[CRITIQUE] Game Night, de Jonathan Goldstein et John Francis Daley

Entre comédie et action, Game Night propose un divertissement sur les chapeaux de roue et plein de rebondissements. Les réalisateurs Jonathan Goldstein et John Francis Daley osent le mélange de genres déstabilisant et la mise en scène soignée pour se démarquer des comédies estivales. Le résultat reste globalement efficace, même si l’ensemble semble parfois gâcher son propre potentiel comique, au profit d’une émancipation certaine vers un film plus musclé et solide.

Le pitch : Pour pimenter leur vie de couple, Max et Annie animent un jeu une nuit par semaine. Cette fois ils comptent sur Brooks, le frère charismatique de Max, pour organiser une super soirée à thème autour du polar, avec vrais faux malfrats et agents fédéraux ! Brooks a même prévu de se faire enlever…. sauf qu’il reste introuvable. En tentant de résoudre l’énigme, nos joueurs invétérés commencent à comprendre qu’ils se sont peut-être trompés sur toute la ligne. De fausse piste en rebondissement, ils n’ont plus aucun point de repère et ne savent plus s’il s’agit encore d’un jeu… ou pas. Cette nuit risque bien d’être la plus délirante – et la plus dangereuse – de toute leur carrière de joueurs…

Le duo Jonathan Goldstein et John Francis Daley est connu pour avoir écrit les scénarios de films à succès, de Comment Tuer Son Boss 1 et 2 à Spider-Man : Homecoming, ainsi que pour avoir réalisé leur premier film en 2015, Vive Les Vacances, une comédie estivale, hyper drôle et très légère. Le concept proposé par Game Night rappelle évidemment le film Crazy Night de Shawn Levy (2010), où un couple incarné par Steve Carrell et Tina Fey se retrouve embarqué dans une soirée pleine de dangers et de rires, après avoir piqué la réservation, sans le savoir, d’un duo de malfaiteurs recherché par des flics corrompus.
Dans Game Night, c’est une soirée jeux qui prend des tournures réalistes quand le faux kidnapping devient vrai et que les protagonistes se retrouvent confrontés à de vrais méchants. Contrairement au film de Shawn Levy, celui de Jonathan Goldstein et John Francis Daley se démarque en mélangeant les codes pour accentuer le coté sérieux de son histoire, transformant ainsi Game Night en comédie d’action animée par des rebondissements et des effets de styles étonnants. Un choix qui rend la mise en place un peu laborieuse : des tentatives de jumpscares hors-sujets, une ambiance moderne et décalée, une réalisation hyper soignée… Le film déstabilise par son ambiance mixte avant de réellement trouver ses marques. En effet, l’humour est plus focalisé autour des personnages que des situations, ce qui rend souvent l’ensemble inégal puisque certains accrochent d’emblée grâce à un traitement à contre-courant efficace (le voisin policier qui joue la carte du malaise avec brio, la blonde de service déportée sur un personnage masculin…), tandis que d’autres voyageront dans un entre-deux en demi-teinte.

Si je m’attendais à une comédie pure et simple, Game Night m’a surprise dans ses choix narratifs et surtout de mise en scène. Oscillant constamment entre des échanges drôles et des piques d’adrénaline liées à l’intrigue qui évolue avec un effet « boule de neige » prenant, Game Night sert une aventure ahurissante et soulignée, par une mise en scène hyper soignée, référencée et stylisée. Si Jonathan Goldstein et John Francis Daley ne maîtrisent pas totalement les effets de style qu’ils tentent, le résultat permet d’asseoir une certaine crédibilité à l’ensemble, permettant au film de s’émanciper de la comédie estivale déjà vue et refaite. Entre un (faux) plan-séquence hyper fluide et des prises de vue ambitieuse, Game Night prend de l’ampleur au fur et à mesure que le film avance, permettant à l’intrigue trop délirante de se reposer sur une réalisation solide.
Cependant, comme on ne peut pas toujours gagner sur tous les tableaux. Là où le film montre quelques faiblesses, c’est dans ses touches d’humour. Si certaines idées fonctionnent, beaucoup sont parfois sous-exploitées ou perdues au milieu d’un contexte déjà blindé. Entre l’intrigue principale et les problèmes relationnels des un et des autres, le film a du mal à faire cohabiter le tout. Du coup, certains gags ou répliques voulues piquantes tombent à plat et moi qui m’attendait bien plus à une comédie qu’à de l’action, j’ai un peu été déçue par le manque de prise de risque dans l’écriture. La raison vient peut être des multiples références à la pop culture et du fait que le film se coince dans les codes du tout-public alors que certains passages montrent une ambition plus poussée. Cette dualité prend le pas sur un des objectifs principaux du film : faire rire.
Ceci étant dit, la superbe référence à Pulp Fiction était un pur régal.

Au casting : en tête d’affiche, on retrouve Jason Bateman (Joyeux Bordel !, Agents Presque Secrets, Comment Tuer Son Boss 2…), à l’aise dans ce type de rôle, et Rachel McAdams (Doctor Strange, Spotlight, La Rage au Ventre…), toujours aussi pétillante et que j’aimerais voir plus souvent dans un premier rôle. Autour d’eux, Kyle Chandler (Manchester By The Sea, Carol, Le Loup de Wall Street…) retrouve ses racines comiques dans un rôle plus léger, Billy Magnussen (Le Pont des Espions, Into The Woods…) tire son épingle du jeu tant il parvient à faire rire sans verser dans la crétinerie, tandis que Lamrone Morris (The New Girl, Barbershop 3…), Kylie Bunburry (Pitch, Baby-sitter Malgré Lui…) et Sharon Hogan (Catastrophe, Divorce…) vivotent par à-coup. On retrouve également Matt Damon Jesse Plemons (Pentagon Papers, Hostiles…), génial en flic obtus, tandis que des surprises complètent un ensemble déjà bien consistant, comme Michael C. Hall (Six Feet Under, Dexter…), Danny Huston (Wonder Woman…), Chelsea Perretti (Brooklyn Nine-Nine…) et Jeffrey Wright (Hunger Games…). À noter, le petit caméo de John Francis Daley (Bones…) au passage.

En conclusion, grâce à une mise en scène soignée qui assoit la solidité de la trame (avec notamment un plan séquence bien fichu), le film de Jonathan Goldstein et John Francis Daley finit par trouver ses marques, offrant des personnages hilarants et des twists multiples. Divertissant et drôle, Game Night est peut-être un poil en dessous de son potentiel mais reste une comédie d’action ambitieuse, efficace et accrocheuse. À voir.

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