[CRITIQUE] Manhattan Stories, de Dustin Guy Defa

Méli-mélo de récits new-yorkais, Manhattan Stories s’étale péniblement à travers des tranches de vie d’une banalité informe. Dustin Guy Defa est au four et au moulin, agitant des trames inintéressantes qui s’éternisent autour de personnages peu attachants et névrosés. Si d’autres parviennent à sublimer le quotidien dans une belle simplicité, Manhattan Stories réussit à transformer la Grosse Pomme en un tableau vieillot et austère. Chapeau ? Non merci.

Le pitch : Une journée à Manhattan. Dès le réveil, Benny, fan de vinyles collectors et de chemises bariolées n’a qu’une obsession : aller récupérer un disque rare de Charlie Parker. Mais il doit aussi gérer la déprime de son coloc Ray qui ne sait comment se racheter après avoir posté en ligne, en guise de vengeance, des photos de nu de sa copine. Pendant ce temps, Claire, chroniqueuse judiciaire débutante passe sa première journée sur le terrain aux côtés de Phil, journaliste d’investigation pour un tabloïd ayant des méthodes douteuses pour obtenir un scoop. Leur enquête va les mener jusqu’à Jimmy, un horloger qui pourrait détenir, sans le savoir, les preuves d’un meurtre. Quelques blocks plus loin, Wendy, une étudiante désabusée du monde actuel, tente de persuader sa meilleure amie Mélanie qu’idéaux féministes et désirs sexuels ne sont pas incompatibles. S’ils ne se croisent pas toujours, une connexion existe entre tous : l’énergie de New-York.

Forcément, quand on vient du monde du documentaire et des courts-métrages, cela laisse des traces. À la fois réalisateur, scénariste et monteur, Dustin Guy Defa a visiblement manqué de recul en réalisant son Manhattan Stories. Ce qui devait être une carte postale à l’honneur des New-Yorkais de tous les jours, leurs différentes facettes loin des clichés souvent trop prestigieux d’Hollywood, se transforment en une enfilade déplaisante de mini-chroniques linéaires, contemplatives et rébarbatives au possible.
Faisant penser au style désuet et bavard de Woody Allen (style auquel je n’accroche généralement pas), Manhattan Stories aligne des personnages sans phare. Dans un premier temps, la curiosité prend le dessus alors que l’on découvre un quotidien banal, entre une course au vinyle collector et les discussions d’adolescentes sur le féminisme, en passent par le premier jour d’une journaliste anxieuse. Entre rencontres et accrochages, le film tente de saisir la réalité d’un monde en plein mouvement et vorace qui, derrière ses nombreux récits, pointe du doigt les maux humains : l’égoïsme, la solitude, le manque de confiance, la jalousie… Manhattan Stories narre la quête de chacun, parvenant à rétrécir la célèbre frénésie new-yorkaise à quelques rues, une échelle plus humaine mais toujours aussi éparpillée.

Malheureusement, de ce concept déjà-vu, Dustin Guy Defa n’en tire pas grand chose. Le manque de rythme du film est le premier (gros) bémol : malgré sa durée relativement courte, Manhattan Stories s’avère laborieux tant chaque récit ne fait que tourner en rond (ou en boucle) sur des situations déjà peu conquérantes. Assez plat et souvent prétentieux dans sa démarche, la mise en scène est sans éclat et s’enfonce profondément dans un ennui pesant entre courses-poursuites à vélo, enquête rasoir et monologue d’une ado agaçante. Chacun évolue dans son coin, sans véritable lien entre eux, ce qui donne encore plus l’impression de voir une série de courts métrages croisés mais sans-queue-ni-tête, rendant l’attente encore plus vaine et frustrante.
Il faut ajouter à cela la tonalité du film qui se voulait décaler et originale dans sa photographie et son ambiance. Cependant, le résultat est tout autre : si ce ne sont pas les dialogues qui rebutent par excès de complaisance ou de vide (notamment la partie avec l’adolescente), les personnages eux-même ne donnent pas envie de les connaître : trop hirsutes, trop penauds, trop tristes… Le choix de couleurs pour la photographie vient mettre un point final à l’atmosphère terne et défraîchie d’un Manhattan Stories qui se rêvait vintage. C’est raté. La prochaine fois, il faudra peut-être éviter d’être partout à la fois pour prendre plus de recul car le travail presque solitaire de Dustin Guy Defa a rendu son projet informe et d’une platitude indigeste.

Au casting, quelques visages connus : Abbi Jacobson (Broad City, Nos Pires Voisins 2…), Michael Cera (Le Grand Jeu, We Hot American Summer...) et Michaela Watkins (Casual…) côtoient Bene Coopersmith, George Sample III et Tavi Gevinson (Scream Queens…) dans un ensemble choral mais peu harmonieux.

En conclusion, je n’ai évidemment pas du tout accroché avec Manhattan Stories. Dustin Guy Defa empile des chroniques sans saveur dans un récit laborieux, à travers une New York dénué de charme. À éviter.

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