et je me suis bien amusée devant Thor – Ragnarok, il faut avouer que la boîte à idées sonne un peu creux dans le fond…

Le pitch : Privé de son puissant marteau, Thor est retenu prisonnier sur une lointaine planète aux confins de l’univers. Pour sauver Asgard, il va devoir lutter contre le temps afin d’empêcher l’impitoyable Hela d’accomplir le Ragnarök – la destruction de son monde et la fin de la civilisation asgardienne. Mais pour y parvenir, il va d’abord devoir mener un combat titanesque de gladiateurs contre celui qui était autrefois son allié au sein des Avengers : l’incroyable Hulk…

Depuis la Phase 1, Thor est l’un des héros qui a connu le plus d’embûches en solo, coté box office. Arrivé après les deux premiers Iron Man et coincé juste avant un Captain America – Le Premier Avenger, le premier film, sorti en 2011 et réalisé par Kenneth Brannagh, livrait une origine story basique, portée par un casting alléchant (Natalie Portman, Stellan Skarsgård et surtout Anthony Hopkins), une chronologie pleine de promesses et un acteur agréablement casté pour le plaisir des mirettes. Des premiers pas un peu niais, mais excusables puisque que Thor 1 était une étape obligatoire avant le premier film Avengers. En 2013, c’est Alan Taylor qui prend la relève pour narrer un chapitre « traditionnellement » plus sombre et centré sur l’univers identitaire du personnage. Seulement voilà, si Le Monde des Ténèbres était satisfaisant, le film péchait par manque d’ambition et un traitement du héros, encore trop impersonnel, il n’a pas su convaincre le public. En parallèle, le personnage répondait présent dans les team-ups, à savoir Avengers et Avengers – L’Ère d’Ultron, où Joss Whedon parvenait toujours à distribuer les rôles de façon à ce qu’aucun ne soit mis sur le carreau. Cependant, la seule chose qu’on a retenu concernant ce Thor version cinéma, so far, et au-delà de ses capacités héroïques, c’est finalement sa romance bancale avec Jane Porter (Natalie Portman) et son caractère chevaleresque mais maladroit quand il est sur Terre.

Mais qui est donc Thor ?

À l’heure où Marvel Studios renforce son cortège de super-héros avec Doctor Strange, les Gardiens de la Galaxie, le nouveau Spider-Man, Black Panther et bientôt Captain Marvel… Thor est étrangement absent dans Civil War et apparaît dans des mockumentaires délirants ou des scènes post-génériques pour nous faire patienter avant Ragnarok, l’événement connu dans les comics pour annoncer la chute d’Asgard. Et, accessoirement, se positionner comme le dernier film hors origin story, avant Avengers – Infinity War (avril 2018)…

Pour ce nouveau film, c’est Taika Waititi, le réalisateur néo-zélandais qui s’est fait remarquer pour sa parodie vampirique What We Do In The Shadows (à voir en VO/ST uniquement !) et dès les premières minutes, sa patte sur Thor – Ragnarok se fait entendre. En effet, le film annonce la couleur : Thor sera fun et décomplexé, ou ne sera pas ! Si on sait que Marvel Studios n’a pas l’intention de virer Rated R façon Deadpool, Logan ou même Daredevil version Netflix avant quelques années, Thor – Ragnarok ne surprendra pas en proposant un nouvel opus formaté dans le même moule, avec son approche héroïque, glorieuse et solaire.
Là où Taika Waititi innove c’est dans l’écriture du personnage et sa dépiction de l’univers du héros : pas seulement drôle, Thor – Ragnarok est surtout vif et rythmé, tandis que l’histoire se déroule dans un tableau tout droit issu des années 80 avec ses décors aussi surréalistes que bruts et désœuvrés, montrant une Asgard et d’autres planètes beaucoup moins clinquantes que dans les versions précédentes.

Contrairement à mes craintes, Thor – Ragnarok ne recycle pas la recette du premier Gardiens de la Galaxie
: si ce dernier surfe sur une tonalité humoristique, elle se traduit surtout sous forme de gags ou de vannes bien senties (et souvent sous la ceinture) ; ici, Taika Waititi ne se contente pas de faire ricaner mais met à profit son sens de la répartie à travers les échanges entre les personnages, ce qui donne un résultat bien plus percutant, plus dynamique et efficace à l’ensemble. La relation entre Thor et Bruce Banner/Hulk donne un sacré boost au film, offrant un side-kick de taille tout en valorisant deux personnages qui méritaient bien cette mise en avant. Bien conscient de la réputation de Thor auprès des fans (et non-fans) des films Marvel, Thor – Ragnarok assume son caractère clownesque mais cette fois sans le faire passer pour l’abruti bellâtre de service.

