[CRITIQUE] Le Jour De Mon Retour, de James Marsh

J’ai découvert ce film sans même savoir qu’il s’agissait d’une histoire vraie ni connaître le nom de Donald Crowhurst, et ce que je pensais être un simple drame autour d’un marin novice qui s’embarque dans un pari inouï, s’est révélé être un véritable drame tragique et déchirant. Le Jour de Mon Retour met en scène la lente décomposition des rêves et des espoirs de son personnage, sous la houlette d’un James Marsh qui parvient aussi bien à illustrer le conflit intérieur de son héros et la pression de son entourage. Simple et sans artifice, Le Jour de Mon Retour bouleverse grâce à la sobriété de sa narration et les émotions brutes qui dévorent le personnage jusqu’à la fin. Si le récit connait quelques creux et l’ambiance parait parfois morne, la chute inexorable du héros fascine douloureusement.

Le pitch : 1968. Donald Crowhurst, un homme d’affaires anglais, passionné par la voile, est au bord de la faillite. Pour sauver son entreprise et vivre l’aventure dont il rêve depuis toujours, il décide de participer à la première course à la voile en solitaire pour remporter le grand prix. Soutenu par sa femme et ses enfants, il se lance alors dans cette incroyable odyssée à travers les mers du monde. Mais mal préparé et face à lui-même, Crowhurst rencontre très vite de graves difficultés…

Avec Shadow Dancer en 2012 et Une Merveilleuse Histoire du Temps en 2015, James Marsh est un réalisateur qui puise beaucoup dans l’émotion, notamment lorsqu’il met en scène un biopic. Si son dernier film était un appel du pied flagrant aux Oscars et en faisait beaucoup trop dans le mélodrame, son nouveau film Le Jour De Mon Retour parvient à se nourrir de la détresse de son personnage pour transformer un drame plutôt simpliste et attendu en une vraie tragédie sensible et souvent viscérale.

À travers l’histoire de Donald Crowhurst, un père de famille rêveur et ambitieux qui se lance un défi gigantesque alors qu’il n’a aucune expérience, on aurait pu s’attendre à beaucoup plus de pathos en connaissant l’issue de son parcours. En effet, tout y est : la famille parfaite digne d’un catalogue de poupées, les bons sentiments sirupeux qui découlent des rêves de grands enfants, l’engouement d’une ville entière pour soutenir son héros local, les espoirs de réussite qui inquiètent et émerveillent… Le Jour De Mon Retour enfile les ingrédients génériques comme des perles et semble préparer le terrain pour virer plus facilement dans le mélodrame. Mais petit à petit, alors que le doute commence à dévorer l’ambition du héros, le film mue vers une énergie plus complexe au fur et à mesure que le personnage est partagé entre la réalité et le fantasme.
Dès la seconde partie du film, Le Jour De Mon Retour amorce une descente aux enfers extrêmement bien narrée et du coup, très captivante. En naviguant littéralement dans le désespoir du personnage principal approfondi par la narration en voix off des pensées de Crowhurst, James Marsh nous prend en otage avec lui, provoquant l’empathie au point où sa détresse devient quasiment palpable.

Cependant, la route est longue : de ses décors à sa lumière naturelle, en passant par l’ambiance forcément de plus en plus morose, Le Jour De Mon Retour est souvent terne et accuse pas mal de creux, notamment dans sa première partie qui n’est qu’une interminable mise en place. Le manque de dynamisme au début du film, sachant que la seconde moitié serait quasiment consacré au héros en solo, rend l’immersion un poil laborieuse et j’imagine que le spectateur qui connait l’histoire de Donald Crowhurst risque de somnoler en cours de route.
Personnellement, je ne connaissais pas cette histoire et j’ai été maintenue en haleine jusqu’au bout, car j’ai été touchée par ce spectacle tristement captivant dans lequel les rêves se transforment en cauchemar et le mensonge en prison sans issue. Grâce aux éléments qui restent de cette histoire vraie et au scénario écrit par Scott Z. Burns (scénariste connu chez Steven Soderbergh pour Contagion, Effets Secondaires et The Informant…), James Marsh est parvenu à prendre suffisamment de recul pour à la fois contempler l’ensemble de son histoire et les différents points de vue, tout en restant au plus proche de l’émotion en scrutant la fragilité mentale de son héros qui s’effrite de plus en plus. La détresse qui émane de ce film et du personnage, porté par un Colin Firth bouleversant de bout en bout, donne une dimension si prenante que j’avais l’impression d’être à ses cotés, partagée entre ses doutes, sa honte et ses angoisses, dans un tunnel à l’issue toujours plus opaque.

Au casting justement : Colin Firth (Kingsman : Services Secrets et Le Cercle d’Or, Bridget Jones Baby…) reste toujours impeccable et embrasse parfaitement ce personnage so british et rapidement dépassé par ses engagements. À ses cotés, on retrouve un David Thewlis (Wonder Woman, Macbeth, Régression…) plaisant en journaliste verbeux tandis que Rachel Weisz (My Cousin Rachel, Une Vie Entre Deux Océans, Youth…) tombe un peu dans l’ombre dans un rôle de mère de famille effacée – ce qui est un peu rageant, sachant que cette actrice est bien plus versatile que ça.

En conclusion, si l’ensemble manque de variation et de dynamisme, Le Jour De Mon Retour conquiert par l’émotion distillée tout au long du film, passant de l’espoir au désespoir dans une lancinante chute aussi captivante que bouleversante. James Marsh a su donner du relief à une histoire vraie dont l’issue n’a jamais été clairement élucidée, sans jamais céder au pathos ni aux prises de partie larmoyantes, afin de laisser le spectateur dériver avec l’histoire. Des défauts, oui, mais vraiment prenant. À voir.

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