Ces franchises instables mais bankables #2 : Fast and Furious et la surenchère WTF mais efficace

Elles sont souvent cultes, nées dans les années 80 ou 90 – à quelques exceptions près – et depuis tout ce temps, elles ont survécu en livrant plus ou moins régulièrement de nouveaux films. Si la franchise est le moyen d’assurer une rentrée intéressante pour les distributeurs, c’est aussi devenu le recours préféré d’Hollywood pour pallier le manque d’inspiration ou de prises de risque de ces dernières années. De remake en reboot, en passant par des préquels, des suites ou encore, plus fourbes, le remoot, certaines franchises cultes ont vu leurs storylines chamboulées au fil des années. Pour certaines, le succès a été au rendez-vous et n’a fait qu’accroître l’intérêt du public pour ladite franchise, pour d’autres, l’aventure a été plus chaotique voire portenawak. Le point commun c’est qu’elles restent toujours autant bankables (rentables).

Retour sur la franchise Fast and Furious ou comment d’anciens voleurs de magnétoscopes sont devenus plus forts et plus casse-cous que James Bont et Ethan Hunt réunis.

À l’origine… Le premier Fast and Furious, réalisé par Rob Cohen (à l’époque connu pour Daylight et Cœur de Dragon sortis tout deux en 1996), est une adaptation libre d’un article publié par un journaliste américain et basé vaaaaaguement sur le jeu vidéo Need For Speed, qui se concentre sur l’infiltration d’un policier au sein de hors-la-loi accros aux courses de (belles) voitures illégales et voleurs de TV/magnétoscopes by night. Oui, ça fait mal, mais on était en 2001.
Entre bande-son hip-hop validée par le caméo de Ja Rule (doublé en VF par une voix de fausset), carrosseries rutilantes, jolies filles, des personnages à gros bras portés par Vin Diesel (révélé par Pitch Black) et une romance choupinoute grâce au regretté Paul Walker (second couteaux dans des comédies et dramas américains), le Fast and Furious de Rob Cohen parvient à donner un coté accrocheur à son film bling-bling, blindé de testostérone et qui carbure à l’adrénaline, si bien que même le gentil policier finit par protéger un criminel – mais c’est pas grave, vu qu’on le kiffe quand même et qu’il protège sa famille. On ne le savait pas à ce moment là, mais c’était le début de l’aventure et d’une amitié rocambolesque entre Dominic Torretto et Brian O’Conner… même s’il faudra attendre huit ans avant de les revoir ensemble.

En effet, la suite est plus compliquée, déjà parce que la star du film, Vin Diesel, refuse de rempiler car il estimait que le retour de son personnage n’était pas possible – même si on murmure en sous-sol que le désaccord était plus financier qu’autre chose. Du coup, en 2003, Paul Walker prend le lead aux cotés de l’ex-mannequin wannabe acteur Tyreese Gibson qui sera recruté pour jouer ses acolytes à la morale borderline, dans 2 Fast 2 Furious (en VO Too Fast Too Furious, plus explicite car « too » signifie « trop » en anglais).
Réalisé par feu John Singleton (connu à l’époque pour Boyz N The Hood, Shaft…), le film conserve les codes du premier opus à travers l’amitié impossible entre un flic et un (ex) criminel, tout en multipliant le nombre de belles voitures (ce qui attire même les faveurs de constructeurs qui n’hésitent pas à leurs envoyer des modèles pas encore commercialisés), de courses et une horde de jolies filles culottées, menées  par la belle Eva Mendes en tête d’affiche, tandis que Ludacris coche la case hip-hop. 2 Fast 2 Furious est cool, mais pas aussi clinquant que le premier opus : il manque cet aspect « famille » fédérateur, du coup ce chapitre s’enlise dans la redite et ne semblait pas du coup s’afficher comme un maillon solide d’une future franchise. Le public se rue en salles, mais les critiques sont sans appel : on veut le vrai duo.

