[CRITIQUE] Fast and Furious: Hobbs and Shaw, de David Leitch

La saga Fast and Furious s’offre un premier spin-off musclé centré sur une bromance qui a éclos dans le dernier chapitre de la franchise. Écrit par Chris Morgan et mis en scène par David Leitch, Hobbs and Shaw conserve l’ADN de la saga : testostérone, famille et scène d’actions échevelées, à coup de poings ou au volant. Porté par un récit à la fois dense et ramassé sur une timeline très courte, Hobbs and Shaw est un concentré explosif constamment au bord de l’overdose. Entre punchlines à rallonge et une intrigue à surcouches, le film de David Leitch fait excessivement le job mais ne parvient pas à échapper à quelques sorties de route.

Le pitch : Depuis que Hobbs, fidèle agent de sécurité au service diplomatique des Etats-Unis, combatif mais droit, et Shaw, un homme sans foi ni loi, ancien membre de l’élite militaire britannique, se sont affrontés en 2015 dans Fast & Furious 7 ; les deux hommes font tout ce qu’ils peuvent pour se nuire l’un à l’autre. Mais lorsque Brixton, un anarchiste génétiquement modifié, met la main sur une arme de destruction massive après avoir battu le meilleur agent du MI6 qui se trouve être la sœur de Shaw. Les deux ennemis de longue date vont devoir alors faire équipe pour faire tomber le seul adversaire capable de les anéantir.

À l’origine, le premier Fast and Furious n’était qu’un simili-Point Break des temps modernes dans lequel un flic infiltrait un groupe soupçonné de vols à grandes vitesses et impliqués dans des courses de voitures illégales – le tout vaguement inspiré par le jeu vidéo Need For Speed à l’époque. Dix-huit ans et huit films plus tard, c’est une franchise bankable qui s’offre son premier spin-off avec, en tête d’affiche, la bromance pour le moins inattendue mais savoureuse des personnages incarnés par Dwayne Johnson et Jason Statham.

Sous la houlette de David Leitch (John Wick 1, Atomic Blonde, Deadpool 2…), les deux personnages se retrouvent pour sauver le monde (hum-hum…) et la cadette Shaw au passage, aux prises avec un virus qui pourrait décimer la vie sur Terre. Face à ces deux pros de l’action, il fallait un vilain de taille et Chris Morgan, toujours au scénario, concocte un personnage bionique à la force surhumaine (une sorte de Robocop, en gros… ou un Terminator…).
Dans l’ensemble, Hobbs and Shaw tient la route : la réticence des héros à travailler ensemble alimentent les ambitions comiques et action heroes du film, tandis que l’histoire s’envole dans une course contre la montre ahurissante et ponctuée par des affrontements survitaminés. David Leitch mène la danse tambour battant et ne laisse filtrer aucun temps mort. Malgré son étiquette de film pop-corn, Hobbs and Shaw construit une intrigue suffisamment prenante pour nous embarquer dans son rollercoaster incessant aux quatre coins du monde, sans véritablement prêter attention à la timeline impossible. Le film, malgré ses bandes-annonces XXL, offre tout de même des surprises bien gardées, du simple caméo à un big reveal qui étoffe un peu plus le vilain de l’histoire. Par conséquent, l’ensemble est divertissant et plutôt fun à suivre, puisqu’on retrouve l’ADN de la saga : en effet, au-delà des gros bras qui s’affrontent, Hobbs and Shaw place la famille au centre et met la barre haute quand il s’agit de faire le plein de scènes spectaculaires… Mais le film célèbre aussi le retour des courses de voitures endiablées qui vont rappeler agréablement le premier opus de Fast and Furious.

Le revers de la médaille, c’est que tout cela est… épuisant. Tout d’abord parce que le duo de choc annoncé n’est pas aussi corrosif qu’attendu. Alors que la scène dans la prison de Fast and Furious 8 donnait envie d’en voir plus, les interactions entre Hobbs et Shaw ne font que tourner autour du pot au lieu de se rentrer dans le lard, remplaçant les poings par des vannes à rallonges qui aurait plus eu leurs places dans un tournoi collégien de blagues « Yo mama » que dans un film de cette envergure. En lieu et place de se mettre sur la tronche, les personnages s’asticotent à n’en plus finir, tandis que le seul personnage féminin tente de jouer les arbitres en vain. Si cela est encore passable, le récit interminable et survolté de Hobbs and Shaw finira par avoir raison de vos capacités cérébrales tant le film rajoute des couches pour à la fois étoffer ses personnages, mais aussi faire du fan service et contenter les acteurs dans leurs désirs d’installer leurs propres légendes. Certes, les références à la filmographie des acteurs et le détour par les îles Samoa font sourire, le film de David Leitch souffre cependant d’une trame qui s’étire et qui finit par détourner le sens voulu derrière ces clins d’œil pour créer un objet filmique bien trop conscient d’en être un.

