[CRITIQUE] Peppermint, de Pierre Morel

Badass et violente, l’héroïne de Peppermint s’impose avec aplomb à travers un film d’action et de revanche ambitieux, imparfait mais plutôt bien fichu et honnête. Si Pierre Morel en fait parfois trop avec une tendance à la caricature exagérée et au recours à une trame simplette et peu inventive, l’ensemble reste efficace. Peppermint tient ses promesses et livre un ensemble divertissant, brut et finalement convaincant. Et pourquoi pas, une origin story à perfectionner ?

Le pitch : Riley North est une jeune mère de famille dont le mari et la petite fille viennent d’être assassinés par un gang. Face à système judiciaire corrompu qui remet en liberté les meurtriers qu’elle avait pourtant formellement identifiés, Riley décide de prendre les armes pour faire payer tous ceux qui, de prêt ou de loin, sont impliqués.

Si vous avez connu les années 80-90, voire début des années 2000, alors les films de revanches, ça vous connait. Cet anti-héros des temps modernes qui va faire appel à de vieilles capacités (ancien flic ou militaire, ex-agent spécialisé en traque acharnée, ninja ou encore super sayan) ou voir son esprit rebelle prendre le dessus (huhu) pour venger le meurtre de sa famille ou de l’être aimé. De Death Wish (l’original ou le remake) en passant par une bonne partie de la filmographie de Jean-Claude Van Damme, c’est généralement un homme ordinaire qui va soudain faire trembler les méchants qui ont osé s’attaquer à lui (ou à ses proches). Une recette que Pierre Morel connait bien, puisqu’il est à l’origine de la saga Taken. À l’heure où Hollywood tente de célébrer rétablir les femmes dans son univers très masculin, Peppermint vient s’ajouter à une série de nouveaux genres d’action, dans la lignée des récents Atomic Blonde, Conspiracy ou encore The Villainess. Là où ces derniers films proposaient des personnages surentraînées et déjà prêtes à casser du méchant, le nouveau film de Pierre Morel (From Paris With Love, Gunman…) choisit de dépoussiérer le mythe du héros ordinaire, à travers cette mère de famille qui voit sa vie basculer et une justice corrompue jusqu’à la moelle lui tourner le dos. Certes, Peppermint n’invente pas la roue, mais dans l’exécution il y a de quoi se réjouir.

D’une part, l’idée de choisir Jennifer Garner, ex-Alias de choc mais aussi ex-Elektra en toc, l’actrice est plus connue pour ses comédies romantiques et ses rôles de mères de famille adorables. Il faut dire qu’elle a justement le look idéal, celui bien trop propret qu’on a hâte de voir se salir les mains. C’est probablement ce qui la rend aussi intéressante et plus attachante, dans ce rôle déjà taillé dans un moule éprouvé, puisque dès la scène d’ouverture, elle donne étrangement l’impression de corriger un malfrat parce qu’il a dit un gros mot (certes, en lui collant une balle dans le crane. Chacun son truc…).
D’autre part, en utilisant une trame aussi attendue, cela permet à Peppermint de ne pas trop s’attarder sur le décor et donc d’éviter un sentimentalisme trop prononcé qui, avec une héroïne féminine, aurait pu jouer en sa défaveur. Pierre Morel nous immerge d’entrer de jeu dans une course contre la montre mordante, utilisant juste ce qu’il faut de flashbacks pour compléter le tableau. Une femme, certes, mais quasiment la seule dans un univers débordant de testostérone, baignant dans les guerres de gangs, les affaires de mafia et autres batailles à couteaux tirées. Traqueuse traquée, l’héroïne de Peppermint a du pain sur la planche et n’a rien à envier à ses alter-egos masculins, tandis qu’elle joue des poings ou dézingues à tour de bras. De plus en plus menaçante et jamais rattraper par sa féminité de façon péjorative, ce personnage rongé par la vengeance et la violence détonne agréablement.

Une fois lancé, Peppermint a des faux airs de John Wick au féminin (raccourci facile, je l’admets, mais aussi pertinent car l’héroïne n’a rien à voir avec Atomic Blonde par exemple…), vrillé par une tension palpable et un rythme accrocheur. Grâce à un personnage solide, le film parvient à tenir la route à travers une traque multiple qui va peu à peu dénouer un système pourri jusqu’à l’os. Entre flics corrompus et malfrats dangereux, le film vogue dans une atmosphère très sombre bien que souvent excessive mais qui permet de rendre l’ensemble convaincant. En effet, si par moment le nombre important de fils conducteurs semble superflu pour ce genre de film, Pierre Morel parvient à donner du sens à Peppermint dans une deuxième partie qui va utiliser les travers de la société moderne pour asseoir une conclusion intéressante sur la place des médias, au-delà de la justice. Une approche pertinente et dans l’air du temps qui, dotée de traits d’humour bien sentis, contribue à éloigner Peppermint du téléfilm patenté pour en faire un film d’action musclé, entraînant et relativement bien fichu.

Cependant, malgré ses efforts pour être pris au sérieux, Peppermint va un peu déraper. Face au défi d’installer un héros au féminin, le film de Pierre Morel va échapper aux pièges flagrants (pas de sexualisation inutile, par exemple) mais aura tendance à épaissir le trait pour rendre la menace plus coriace. Si le fait d’avoir affaire à un gang qui tue des innocents sans sourciller n’était pas suffisant, le film plonge à pieds joints dans la caricature : tatouages sur le visage, mines patibulaires… Les méchants finissent par faire rire malgré eux, souvent trop guignolesques et ampoulés par des dialogues souvent bêtas (« Rendez-vous en enfer » + rire gras + bruit de verres qui trinquent… ça fait beaucoup). Comme si Peppermint voulait valider son héroïne, l’ensemble est noyé dans la surenchère de « vilains pas beaux », ce qui décrédibilise l’ensemble à cause d’une accumulation de clichés désuets et faciles. Si Pierre Morel n’avait pas saupoudré un chouilla d’auto-dérision dans l’écriture de son personnage central, le ressenti aurait été bien différent !

Au casting, Jennifer Garner (Love, Simon, Ma Vie de Chat, Men, Women and Children…) se métamorphose en dure-à-cuire implacable et joue avec brio de son image de « soccer mom » toujours apparente sous la surface. Convaincante, l’actrice prouve qu’elle n’a rien perdu de son mordant. Autour d’elle, John Ortiz (The Cloverfield Paradox, Braquage à l’Ancienne, Kong: Skull Island…) et John Gallagher Jr. (The Belko Experiment, 10 Cloverfield Lane…) jouent le duo de flics complémentaires, tandis que Juan Pablo Raba (Seal Team Six…) dirige une clique de méchants-pas-beaux très tatoués et très méchants :-). À l’affiche également, Annie Ilonzeh (Empire, American Horror Story…), Jeff Hephner (Chicago Fire, Chicago Med…) et Clifford « Method Man » Smith (Paterson…) complètent un ensemble de seconds rôles anecdotiques.

En conclusion, Peppermint annonçait de la violence, de la castagne et une héroïne implacable : les promesses sont tenues. Pierre Morel signe un film d’action efficace, accrocheur et bien rythmé qui, malgré une exagération un poil clownesque de ses personnages, tient la route. Jennifer Garner a repris du poil de la bête et s’offre une revanche bien méritée. À voir !

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