Du coup, en 2006, les studios décident de tenter un coup de poker en tentant d’internationaliser la saga avec Fast and Furious – Tokyo Drift. Réalisé par Justin Lin (révélé en 2002 avec Better Luck Tomorrow), le film joue la carte teenager mais cumule les faux pas. Si on accepte tant bien que mal que le rôle principal du lycéen soit incarné par un trentenaire (Lucas Black), le film se perd dans une narration imbécile autour d’un triangle amoureux stupide as fuck et des mafieux (??) pas sympas entre deux courses de voiture où notre héros découvre le drift – le dérapage contrôlé dans des virages super serrés grosso merdo – tandis que la carte hip-hop est portée par (Lil) Bow Wow.
Alors non seulement, ni Paul Walker ni Vin Diesel ne sont à l’affiche (enfin… presque), mais en plus il faut se farcir une intrigue mal fagotée aux enjeux grossièrement tartes. Cependant, Fast and Furious – Tokyo Drift laisse une lueur d’espoir à travers une dernière scène où on découvre un Vin Diesel prêt à rempiler, pas content qu’on ait tué son pote Han (Sung Kang). Sans surprise, ce troisième volet fait le plus mauvais score de la saga au box-office et à ce moment-là, Han n’est qu’un visage anecdotique dans un dérapage incontrôlé que la saga a bien du mal à caser dans sa chronologie.

Réglé comme une horloge, la saga pond un quatrième film en 2009, toujours réalisé par Justin Lin et sobrement intitulé Fast and Furious 4. La mort d’une des leurs signe les retrouvailles musclées entre Vin Diesel et Paul Walker, qui se réunissent pour se venger. Un opus sympathique puisqu’on attendait ce moment depuis huit ans et qui marque un des premiers virages importants de la saga. Fini les vols à la petite semaine et les infiltrations au culot pour démasquer un trafiquant de tous poils, si les héros sont toujours des as du volant, ils seront cette fois amenés à affronter de puissants criminels (le fameux Braga, grand manitou d’un cartel passeur de drogue à la frontière américaine) aux enjeux plus internationaux. D’ailleurs, la famille s’étoffe déjà en introduisant des nouveaux personnages, notamment Gisele (Gal Gadot), Tego et Rico (Tego Calderon et Don Omar) – ces derniers prenant la relève de la carte hip-hop au passage pour des rythmes plus latinos.
Résultat, on ne déteste pas, mais ce n’est pas la folie non plus : la cinématique jeu vidéo annihile le peu de réalisme qui restait des courses de voitures, tandis que la transformation en action heros pur jus des personnages ne passent pas inaperçus. Il manquait peut-être un petit quelque chose pour solidifier cette mutation.

Ce petit quelque chose s’appelle Dwayne « The Rock » Johnson. Montagne de muscles, boosteur de franchises et sourire ultra bright, l’ex-catcheur fait une entrée remarquée dans le cinquième volet de Fast and Furious – Fast Five pour les intimes – sorti en 2011 et toujours réalisé par Justin Lin. Après un passage dans les comédies souvent familiales et plus ou moins honorables, Dwayne Johnson sort tout juste du film Faster et fait saliver tous les amateurs de films d’action qui se sont bousculer en salles pour n’attendre qu’un seul moment : la baston inévitable entre lui et Vin Diesel.
Introduit comme un super-flic bien décidé à traquer tous les malfrats de l’univers, ce nouvel antagoniste part sur les traces de Dominic Toretto, alors que ce dernier s’est échappé de son transfert vers la prison fédérale à la fin de l’épisode 4, grâce à son pote Brian (devenu fugitif également). C’est dont à Rio que nos héros coulent des jours heureux, toujours à portée d’une belle bagnole pour taper une petite course pépère pour n’importe quelle raison. Tout se serait bien passé s’ils n’étaient pas obligés de reprendre du service en mode Robin des Bois pour contrer un homme d’affaires véreux qui les amènera à faire équipe avec le fameux Luke Hobbs, le temps d’une trêve. Équipe est bien le mot : la mode étant aux films de braquages collégiaux, autant faire revenir des visages connus et reconstruire la « famille ». Ainsi Fast and Furious 5 réunit Jordana Brewster, Tyreese Gibson, Ludacris, Sung Kang, Gal Gadot et le trublion duo incompréhensible, Tego et Rico – et poussera même le vice à faire revenir un ancien ami du tout premier opus, Vince (Matt Schulze). La famille est de retour : badass, aussi capable de négocier des virages musclés (même avec un coffre-fort de plusieurs tonnes accroché à l’arrière), que de hacker des systèmes informatiques complexes ou de déjouer n’importe quelle faille de sécurité, tandis que d’autres se répartissent les rôles : les biceps saillants, les cerveaux de la bande, les rigolos de service et pourquoi pas, une petite dose de romance et de glam pour lier le tout.
Un ensemble frétillant, multiple et furieusement attachant qui rappellera les armes du premier film dans une version un poil plus mature, mais toujours avec des allures à la fois old school et très cool, qui chouchoutent ces nouveaux modèles de gangsters tout public. La transition vers le film à surenchères d’actions aussi exagérées qu’assumées se confirme à travers des scènes spectaculaires qui frôlent le m’as-tu-vu jubilatoire (« this is Brazil ») et ce, dès une scène d’ouverture à couper le souffle alors que nos deux héros s’offre une chute libre en voiture (et ce ne sera pas la dernière) après une cascade à bord d’un train de marchandises.
Véritable film pop-corn assumé et ambitieux, la franchise touche du doigt la bonne recette en proposant une comédie d’action frôlant l’overdose, contrant à merveille les films de super-héros qui se bousculaient salles, tout en réveillant son storytelling avec panache. Le public suit, comme le témoigne un box office qui passe de 363 millions de dollars pour FF4 à plus de 626 millions pour Fast Five. Dans une scène post-générique, Justin Lin tease le sixième opus avec la rencontre entre le personnage d’Eva Mendes (2 Fast 2 Furious) et Dwayne Johnson au sujet d’une étrange photo représentant… Letty, vivante !

