[CRITIQUE] No Dormirás, de Gustavo Hernández

Captivant et sombre, No Dormirás explore un sujet intéressant, entre dévouement artistique et frontière de la folie, en proposant un film d’ambiance angoissant qui flirte entre la réalité et le paranormal. Si je n’ai pas trouvé le frisson espéré, le film de Gustavo Hernández offre une atmosphère assez troublante et un twist final suffisamment abouti pour satisfaire la curiosité des amateurs du genre.

Le pitch : 1984. Dans un hôpital psychiatrique abandonné, une compagnie théâtrale menée de main de maître par Alma, expérimente une technique extrême de jeu. En privant ses comédiens de sommeil, Alma prétend les préparer à donner le meilleur d’eux-mêmes. Au fur et à mesure des jours d’insomnie, les acteurs ressentent des choses de plus en plus étranges… Bianca, jeune actrice en compétition pour le rôle principal, tente de percer les secrets de cet étrange endroit et devient bientôt l’objet de forces inconnues.

Près de huit ans se sont écoulés depuis Silent House, le premier film de Gustavo Hernández qui, après une longue absence et un passage devant la caméra pour le petit écran, revient avec un thriller glaçant et original. Comme on le sait, le cinéma latino-hispanique aime surprendre avec des sujets novateurs pour le genre. Ici, le film No Dormirás explore la privation de sommeil à travers une pièce de théâtre aux conditions très particulières, qui va mettre à l’épreuve des comédiens de plus en plus fragilisés par la fatigue. Entre expérimentation et étrange, le film observe ses personnages alors qu’ils évoluent dans les affres de l’insomnie, afin de préparer des rôles exigeants. En oscillant ainsi entre le monde du réel et celui du (manque de) sommeil, No Dormirás déroute en jouant sur deux tableaux : d’abord le décor qui donnerait froid dans le dos à n’importe qui même en plein jour et qui semble tout droit sorti du catalogue pour films d’horreur, ensuite, en creusant la santé mentale de ses personnages au fur et à mesure que l’histoire avance. Porté par un personnage principal à fleur de peau, Gustavo Hernández joue avec nos nerfs et nous prend dans ses filets jusqu’à une conclusion finalement inattendue.

Complètement basé sur l’ambiance, No Dormirás est « agréablement » lugubre, utilisant à bon escient un tableau déjà cauchemardesque pour installer son atmosphère dérangeante. Le ton est vite donné, la tension reste suffisamment régulière pour maintenir en haleine, tandis que ma curiosité a fait le reste. Tiré d’expériences réelles, le film de Gustavo Hernández explore un cauchemar accessible, jouant sur l’inconscient et l’épuisement de ses protagonistes, tout en mettant en avant une forme d’art extrême. L’agonie est au centre, entre volonté de se faire reconnaître et la perte des repères des personnages, No Dormirás fascine par son récit dérangeant, piqué par des pointes d’angoisse souvent prévisible mais satisfaisante, grâce à son ancre réaliste et une narration dynamique et tendue.
Cependant, malgré de très bons artifices déployés, j’espérais un peu plus de frissons. Certes, No Dormirás est plus associé au genre thriller, mais pourtant Gustavo Hernández flirte largement avec les codes de l’horreur et avait là un terrain de jeu idéal à exploiter. En se focalisant beaucoup sur sa thématique, à savoir la privation de sommeil, le film réussit bien mieux sa dimension psychologique qu’horrifique. C’est justement ça qui m’a prise au dépourvu : alors que j’attendais un film d’horreur, le dénouement final reste si fidèle à son postulat de base que No Dormirás finit par surprendre et se rattrape grâce à un ensemble suffisamment construit pour pallier au manque d’épouvante.

Au casting, Belén Rueda (L’Orphelinat, Les Yeux de Julia...) mène la danse avec mystère, entraînant dans son sillage Eva de Dominici et Natalia de Molina, convaincantes. Autour d’elles, Juan Manuel Guilera et Eugenia Tobal sèment brillamment le trouble également.

En conclusion, entre réalité et cauchemar, No Dormirás livre un thriller psychologique influencé par les codes de l’horreur. Si l’histoire est captivante et immerge dans une ambiance lugubre et prenante, le film de Gustavo Hernández manque tout de même d’un peu de sel qui aurait rendu l’ensemble plus complet… et réellement flippant. C’est un peu dommage, mais pas rédhibitoire. À voir.

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