[CRITIQUE] Black Panther, de Ryan Coogler (sans spoiler)

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10 ans de films Marvel et on pourrait croire que le studio arriverait à bout de ses idées. Black Panther est la preuve du contraire avec un film de super-héros plus mature et surprenant, qui allie le dynamisme conquérant d’une origin story classique et un sous-texte politico-social intelligent. Ryan Coogler propose un film original, novateur et centré sur son héros et son univers, dans lequel la technologie surréaliste et un melting-pot africain riche cohabitent à merveille. Enfin un film Marvel qui ne se repose pas sur ses acquis (l’humour, des personnages plus connus…), Black Panther offre divertissement réjouissant, fier et haut en couleurs, rehaussé par une profondeur qui le fait clairement sortir du lot. Chapeau, le pari est réussi !

Le pitch : Après les événements qui se sont déroulés dans Captain America : Civil War, T’Challa revient chez lui prendre sa place sur le trône du Wakanda, une nation africaine technologiquement très avancée. Mais lorsqu’un vieil ennemi resurgit, le courage de T’Challa est mis à rude épreuve, aussi bien en tant que souverain qu’en tant que Black Panther. Il se retrouve entraîné dans un conflit qui menace non seulement le destin du Wakanda, mais celui du monde entier…

J’avais beaucoup de craintes concernant l’adaptation de Black Panther. En plus d’être l’introduction d’un nouvel héros dans l’univers Marvel, il s’agit de l’adaptation du premier super-héros Noir qui se situe en Afrique (certes, dans un pays fictif) et est composé d’un casting essentiellement composé d’acteurs Noirs. Ajoutons à cela Ryan Coogler à la réalisation, qui nous a déjà livré deux très bons films aux thèmes déjà puissants (Fruitvale Station en 2013 et Creed – L’Héritage de Rocky Balboa en 2015 – avec Michael B. Jordan dans les premiers rôles). Du coup, même si Ryan Coogler n’a pas pour habitude d’enfoncer les portes ouvertes à l’aveugle, j’avais peur que Black Panther en fasse trop car il s’agit tout de même du premier film de super-héros de ce genre. Si l’attente générale autour du film était enthousiastes, d’autres réactions menaces néanmoins le succès d’un tel projet (notamment par les « erreurs » de titres qui ont fleuri sur Google ce week-end).

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Heureusement, le film est bien plus malin que ça et surprend là où je ne l’attendais pas. Black Panther introduit le Wakanda au moment où T’Challa devient roi, suite à la mort de son père dans Captain America : Civil War (2016). Entre devoirs et responsabilités, le film présente l’univers de ce héros humble, concerné et animé par une force tranquille, aux antipodes de l’arrogance de Thor dans son premier film, tout en dépeignant un pays qui profite d’une technologie avancée et protégée du regard des autres grâce au vibranium. En surface, Ryan Coogler coche les cases de l’origin story classique en présentant un héros simple et sympathique, une tension nécessaire avec la présence d’une tribu rivale et enfin une menace doublement dangereuse pour dynamiser l’ensemble. Efficace, le film cumule les scènes d’action punchy, mettant en scène aussi bien un super-héros impressionnant que des personnages féminins qui ont tout autant de punch et de caractère. Le visuel est réellement la force du film : la technologie « à la Iron Man » détonne avec ces paysages multiples entre le Wakanda et un passage en Corée du Sud, piochant aussi bien ses bonnes idées dans les différentes cultures de plusieurs pays que dans les clichés liés à l’Afrique, mêlant traditions, costumes/tenues et rituels à travers des décors variés. Le résultat est hyper coloré et porté par une identité visuelle convaincante et unique, soutenue par une bande-originale aux sonorités ensoleillée, faisant ainsi du Wakanda un royaume aussi fantastique que cohérent – même si l’accent africain en anglais est plutôt étonnant à entendre au début.
Sur l’aspect super-héroïque, Black Panther fait clairement le job avec un scénario simple et des enjeux attendus, qui installent aussi bien son héros que le Wakanda et ses guerrières redoutables (dont une Okoye, super badass).

