Épouvante-horreur, Comédie

[COUP DE CŒUR] Send Help, de Sam Raimi

Le pitch : Seuls rescapés d’un accident d’avion, Linda Liddle et Bradley Preston se retrouvent à présent coincés sur une île déserte. Pour ces deux collègues que tout oppose, l’heure est venue de surmonter les griefs du passé et de travailler ensemble pour tenter de s’en sortir. Sauf qu’en fin de compte la bataille pour la survie devient une épreuve de force, inquiétante et cruellement drôle, où chacun veut jouer au plus fin…

La légende hollywoodienne raconte qu’après avoir dirigé Rachel McAdams sur Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Sam Raimi (Le Monde Fantastique d’Oz, Jusqu’en Enfer, Spider-Man…) aurait trouvé l’actrice sous-exploitée… au point de vouloir lui offrir un projet taillé sur mesure. Mythe ou réalité, peu importe : le résultat est là. Et franchement, merci Marvel et Scott Derrickson pour ce concours de circonstances, car cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autant éclatée devant un film !

Avec Send Help, Sam Raimi signe un retour fracassant à son terrain de jeu favori, plus de quinze ans après Jusqu’En Enfer (2009). Comédie noire, tension permanente, humour borderline et dérapages contrôlés : tout ce qui fait l’ADN du réalisateur du culte Evil Dead (l’original, pas celui de 2013 et encore moins celui de 2023) est ici réuni dans une forme aussi moderne que débridée, mais surtout dans un cadre inattendu : une île sauvage aux allures paradisiaques.
Dès les premières minutes, le film pose son décor : un univers corporate toxique, gangrené par le networking, les fils à papa bien placés et une ambiance à la “tech bros” dégoulinante de suffisance. Et au milieu, Linda, héroïne marginale et socialement maladroite, y survit tant bien que mal… jusqu’au crash salvateur. L’île devient alors un laboratoire social brutal, où la jungle financière laisse place à une jungle bien réelle et où les masques tombent à vitesse grand V, pour un retour à l’état primitif. C’est toujours la loi du plus fort, mais le dollar n’a plus de valeur.

C’est là que Send Help révèle toute son intelligence. Car au-delà du simple récit de survie, le film se transforme en duel psychologique pervers et jubilatoire. Loin d’un schéma manichéen, Sam Raimi brouille les pistes : sa protagoniste prend l’ascendant, mais révèle rapidement une facette inquiétante. Les rapports de force se renversent, remettant constamment la balle au centre (ou presque) dans un affrontement où il n’y a plus vraiment de victime et les moments de répit ne durent jamais longtemps. Chaque scène est un nouveau round dans un combat où tous les coups sont permis… à condition de savoir où viser.

Entre manipulation, refus de se laisser dominer et folie douce, les circonstance de l’histoire viennent exacerbé des personnalités déjà à fleur de peau. La faim et la parano ne font jamais bon ménage et Send Help s’en délecte jusqu’à faire de cette île un véritable ring mental et imprévisible. Sam Raimi nous mène à la baguette d’une scène à l’autre et parvient toujours à surprendre. Là où d’autres films se seraient penchés sur le dépassement de soi, Send Help observe ses personnages s’enfoncer dans leurs travers, jusqu’à en devenir monstrueux, dans une étude de caractère drôle, violente et intelligente.

Évidemment, on pense forcément à un Misery qui aurait croisé la route d’un Sans Filtre, avec un soupçon de Seul au Monde (ou Six Jours et Sept Nuits pour le duo Harrison Ford et Anne Heche !), le tout passé dans la moulinette déjantée de Sam Raimi qui s’inspire des codes du naufragé pour explorer la folie, la revanche mais aussi la quête de reconnaissance dans un huis-clos à ciel ouvert à la fois hilarant, cruel, explosif et dérangeant. Insaisissable, Send Help est une goulée d’air frais dans un paysage hollywoodien sclérosée, qui d’autres qu’un réalisateur comme Sam Raimi pouvait réussir à revitaliser le cinéma de genre sans perdre son ADN ?

Car oui, on est bien chez Sam Raimi. Beaucoup de réalisateurs ont leurs plans signture : les pieds, les colombes au ralenti, les plans en contre-plongée les plans tournants à 360°, les étoiles filantes, la symétrie, les split-screen… Sam Raimi, son truc à lui ce sont les ambiances zombies so 80s et les projections de vomi de l’un (ou autre liquide peut rajoutant) dans la bouche d’un autre. Vous êtes prévenus ! Sans crier gare, Send Help part souvent en roue libre pour le plus grand plaisir du spectateur et les rapports de force explosent dans des séquences absurdes, violentes ou frissonnantes… mais toujours parfaitement dosées pour faire mouche. Un cocktail qui donne une identité unique, aussi jouissive qu’imprévisible… Et j’en redemande !
Notons au passage que le réalisateur retrouve le compositeur Danny Elfman pour la bande-originale du film.

Au casting : on fait simple mais excellent, car la force de Send Help réside dans son duo central. Rachel McAdams (Doctor Strange in the Multivers of Madness, Game Night, Désobéissance…) livre ici l’une de ses performances les plus audacieuses, oscillant entre comédie, menace et folie pure. Face à elle, Dylan O’Brien (Le Labyrinthe, Bumblebee, American Assassin…) incarne à merveille un “tech bro” arrogant, insupportable et délicieusement pathétique. Leur alchimie est électrique, chaotique, et totalement addictive.
Et évidemment, qui-vous-savez est au rendez-vous : ouvrez bien l’œil !

En conclusion, Send Help démarre 2026 avec une œuvre en roue libre, sauvage et déjantée, portée par une écriture brillante (merci Damian Shannon et Mark Swift) et une mise en scène fabuleuse. Déroutant et fascinant, impossible à quitter des yeux, le film de Sam Raimi captive par son caractère imprévisible qui frôle, admettons-le, le génie ! À voir absolument !

PS : je sais pas pour vous, mais moi ça m’a donné envie d’apprendre à survivre en pleine nature 😂

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