[CRITIQUE] Bumblebee, de Travis Knight

La franchise Transformers fait un virage à 180° et Michael Bay laisse les rennes à Travis Knight pour le spin-off Bumblebee. Le film redéfinit sa cible et livre une aventure à l’ambition familial grâce à un ensemble plus accessible et moins bourrin. Arrivant à point nommé pour les fêtes, Bumblebee vise les plus jeunes avec ses personnages adolescents, quitte à laisser les fans de la première heure -et les adultes- sur le carreau tant l’action est finalement passée au second plan. Serai-je devenue trop vieille pour Transformers ?

Le pitch : 1987. Alors qu’il est en fuite, l’Autobot Bumblebee trouve refuge dans la décharge d’une petite ville balnéaire de Californie. Il est découvert, brisé et couvert de blessures de guerre, par Charlie, une ado qui approche de ses 18 ans et cherche sa place dans le monde. Et quand elle le met en marche, elle se rend vite compte qu’il ne s’agit pas d’une voiture jaune ordinaire.

Jusqu’à présent, la saga Transformers se résumait en quelques mots : Michael Bay, robots géants, affrontement XXL. Du jeune Sam Witwicki (Shia La Beouf) à la relève Cade Yeager (Mark Wahlberg), pendant dix ans la franchise à étirer son concept de robots aliens qui règlent leurs comptes sur Terre à travers différents genres, le tout sur fond de bastonnades ultra bourrines qui, dans les derniers opus, viraient à l’overdose. En effet, après L’Âge de l’Extinction et sa débauche d’action interminables entrecoupée par du placement de produits peu subtile, puis The Last Knight qui se rêvait épopée chevaleresque, les films de Michael Bay ont fini par avoir moins en moins de sens – pour peu qu’il y en ai eu un au départ. L’heure était donc venu pour Michael Bay de lâcher les rennes et, selon moi, prendre du recul sur une saga qui l’épuise « créativement » parlant.
Avec le spin-off centré sur Bumblebee, c’est donc l’occasion de débroussailler le paysage et de refocaliser l’ambition de ces films adaptés des jouets Hasbro. Coté réalisation, c’est Travis Knight qui prend la relève, après avoir fait ses preuves dans l’animation en travaillant sur Coraline (2008), L’Étrange Pouvoir de Norman (2012) et Les Boxtrolls (2014), puis réaliser son premier long-métrage Kubo et L’Armure Magique, qui a été nommé pour l’Oscar du Meilleur Film d’Animation en 2017. Un parcours intéressant, puisque c’est son expérience dans l’animation qui fait vraiment la différence sur Bumblebee, tant le traitement narratif et la gestion des rebondissements diffèrent de ce que proposait Michael Bay dans ses films.

En effet, centré sur la rencontre entre son héroïne adolescente et Bumblebee, le film propose une intrigue plus jeune et accessible, rythmée par l’ambiance des années 80 (à la demande d’un certain Steven Spielberg, merci Amblin), boostée par la présence des Transformers sur Terre… et non l’inverse. Et c’est bien là, la majeure différence : Bumblebee ne se repose pas uniquement sur le démonstratif qu’il passe en retrait l’aspect blockbuster pour mieux explorer son personnage principale, la jeune Charlie, une ado solitaire qui a perdu son père et a du mal à trouver sa place. Une approche très Disney-like qui déroute souvent tant ce choix narratif prend de l’ampleur au fur et à mesure que sa relation avec Bumblebee évolue, transformant partiellement le film en une comédie quand le robot maladroit (et jeune, lui aussi) tente de s’adapter à son environnement.
Du coup, Travis Knight propose beaucoup de scènes cocasses, destinées à amuser son public, poussant parfois le bouchon un peu loin ce qui laisse quelques incohérences poindre à l’horizon (comme la réaction très light de la mère quand elle découvre l’état de sa maison…), tout en cantonnant ses protagonistes secondaires à des caricatures guignolesques au service de l’histoire. Dans Transformers, la partie militaire ou gouvernementale avait largement pris le dessus (le patriotisme de Michael Bay), alors que dans Bumblebee, ces personnages agissent surtout comme des outils qui vont accentuer la menace, sans vraiment y prendre part. Du coup, le film est moins dense et prend le temps d’installer aussi bien ses personnages que son intrigue, jusqu’à un affrontement final qui ne déçoit pas, arrivant alors comme la récompense attendue.