Tic-toc, à peine deux ans plus tard, Justin Lin livre son dernier chapitre de la saga (pour l’instant) avec Fast and Furious 6. Grâce à l’argent de leurs derniers casses, les héros se sont éparpillés un peu partout dans le monde et vivent la belle vie, hin, comme quoi, être hors-la-loi c’est peut-être une bonne situation. Et patatras, le passé va revenir hanter puisque nos héros : Dom et Brian vont se retrouver pour enquêter sur la réapparition de Letty, grâce à la découverte de Hobbs (point people : Michelle Rodriguez est revenue à la demande de Vin Diesel, puisqu’en réalité son personnage avait été tué dans FF4 car l’actrice devait purger une peine de prison). Rapidement, la famille se réunit et c’est reparti pour une nouvelle traque afin de récupérer une Letty amnésique à la solde d’un dangereux mercenaire trafiquant, Owen Shaw (Luke Evans). Fast Five étant un des meilleurs chapitres à ce moment-là, Justin Lin sent bien que la barre est haute et met les bouchées doubles pour épater son public, surtout face à une concurrence de taille au cinéma (les super-héros). À travers une intrigue qui va les emmener à Londres, les personnages auront l’occasion de montrer que leurs forces ne résident pas uniquement dans leurs aptitudes à conduire vite, mais aussi dans l’art de la castagne et de monter des plans sacrément ingénieux pour faire tomber des méchants (ce que ni le FBI, la CIA, MI6 ou autres services secrets ne semblent capables de faire, apparemment). Si Michelle Rodriguez nous avait déjà prouvé qu’elle avait le crochet du droit facile, c’est face à Gina Carano que l’actrice va offrir une scène de combat jubilatoire dans le métro, tandis que les hommes de la bande ne manqueront pas de nous montrer leurs talents de combattants – enfin sauf Han et Roman, finalement. Ce n’est pas tout, en plus des « close combats », Fast and Furious 6 va oser des scènes d’actions ahurissantes aux ressorts aussi impossibles que jouissifs (comme rattraper des gens avec une voiture), jusqu’à un climax affolant sur la plus longue piste de décollage du monde, à bort d’un avion sur le point de décoller. Climax qui sera marqué par l’alliance des gros bras du film pour dézinguer du balourd, mais surtout par la mort d’un des membres de la famille, Gisele qui se sacrifie au grand dam de Han qui annoncera, par la suite, vouloir rentrer au pays (au Japon, donc, où on sait qu’il va mourir).
Mais au final, tout est bien qui finit bien : tout le monde rentre au bercail, Dom retrouve même son ancienne maison et échange de nana au passage : puisque Letty est revenue, ciao Elena (Elsa Pataky aka la femme de Chris Hemsworth, détestons cette veinarde deux secondes) qui le prend plutôt bien (même si on apprendra plus tard qu’elle est partie avec un petit souvenir de Dom…) Barbecue, vannes, clin d’oeil au premier film et clap de fin, on croirait presque à la fin de la franchise.
Oui mais non : vla-t-y-pas que le film balance une scène bonus qui revient sur les traces de Fast and Furious Tokyo Drift. À l’image, un Han agonisant, puis la révélation du prochain méchant incarné par Jason Statham, bien décidé à s’en prendre à Dom
Au fait, pour la case culture pop, c’est la chanteuse Rita Ora qui se prête au jeu du caméo dans une scène de course à Londres.

