[CRITIQUE] Désigné Coupable, de Kevin Macdonald

Le pitch : Capturé par le gouvernement américain, Mohamedou Ould Slahi est détenu depuis des années à Guantánamo, sans jugement ni inculpation. À bout de forces, il se découvre deux alliées inattendues : l’avocate Nancy Hollander et sa collaboratrice Teri Duncan. Avec ténacité, les deux femmes vont affronter l’implacable système au nom d’une justice équitable. Leur plaidoyer polémique, ainsi que les preuves découvertes par le redoutable procureur militaire, le lieutenant-colonel Stuart Couch, finiront par démasquer une conspiration aussi vaste que scandaleuse. L’incroyable histoire vraie d’un combat acharné pour la survie et les droits d’un homme.

Entre fictions et documentaires, Kevin Macdonald aime explorer des parcours éprouvants à travers des adaptations d’histoire vraie (La Mort Suspendue ou Le Dernier Roi d’Ecosse…) ou encore collections de témoignages autour d’icones ou héros extraordinaire (Un Jour en Septembre, Whitney…). Sept ans après son dernier long-métrage de fiction, Black Sea en 2014), Désigné Coupable a enfin trouvé le chemin des salles obscures, après un an d’attente supplémentaire à cause de la pandémie Covid-19.

Adapté du roman autobiographique « Guantanamo Diary » de Mohamedou Ould Slahi, Désigné Coupable narre deux parcours parallèles et incroyables. D’un coté, celui d’un homme qui se retrouve accusé d’avoir orchestrer les attentats du 11-septembre et enfermé dans les oubliettes de Guantanamo Bay, la fameuse prison américaine où les droits de l’Homme ont souvent été mis à mal sous prétexte de récolter de terribles aveux. De l’autre coté, et c’est le point d’entrée du film, le combat d’une avocate qui va tout faire pour que son client soit jugé équitablement – coupable ou non.

Évidement, dans ce genre de film autobiographique, il est facile de connaître l’issue du récit, c’est donc sans surprise que le film se solde par la victoire des « gentils ». Le postulat de Kevin Macdonald n’est donc pas là. À travers Désigné Coupable, le réalisateur donne une voix au nombreux prisonniers qui subissent un système judiciaire aveugle – principalement aux États-Unis – pour des raisons raciales et/ou discriminantes, sous couvert de suppositions ou de preuves capillotractées. Entre racisme systémique et le choc d’un pays encore secoué par l’attentat du 11-septembre, un homme se retrouve piégé au milieu et le film va dénoncer son parcours depuis son arrestation floue jusqu’à son arrivée à Guantanamo.

Si de nombreux films ont, depuis, dévoilé les agissements des militaires durant cette période enflammée (avec Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow en tête de liste), le film de Kevin Macdonald tente d’exposer le point de vue des différentes parties prenantes. Si bien que si vous avez résisté à l’envie de vous renseigner avant de voir le film, la question de l’innocence ou la culpabilité de Mohamedou Ould Slahi va prendre le pas sur le caractère dénonciateur de Désigné Coupable. C’est ce qui va rendre le film intéressant et prenant, à la manière d’un Spotlight, alors que les protagonistes se dévoilent au cours de l’enquête et autres révélations qui vont faire trembler les croyances des uns et des autres, aussi bien sur leurs combats que sur la légitimité de leurs action, jusqu’au point de bascule : le moment où l’horreur de Guantanamo s’impose comme un passage obligatoire.
Kevin Macdonald parvient à maintenir l’attention grâce à un scénario qui joue avec les intentions et la crédibilité des personnages, dans un cadre certes linéaire mais qui permet toujours au doute de s’immiscer malgré le caractère autobiographique du film. Captivant, bouleversant mais aussi parfois insoutenable, Désigné Coupable livre un portrait franc, subjectif mais suffisamment distancé pour maintenir en haleine, tandis que l’émotion finit par l’emporter.

Au casting, la géniale Jodie Foster (Money Monster, Tales From The Loop, Hotel Artemis…) est face à un Tahar Rahim (Le Serpent, Le Prix du Succès, Réparer les Vivants…) saisissant, deux belles performances qui portent le film, faisant oublier son coté prévisible. Autour d’eux, Shailene Woodley (Big Little Lies, Divergente…) et Benedict Cumberbatch (Doctor Strange, 1917, Mowgli : La Légende de la Jungle…) partage également l’affiche, chacun servant de métaphore à l’opinion publique de l’époque – celle qui doute et celle qui accuse, tandis que Zachari Levy (Shazam!…) et Denis Ménochet (Jusqu’à La Garde…) sont également de la partie.

En conclusion, Kevin Macdonald signe une drame poignant au format maitrisé, entre émotion, doute et culpabilité. La force de Désigné Coupable c’est évidemment son casting impeccable, porté par Jodie Foster et Tahar Rahim, tous deux sensationnels. À voir.

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