Cependant, ce changement de cap pour Bumblebee, aussi logique soit-il, comporte un certain revers de médaille. D’un coté, les familles pourront emmener (ou laisser) les plus jeunes aller voir un film estampillé Transformers sans l’inquiétude de les exposer à des sous-textes ou des stéréotypes « malaisants » : pas de personnage féminin hyper sexualisé ni pas de cliché raciste, tandis que la violence envers les humains est suffisamment contrastée et les affrontements musclés s’accentuent essentiellement sur les combats entre robots.
De l’autre coté, et bien… c’est long. Si vous attendiez un blockbuster explosif en héritier digne de la franchise, préparez-vous à une légère déception. Outre une scène d’ouverture alléchante et un final spectaculaire, Bumblebee est avant tout une comédie d’action tout public, certes blindée en humour et émotions, mais parfois laborieuse par manque singulier de dynamisme. Les fans dent de trouver le temps long face à ce récit sucré et plein de bons sentiments, qui lorgne beaucoup vers la filmographie de Steven Spielberg en rappelant Le Géant de Fer, Le Bon Gros Géant ou encore – soyons fou – E.T. L’Extraterrestre, mais malheureusement l’ensemble est ampoulé par de nombreux ventres mous qui accentuent les longueurs du film.

Ceci étant dit, Travis Knight a su tirer son épingle du jeu en démarquant ce film de ces prédécesseurs, à travers un Bumblebee plus accessible, ludique et familial, qui pourra séduire ceux qui n’avaient pas accroché aux versions signées par Michael Bay, ainsi que les novices. Bumblebee souffle un vent de fraîcheur sur une saga dont je pensais avoir tout vu, en se mettant à la hauteur du personnage titre à travers son caractère attachant, mais aussi badass que son mentor Optimus Prime. De plus, visuellement, Bumblebee est bien plus léché qu’un Transformers : les scènes d’action sont lisibles, le fait d’avoir moins de personnages à l’écran permet au récit de ne pas s’éparpiller et le parcours d’animateur de Travis Knight rend l’ensemble sympathique et esthétiquement réussi. Résultat, quand le film offre de l’action, c’est un plaisir à suivre tant Bumblebee parvient à doser ses effets pour satisfaire les amateurs du genre.

Au casting : Hailee Steinfeld (New York Melody, Spider-Man: New Generation…) trouve enfin un rôle d’adolescente attachante à sa mesure, loin des insupportables Pitch Perfect et autre rôle lunatique de The Edge of Seventeen, grâce à un personnage sympathique qui possède une histoire propre (et moins dominé par sa libido, n’est-ce pas Sam Witwicki) et la carte cool des années 80. À ses cotés, John Cena (Ferdinand, Sisters…) joue les GI Joe de seconde main avec peu de crédibilité, ce qui est probablement dû aussi bien à son jeu d’acteur moyen qu’à l’écriture d’un personnage qui passe du rôle solide à la caricature moyenne en cours de route.
À l’affiche également, Jorge Lendeborg Jr. (Love, Simon…), Jason Drucker (Journal d’Un Dégonflé…) et John Ortiz (Peppermint…) partagent les rangs des pom-poms girls, tandis que Pamela Adlon (Better Things…) et Stephen Schneider (Broad City…) tentent d’incarner des figures vaguement parentales dans ce récit à la trame presque young adult.
Coté robots, Dylan O’Brien (Le Labyrinthe…) prête à la sienne à Bumblebee (qui, et oui, n’a pas toujours été muet), tandis que Peter Cullen est de retour pour incarner l’incontournable Optimus Prime. Parmi les petits nouveaux, il y a également Angela Bassett (Black Panther) et Justin Theroux (La Fille du Train…).

En conclusion, la franchise Transformers redéfinit son image bourrine pour proposer un film plus léger, digeste et surtout très familial, tout en ciblant les plus jeunes. Un poil Disney-like sur les bords avec son histoire centrée sur une héroïne jeune, Bumblebee peut désarçonner avec son traitement adolescent et les longueurs laisseront les fans de la première heure sur le carreau, cependant le film de Travis Knight reste objectivement divertissant et accompli, notamment grâce à ses scènes d’actions réduites, certes, mais bien fichues. À voir.

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