[CRITIQUE] Sale Temps à l’Hôtel El Royale, de Drew Goddard

Le pitch : Sept étrangers, chacun avec un secret à planquer, se retrouvent au El Royale sur les rives du lac Tahoe ; un hôtel miteux au lourd passé. Au cours d’une nuit fatidique, ils auront tous une dernière chance de se racheter… avant de prendre un aller simple pour l’enfer.

6 ans après La Cabane Dans Les Bois et après avoir signé les scénarios de Seul Sur Mars et World War Z, Drew Goddard revient derrière la caméra avec un nouveau film Sale Temps à l’Hôtel El Royale. Dans la même optique que son premier film, le réalisateur s’attache à s’approprier un genre pour ensuite le déconstruire à sa sauce, jouant avec les codes plus ou moins attendus et les effets de surprises. Avec ce thriller, Sale Temps à l’Hôtel El Royale part d’un concept qui a déjà fait ses preuves à travers la rencontre de personnages étrangers les uns aux autres et pourtant tous reliés – soit disant. Forcément, on pense à Identity de James Mangold (2003) qui, avec une approche similaire, réservait déjà son lot de rebondissements, suspens et autres twists bien rodés. En clair, Drew Goddard ne réinvente pas la roue et livre un thriller polarisé qui fleure bon l’inspiration Tarantino-esque (Pulp Fiction) dans un traitement plus accessible, certes, mais bien trop familier pour être salué.

Entre le décor de l’hôtel posé sur deux états et l’affluence de visiteurs tous marqués par un passé sombre, Sale Temps à l’Hôtel El Royale allèche d’emblée en promettant des rebondissements à chaque recoin. Un par un, les masques tombent et révèlent une vérité peu glorieuse, tout en étoffant une galerie de personnages plus ou moins affectés par leurs histoires. Si le puzzle se met en place petit à petit et parvient à maintenir en haleine un minimum, le film de Drew Goddard manque tout de même d’inventivité. En effet, La Cabane dans les Bois revisitait le concept du film d’horreur/slasher avec une construction savamment attendue, l’ensemble restait suffisamment intrigant et tendu tout d’un long avant le bouquet final qui soulignait ses ambitions satyriques.
Avec Sale Temps à l’Hôtel El Royale, le réalisateur tente de jouer le même refrain, mais les amateurs de genre verront clair dans son jeu tant les personnages sont trop transparents et leurs secrets moins savoureux que prévus. Là où j’attendais une histoire de revanche j’ai reçu une simple histoire de pactole à récupérer, la suspicion de troubles et autres addictions s’évapore rapidement au profit d’une simple dévotion naïve, tandis que l’espoir d’avoir un loup dans la bergerie fond rapidement quand le mouton rongé par les remords révèle le secret qui le ronge depuis le début…

Quel dommage, car avec une telle galerie et le cadre des années 60, Sale Temps à l’Hôtel El Royale semblait être le format idéal pour un étalage jubilatoire et décomplexé de folie pure et de moralités vacillantes. Drew Goddard aurait pu aller beaucoup plus loin mais refuse visiblement de s’y risquer (comme le prouve cette sous-intrigue liée à un film mystère qui n’aboutira jamais). À force de teaser et de traîner la patte à travers un chapitrage épuisé, Sale Temps à l’Hôtel El Royale met la barre haute et déçoit en livrant des vérités trop sages. Il faudra attendre l’arrivée d’un dernier personnage pour entre-apercevoir un bout de folie avant un final à l’image de l’ensemble du film : mollasson. C’est également dommage de voir ce thriller aux multiples twists potentiels délaisser son concept pour se reposer sur de la psychologie au rabais autour du sens moral humain. Malheureusement, même à ce niveau, le film ne va pas jusqu’au bout : ses métaphores autour du bien et du mal (l’homme, l’antéchrist…) restent vaines, flattant une satyre à peine assumée autour de la religion, probablement pour éviter toute polémique. Un manque d’audace qui dessert Sale Temps à l’Hôtel El Royale qui promettait un cocktail savoureux, à l’arrivée le thriller se réfugie dans des sentiers battus et pas assez corrosifs pour être à la hauteur d’un décor pourtant idéal pour explorer la noirceur humaine avec excès.

Heureusement, il y a de bons points au compteur. Si la mise en scène et le montage rappelle forcément le style de Quentin Tarantino (de Pulp Fiction à Les Huit Salopards), l’effet reste réussi tant Drew Goddard parvient à transformer le fameux El Royale en un véritable élément de son intrigue. De même, le casting est globalement très bon : Jeff Bridges (Kingsman – Le Cercle d’Or, Comancheria…) n’a pas été aussi éloquent et convaincant depuis longtemps, Chris Hemsworth (Avengers: Infinity War, SOS Fantômes…) charme avec une nonchalance qu’il continue d’explorer depuis Rush et Dakota Johnson (Célibataire Mode d’Emploi, Strictly Criminal...) enterre son alter-ego « grise » pour confirmer son style et une présence plutôt rafraîchissante à l’écran. Autour d’eux, Cynthia Erivo chante beaucoup trop pour ses premiers pas sur grands écrans, Jon Hamm (Opération Beyrouth, Baby Driver…) continue de postuler en douce pour être le prochain Bruce Wayne, tandis que Lewis Pullman (Strangers: Prey at Night, Battle of the Sexes…) joue les Tom Holland – initialement sur le projet – de rechange et Cailee Spaeny (Pacific Rim Uprising…) sème le trouble.
Les plus avertis noteront la participation de Xavier Dolan.

En conclusion, Drew Goddard tente de reproduire une recette qui a déjà fait ses preuves, mais se contente de jouer la carte de la facilité et des fils narratifs attendus. Un poil prévisible et survendu, si Sale Temps à l’Hôtel El Royale reste un thriller suffisamment entraînant pour amuser, il manque tout de même d’audace et de folie. Dommage, la fin des temps semblait fun. À tenter.

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