Si l’ensemble propose pas mal d’humour et de légèreté à un film qui démarre en étant endeuillé, c’est finalement le sous-texte intéressant et perspicace autour de l’existence d’un pays tel que le Wakanda qui va être explorée en filigrane. Le ton ose s’embarquer dans un propos à la fois politique et social, mettant en opposition les valeurs et richesses du Wakanda à travers sa volonté discutable de conserver son secret (le vibranium), face à son manque d’implication concernant la situation moins enviable de leurs semblables à travers le monde (en Afrique ou ailleurs, les États-Unis en occurrence). Black Panther déploie son sujet habilement, d’abord en démarrant au cours d’une année lourde de sens (1992, Rodney King), puis en étoffant son sujet à travers les ambitions de chaque personnage, qu’elles soient culturelles, héritées ou vengeresses.
Co-scénariste du film, Ryan Coogler évite la revendication houleuse et étant intelligemment son approche au-delà du continent africain et sans forcément insister sur la couleur de peau à chaque détour, permettant ainsi au public de capter son message finalement humaniste. Au lieu de nous servir un vilain en carton qui veut juste conquérir le royaume, Black Panther nous offre un antagoniste accessible aux motivations percutantes, quitte à souvent faire pencher la préférence entre lui et le héros !

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Avec une telle approche de Black Panther, Marvel Studios et Ryan Coogler signent une histoire qui se démarque du MCU, proposant un fond plus solide, voire même un peu plus sombre, sans pour autant perdre son identité fédératrice. En effet, Black Panther reste un film de super-héros divertissant et fun, avec de nouveaux personnages cools, imposants et surprenants, dont plusieurs femmes sacrément coriaces, mais évite le recours aux ficelles habituelles (trop plein d’actions, effets spéciaux à gogo…). Évidemment on est loin de la surenchère explosive des origins story de la première Phase (Iron Man et compagnie), ni de l’effervescence d’un Gardiens de la Galaxie ou d’un copycat pour rassurer un public déjà conquis (Doctor Strange en sous-Tony Stark, Spider-Man : Homecoming…) : le traitement plus mature laisse certes plus de place à l’histoire, mais a aussi tendance à susciter un léger ventre mou en cours de route. Cependant, j’ai apprécié que le film se différencie à ce point, surtout après la surdose d’humour dans Thor – Ragnarok, quitte à prendre des risques et à décevoir les férus de blockbusters massifs, tant l’ensemble reste cohérent et totalement dans son univers, le Wakanda.
Il y aura toujours des haters pour y voir un énième remâchage d’une recette gagnante, mais pour ma part Black Panther marque la preuve qu’un film de super-héros peut autant divertir que faire réagir sur des sujets d’actualité, reliant ainsi la réalité à la fiction.

Au casting, que du bon ! Chadwick Boseman (Captain America : Civil War, Message From The King…) incarne un héros humble et dévoué à son pays, mais son calme apparent le fait parfois disparaître au milieu d’un ensemble haut-en-couleurs. En premier lieu, il faut saluer les femmes du film : Danai Gurira (The Walking Dead…), Lupita Nyong’o (Le Livre de la Jungle, 12 Years A Slave…) et Letitia Wright (Black Mirror…) livrent des performances fortes à travers des rôles alliant puissance et charme, tandis qu’Angela Bassett (American Horror Story, White Bird…) reste d’une classe formidable. À leurs cotés, Daniel Kaluuya (Get Out, Sicario…) et Winston Duke (Modern Family…) apportent de la tension, même si ce dernier offre surtout un moment assez drôle. Enfin Michael B. Jordan (Creed : L’Héritage de Rocky Balboa, Les 4 Fantastiques…) est génial et toujours aussi charismatique, grâce à un personnage bien écrit et étoffé.
À l’affiche également, on retrouve Andy Serkis (La Planète des Singes – Suprématie, Avengers – L’Ère d’Ultron…) qui s’éclate, Forest Whitaker (Premier Contact, La Rage au Ventre…) fait le job et Martin Freeman (Le Hobbit, Le Dernier Pub Avant La Fin Du Monde…) prend du grade, tandis qu’une petite place est laissée, en retrait, à Florence Kasumba qui avait pourtant fait une forte impression avec son « Move or you will be moved » dans Captain America : Civil War. Sterling K. Brown (Split, This Is Us…) est également à l’affiche.

En conclusion, si Avengers – Infinity War reste LE film Marvel le plus attendu de l’année, Black Panther fait une entrée remarquée dans le MCU à travers une origin story classique qui permet de découvrir l’univers d’un héros original et sans le poids des précédents succès Marvel. Loin d’être un énième film de super-héros interchangeable, le film de Ryan Coogler surprend et innove avec un film percutant, en jonglant habilement entre des sujets profonds et le divertissement garanti. À voir, évidemment !

PS : 2 scènes bonus pendant et après le générique. Pour plus de spoilers, c’est par ici !

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