[CRITIQUE] Late Night, de Nisha Ganatra

Le pitch : Une célèbre présentatrice de « late show » sur le déclin est contrainte d’embaucher une femme d’origine indienne, Molly, au sein de son équipe d’auteurs. Ces deux femmes que tout oppose, leur culture et leur génération, vont faire des étincelles et revitaliser l’émission.

Rodée à la comédie plus ou moins girly et surtout populaires dans le format des séries télé (De Girls à Brooklyn Nine-Nine, en passant par Great News, You Me Her ou encore Shameless US…), Nisha Ganatra se lance dans son premier long-métrage, épaulée par Mindy Kaling qui signe le scénario. Late Night se déroule dans l’univers du « late show », ces émissions très populaires aux Etats-Unis, qui s’articulent entre stand-ups, interview avec personnalités phares du moment et performance live (Jimmy Kimmel, Jimmy Fallon, David Letterman ou encore Conan O’Brien pour les plus connus) et qui ont fait éclore de nombreuses personnalités d’hier et aujourd’hui (notamment en passant par le Saturday Night Live) – dont Mindy Kaling, justement. Entre une émission sur le déclin et une présentatrice (host) acariâtre en coulisses, le film de Nisha Ganatra gravite entre l’envers du décor et l’arrivée d’une nouvelle auteure débutante dans un monde d’hommes installés et trop fiers ou peureux pour oser bousculer un navire en train de couler.
Forcément, l’arrivée de la jeune femme va rapidement mettre en porte-à-faux le caractère ronflant de l’émission et compoté dans une vieille routine. La menace de voir le show être confié à une nouvelle star montante va être l’occasion pour l’héroïne d’apporter de la nouveauté et une fraîcheur plus authentique à l’émission.

Cependant, cette fameuse « nouveauté et fraîcheur authentique » ne va pas transpirer de l’autre coté de l’écran. Si Late Night est dans l’ensemble pétillant et sympathique à regarder, cela reste néanmoins une comédie tout juste moyenne qui prend ses racines quelques parts entre Le Diable S’Habille en Prada et The Mindy Project. La big boss à mèche blanche revêche qui s’avère finalement avoir du cœur sous ses apparences durailles, l’héroïne pleine de bonnes volontés qui se confronte à une équipe haute en couleurs et des histoires de cœurs qui flottent en surface… il n’en faut pas plus pour voir que Mindy Kaling a fait appel à ses contacts meilleurs souvenirs de sa série pour nourrir le scénario de Late Night.
Cela peut cependant avoir un certain effet kiss cool : d’un coté, l’aspect comédie vaguement romantique est plaisant et familier, le film de Nisha Ganatra nous embarque sans effort dans ce choc des cultures et de générations saupoudré par un soupçon de féminisme et de revendication pro-minorités pour rester dans le coup ; de l’autre coté, il faut quand même aimer le personnage de Mindy Kaling qui, d’un série ou d’un film à l’autre, ne semble pas savoir jouer autre chose qu’un ersatz d’elle-même, hyper jovial et à la répartie cinglante et – surtout – une voix qui peut rapidement irritée. L’actrice le sait et en joue, évidemment, mais du coup, pour le public, cela passe ou casse.

Heureusement, Late Night peut compter sur l’excellente Emma Thompson (Men In Black International, My Lady, La Belle et la Bête…) : si elle n’y est pour rien dans le charme de son accent so british, l’actrice illumine le film à chacune de ses apparitions, avec un personnage savamment dosé entre sévérité et espièglerie qu’elle habite avec une coolitude désarmante. A ses cotés, Mindy Kaling (The Mindy Project, Ocean’s 8, Un Raccourci dans le Temps…), comme dit plus haut, fait du Mindy Kaling, tandis que le casting est complété par un John Lithgow (The Crown, Simetierre, Miss Sloane…) touchant et une cohorte de mâles plus ou moins remarquables dont Hugh Dancy (The Path, Hannibal…) et Reid Scott (Venom, Great News…).
Le film bénéficie aussi des amitiés des uns et des autres, on retrouve Ike Barinholtz, Amy Ryan ou encore Seth Meyers et Bill Maher.

En conclusion, Nisha Ganatra livre un film sympathique, girly mais pas trop, qui s’étoffe à travers les codes usuels de la comédie générique. Late Night brasse les sujets d’actus, n’échappant pas aux sujets féministes et #MeToo, à travers un décor pétillant et glamour, qui doit bien plus au charisme conquérant d’Emma Thompson qu’à la qualité (ou la nécessité) du film en lui-même. À tenter.

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