Spin-off d’une franchise connue pour faire monter les enchères à chaque nouvel opus, le challenge de Hobbs and Shaw est colossal puisqu’il doit être à la hauteur de ce qu’on attend de deux superstars telles que Dwayne Johnson et Jason Statham, mais également de la saga qui s’apprête à pondre un neuvième film (bien décidé à montrer au petit nouveau qui est le meilleur). Du coup, le film de David Leitch en fait des caisses et frôle l’overdose à la manière d’un Transformers 4, alors que l’histoire ne laisse que peu de moment de répit et que la réalisation des scènes d’actions devient de plus en plus illisibles au fur et à mesure que la conclusion approche (seconde équipe much ?).
Globalement, Hobbs and Shaw fait le job : les personnages sont attachants, l’action est incessante et musclée, l’histoire emporte sans effort et le spectacle est au rendez-vous. Néanmoins, le film est massif : avec ses trois têtes d’affiches (en comptant Idris « Black Superman » Elba), une side-kick qui sait bien se défendre, une réécriture à peine voilée de la storyline de Shaw, une intrigue qui tease beaucoup plus de choses à venir et toutes les volontés palpables des acteurs à caser dans le film… Hobbs and Shaw ressemble à un foie de canard quelques temps avant la récolte pour les fêtes de fin d’année : gavé à l’extrême et au bord de l’implosion ! Cela se ressent également derrière la caméra : faute d’être partout à la fois, David Leitch continue les fausses notes à la réalisation, marquant définitivement la différence entre son style qui manque de maîtrise et de vision globale, avec celui de Chad Stahelski qui continue de faire des merveilles avec John Wick.

Au casting justement : Dwayne Johnson (Skyscraper, Rampage : Hors de Contrôle, Jumanji: Bienvenue Dans La Jungle…) et Jason Statham (En Eaux Troubles, Fast and Furious 8, Spy…) s’éclatent dans ce buddy movie explosif, partageant assez bien la tête d’affiche sans que leurs styles propres à eux ne détonnent sur l’autre. En réalité, les acteurs ne font pas vraiment l’effort de jouer et ne reproduisent qu’un mash-up des personnages sur lesquels ils gravitent depuis des années, mais n’est-ce pas ce qui était attendu ? Autour d’eux, Vanessa Kirby (Mission: Impossible – Fallout, Jupiter : Le Destin de l’Univers…) n’est pas qu’une demoiselle en détresse et montre qu’elle en a dans le ventre également, ce qui fait plaisir même si on sait que c’est surtout dû au fait que Dwayne Johnson et la romance au cinéma, cela fait deux. Idris Elba (La Montagne Entre Nous, Le Grand Jeu, Thor – Ragnarok…) est également une valeur sûre du film, l’acteur britannique parvient à tenir tête à ses costaudes co-stars avec panache.
Au casting également, on notera Eiza González (Alita: Battle Angel, Baby Driver…) – qui se retrouve sur l’affiche alors qu’elle n’apparaît que 2 minutes dans le films (spoiler !) – et d’autres visages connus comme Eddie Marsan (Vice, Mowgli…) ou encore Helen Mirren (Anna, Casse-Noisette et les Quatre Royaumes…).
Bon et je ne vous dis pas tout, car il ya deux caméos à la fois improbables, mais somme toute logiques, dans le film.

En conclusion, David Leitch livre un blockbuster estival qui répond à un cahier des charges massif. S’il faut faire avec des scènes d’actions souvent illisibles et une trame beaucoup trop dense, Fast and Furious : Hobbs and Shaw tient tout de même ses promesses, livrant un film pop-corn explosif, suffisamment fun et divertissant pour être à la hauteur de la saga. À voir.

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