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En effet, l’autre bon point du film, c’est qu’il sort enfin de sa narration quasi féerique : trop longtemps coincé dans son rôle d’héritier du trône face à un demi-frère manipulateur, Thor – Ragnarok fait table rase du passé et choisit de repartir sur des bases « saines », où plutôt moins prévisibles, où Thor est enfin mis en avant en solo (ou presque) et non porté par Asgard, sa mythologie et ses ennemis. Du coup, j’ai beaucoup aimé l’énergie renouvelée de Thor, démis de ses atouts physiques et matériels, presque livré à lui-même dans une aventure plus brute et plus assurée où il regagne ses lettres de noblesses en tant que super-héros. Moins de romantisme inutile pour plus d’action, le film de Taika Waititi explore des mondes étonnants, qu’il façonne comme un film SF des années 80 : beaucoup d’effets spéciaux, pas d’accent futuriste, plus d’aspect mécanique et moins de fantaisie… Thor – Ragnarok propose un univers désenchanté au sous-texte politique dans lequel gravitent des envies anarchiques qui détonnent dans un MCU habituellement lisse, à travers ces nouveaux personnages nettement moins familiaux (alcoolique, revanchard, boudeur…).
D’ailleurs, coté action, Taika Waititi vise l’épique mesuré : si le film s’offre quelques moneyshots bien fichus, c’est finalement la déferlante d’action et d’affrontements qui prend le dessus. Thor – Ragnarok a le sens du rythme et accuse aucun temps mort du début à la fin. Moi qui préfère généralement les corps-à-corps à la Captain America, j’ai aimé les faces-à-faces badass et spectaculaires qu’offraient le film, à la fois dynamiques, colorés et explosifs. À travers un scénario qui multiplie les menaces au-delà du Ragnarok annoncé, permettant à son héros de prouver qu’il a évolué depuis le premier film.

Globalement, Thor – Ragnarok est un bon film, un très bon film même… si cela n’avait pas été le troisième du nom ! Alors que toutes les attentes des fans sont concentrées sur Avengers – Infinity War, le film de Taika Waititi laisse un arrière-goût décevant. Oui, le divertissement est là, on retrouve un personnage héroïque à part entière tout en en découvrant un peu plus sur sa propre mythologie… Mais ça, c’est le descriptif d’un film n°2, soit ce qu’Alan Taylor avait tenté de faire avec Le Monde des Ténèbres, finalement. Après nous avoir teasé des visions dans L’Ère d’Ultron, un travail d’investigation en parallèle de Civil War et une alliance avec Doctor Strange, Thor – Ragnarok sonne un peu creux dans le fond en omettant de faire avancer le MCU de façon générale. Et c’est principalement, ce qui me dérange, car le film est résolument tourné vers le passé en répondant à certaines questions et en multipliant références et clins d’œils aux films précédents. Si cela sert plutôt bien l’ambition dynamique et hilarante du film, ce choix reste difficilement compréhensible. D’un coté, j’apprécie la vision de Taika Waititi qui nous livre un film super-héroïque digne de ce nom, certes, très Marvel-like mais finalement conquérant et bien loin d’être un copié-collé de l’esprit irrévérencieux des Gardiens de la Galaxie (j’y tiens !) ; de l’autre, j’en attendais plus, bien plus de gravité sur ce troisième chapitre qui aurait dû être une amorce vers Infinity War. Malgré les nombreux rebondissements du film, la menace principale est mise à mal par une ambition déjà vue et quelques faux raccords et autres problèmes de temporalité qui ne passent pas vraiment inaperçus.
De plus, je crains qui ceux qui ne seront pas réceptif à l’humour du film risque de voir le temps s’allonger car, pour ma part, le film prend vraiment son essor lorsqu’un certain Géant de Jade s’invite à la fête.

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Au casting, Chris « miam-miam » Hemsworth (SOS Fantômes, Le Chasseur et la Reine des Glaces, Au Cœur de l’Océan…) reprend du service, toujours à l’aise dans ce rôle qui le lui rend bien (sans oublier de tomber la chemise à un moment donné – je commence sincère à croire que c’est inscrit dans son contrat pour tous ses films). À ses cotés, Tom Hiddleston (Kong: Skull Island, Crimson Peak…) est également de la partie, mais c’est surtout Mark Ruffalo (Insaisissables 2, Spotlight…) qui apporte cette fois du cœur au film, aussi bien en Hulk bougon qu’en Bruce Banner désorienté. Face à eux, Cate Blanchett (Song To Song, Carol…) est hypnotisante en superbe Hela, offrant d’ailleurs un des meilleurs affrontements jamais vus pour Thor.
À l’affiche également, Idris Elba (La Tour Sombre, Le Livre de la Jungle…) peut enfin faire autre chose que de servir d’Uber intergalactique en ouvrant le Bifröst à la demande (mais méritait mieux), tandis qu’on découvre de nouveaux visages: Tessa Thompson (Creed, Dear White People…) en Valkyrie revêche, Karl Urban (Peter et Elliott Le Dragon…) fait un peu de figuration et surtout Jeff Goldblum (Independence Day: Resurgence…), hilarant en Grand Maître insouciant mais un poil tortionnaire.
À noter également que Taika Waititi s’offre un rôle assez sympathique.
Et on reparlera du casting plus tard… 🙂

En conclusion, Thor – Ragnarok m’a laissée mitigée. Autant j’ai aimé les retrouvailles avec ce héros que j’affectionne (pas uniquement pour sa plastique), tandis que le film de Taika Waititi propose un film plus assumé, drôle et inventif, entre rebondissements explosifs et revisite du héros et sa mythologie. Mais si le divertissement est indéniable, Thor – Ragnarok arrive trop tard dans la chronologie et peine à peser sur l’ensemble, alors qu’Avengers – Infinity War pointe le bout de son nez. Hyper fun et abouti, mais quand même un peu creux. Et à voir, bien sûr !

PS : comme d’hab, restez pendant le générique pour voir les deux scènes bonus.  L’article 100% spoilers, c’est par ici !

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