[CRITIQUE] Scandale, de Jay Roach

Grisé par l’étiquette du film à Oscars et le sensationnalisme latent lié à cette histoire, Scandale aurait facilement pu être un simple film clé-en-main compilant doctement les gros titres. Jay Roach évite les pièges qui lui tendent les bras et si on n’échappe pas à la mécanique rodée et clinquante des films dénonciateurs, Scandale se fait porte-parole de femmes agressées, pas uniquement à travers ce combat médiatisé, mais en s’attachant aussi au cercle vicieux qui enferme les victimes dans le silence et la honte. Poignant et merveilleusement porté par trois excellentes actrices, dont une Charlize Theron méconnaissable.

Le pitch : Inspiré de faits réels, SCANDALE nous plonge dans les coulisses d’une chaîne de télévision aussi puissante que controversée. Des premières étincelles à l’explosion médiatique, découvrez comment des femmes journalistes ont réussi à briser la loi du silence pour dénoncer l’inacceptable.

Alors que le procès d’Harvey Weinstein démarre bientôt, Jay Roach (Dalton Trumbo, la trilogie Austin Powers…) revient sur l’un des effets boule-de-neige qui a découlé de l’affaire Weinstein qui a éclaté en 2017. Alors que Hollywood est encore sous le choc des révélations faites contre le puissant producteur de cinéma accusé de harcèlements et agressions sexuelles, une vague de #MeToo et autres #BalanceTonPorc inondent les réseaux sociaux et les médias, remettant la lumière sur un scandale qui avait déjà fait trembler les murs de studios de télévision.
L’histoire démarre dans l’ombre, alors qu’une journaliste, Gretchen Carlson, voit son contrat avec Fox News Channel expiré et que quelques semaines plus tard, elle intente un procès contre Roger Ailes, le président de la chaîne, pour harcèlement sexuel. Un combat de longue haleine qui aurait pu passer inaperçu, malgré les témoignages de plus en plus nombreux de victimes, si la figure de proue de la chaîne, Megyn Kelly, ne s’était pas jointe publiquement à la bataille, révélant, elle aussi, avoir été harcelée sexuellement par ce même homme. C’est donc sur cette affaire que Scandale revient.
Au centre et sur l’affiche, trois femmes, blondes comme les médias les aiment, chacune à un stade différent de leurs carrières : la star, l’étoile déchue et la jeune louve. Scandale dresse le portrait de femmes de tête, dont le seul point faible est malheureusement leur sexe. Le décor est plein de lumières, de glamour et d’apparat mais le ton tranche dans le vif pour montrer un envers bien plus froid : derrière les sourires face caméra, la guerre des nerfs est constante pour ces femmes qui cherchent à se faire entendre dans un monde résolument machiste et surtout, silencieusement complice. Au fur et à mesure que le film de Jay Roach déterre les secrets honteux et les agissements horribles qui sont tapis sous le logo de la Fox News Channel, Scandale ne laisse que peu de doutes sur une vérité effroyable et pourtant sue depuis toujours.

Autour des victimes, le film souligne surtout la complicité sans vergogne des uns et des autres, que ce soit pour sauver sa place ou pour en profiter, sans compter ceux qui s’en fichent royalement : Scandale est glaçant, surtout quand on est soi-même une femme – sans vouloir minimiser le ressenti des hommes. Et pourtant, derrière ce format très hollywoodien, Jay Roach révèle une réalité malheureusement commune : à travers Scandale, c’est le combat de nombreuses femmes travaillant dans des entreprises nettement moins prestigieuses qui est également retranscris.
Au-delà des actes dénoncés, Scandale met également en abîme le climat oppressant qui enferme les victimes dans le silence, la culpabilité et, souvent, la perte d’estime de soi parce qu’elles se sont « laissées faire ». Jay Roach semble viser juste lorsqu’il retranscrit le règne du silence qui semblait maintenir les murs de Fox News Channel, tandis que les rares survivantes subiront aussi le regard lourds de jugements des autres ou des complices.
En parlant de format justement, ce presque biopic multiple surfe sur la tendance des films à sensations lancée par Adam McKay. Entre un montage effervescent et des déferlantes de dialogues, Scandale se révèle très bavard et « in your face », à la manière clinquante d’un The Big Short ou encore le récent Vice. Si le sujet est pour le moins actuel et intéressant, il faut se préparer à une narration tortueuse qui compile trois parcours différents, chacun soubresauté par des éléments perturbateurs qui étoffent certes le récit… mais peuvent aussi assommer. Fatigue ou pas, je dois avouer que j’ai souvent perdu le film tant le flot de paroles m’a dépassée.

Heureusement, Scandale se tient aussi grâce à son casting de haut vol : méconnaissable, Charlize Theron (Séduis-Moi Si Tu Peux !, Tully, Atomic Blonde…) incarne Megyn Kelly avec force et même si le maquillage pour la faire ressembler à la journaliste n’était, selon moi, pas forcément nécessaire, l’actrice mérite amplement sa nomination aux Oscars. À ses cotés, Nicole Kidman (Big Little Lies, Boy Erased, Aquaman…) incarne Gretchen Carlson, un personnage un peu trop en retrait malgré l’importance de son rôle et surtout son positionnement dans le fil de carrière que le film explore : en effet, contrairement à ses comparses, le rôle de Nicole Kidman est complexe car en plus du harcèlement sexuel, il met aussi en avant ces femmes que l’on met au placard à cause de leur âge. Un double effet kiss cool en somme. Enfin, nommée également aux Oscars, Margot Robbie (Once Upon A Time In Hollywood, Marie Stuart, Reine d’Écosse, Moi, Tonya…) porte à l’écran un rôle combinant plusieurs victimes et livre une performance bouleversante en jeune idéaliste qui découvre l’univers impitoyable et oppressant que dirige Roger Ailes.
Face à elles, c’est John Lithglow (The Crown, Late Night, Simetierre…) qui se met dans la peau du terrible, tandis Mark Duplass (The Morning Show…), Malcolm McDowell (Mozart In The Jungle…) et Rob Delaney (Hobbs And Shaw…) composent une partie du paysage masculin.
À l’affiche également, on retrouve également Kate McKinnon (Yesterday…), Connie Britton (My Wonder Women…), Allison Janey (La Famille Addams…), Brigette Lundy-Paine (Downsizing…), Liv Hewson (Santa Clarita Diet…) ou encore Ashley Greene (Twoilet…) qui ne passe pas inaperçue en pin-up assumée.

En conclusion, après beaucoup de tapage médiatiques, une affaire liée directement ou non au phénomène #MeToo se découvre en salles. Porté par un trio superbe d’actrices et malgré un emballage un poil trop verbeux à mon goût, Scandale parvient à dresser un tableau percutant, évitant avec brio le sensationnel pour s’intéresser aux répercussions véritables qui sévit avec une violence fourbe et implicite sous l’image grossière qui se cache derrière les expressions désuètes tels « passer sous le bureau » ou encore « la promotion canapé ». À voir.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s