Toujours aussi bien réglé, c’est en 2015 que Fast and Furious revient pour un septième opus, réalisé par James Wan jusqu’alors plus connu pour ses films d’horreur (à l’époque Saw et Insidious…), même s’il avait prouvé qu’il pouvait s’illustrer dans un registre plus musclé avec l’excellent Death Sentence. Fast and Furious 7 est alors attendu pour de nombreuses raisons : 1 / depuis le cinquième volet, les films sont synonymes de cascades époustouflantes au WTF assumé et on en redemande ; 2/ Jason Statham, autre acteur qui s’est illustré dans les films d’action musclés, va faire face au duo Vin Diesel et Dwayne Johnson, donc forcément, ça fait baver n’importe quel amateur de blockbusters d’action ; et 3/ malheureusement, la sortie du film est aussi marquée par une perte tragique et bien réelle : la mort de Paul Walker, peu de temps avant la sortie du film.
Après avoir annoncé un reshoot de dernière minute en présence des frères de l’acteur disparu, le doute était permis : une saga aussi testostéronée que Fast and Furious saurait-elle faire ses adieux avec respect à l’acteur disparu ?
C’est dont le coeur gros que je suis allée voir le film, comme les quelques 4,6 millions de français qui se sont bousculés en salles. À ce jour, Fast and Furious 7 est toujours le meilleur succès de la franchise avec son 1,5 milliard de dollars au box office mondial.
Le film démarre fort avec l’introduction de Deckard Shaw (Jason Statham) qui, après avoir mis à feu et à sang à un hôpital, va s’en prendre à Luke Hobbs et le mettre KO ! Un choc pour la « famille », alors revenue aux Etats-Unis après avoir obtenu une amnistie (chhhhuuuut, ne posons pas de questions qui dérangent), mène encore – devinez quoi – la belle vie, jusqu’à ce que Shaw vienne s’en prendre à eux et qu’ils découvrent la mort de Han. Ni une ni deux, tout le monde se réunit pour l’affronter mais après un premier face-à-face musclé entre Dom et Shaw, de nouveaux joueurs intègrent la partie. Notons au passage que les deux nouveaux ennemis se sont rentrés dedans en voiture avant d’en venir aux mains (scène qui marque la fin d’une époque où les courses de voitures menaient la danse).
Bref, une mystérieuse organisation menée par l’énigmatique M. Personne (Kurt Russell en personne) vient chercher les faveurs de Dom et de son équipe pour retrouver un programme informatique, God’s Eye, capable de traquer n’importe qui n’importe où en se connectant à tout ce qui est numérique, promettant d’utiliser ce dernier pour aider Dom à retrouver Shaw (pour qu’il le bute. Voilà, sans pression, une organisation visiblement gouvernementale tolère le meurtre en échange de quelques menus services…). Blablabla tout le monde tombe d’accord, se retrouve et rigole (hahaha quel déconneur ce Roman), avant de monter un nouveau plan incroyable pour récupérer ce programme le fameux God’s Eye, alors détenu par des mercenaires.
Fast and Furious 7 ne faille pas à sa réputation, si les explications sont longues à retranscrire, le film ne perd pas de temps à entrer dans le vif du sujet afin de mettre ses héros à l’oeuvre. Nouvelle chute libre en voiture depuis un avion, un jeté volontaire dans une falaise et des acrobaties sur un bus sur le point de tomber d’une falaise après une séance de kung-fu contre Tony Jaa (Ong-bak, rien que ça), James Wan compile tant de moments « waouh » dès la première partie du film, qu’il est difficile de croire qu’il pourra faire mieux. Nous étions si naïfs… C’est à Abou Dabi que le film atteint son point culminant à travers LA scène la plus ahurissante de vol plané entre des grattes-ciel au volant d’une voiture de luxe. Une scène monumentale qui va marquer l’histoire de Fast and Furious et devenir le moment WTF à battre dans les suites. Mais en dehors de la compétition, on retiendra du film le sens du rythme et l’ambition maîtrisée de James Wan qui a su surdoser son film sans le rendre abrutissant (contrairement à Michael Bay et l’étouffant Transformers 4). L’exercice est souligné par une réalisation impeccable et ces moments de silence savoureux pour laisser le public gasper devant de belles prises de risques.
Au casting, on se bouscule pour être vu aau casting d’un Fast and Furious, quand les acteurs en vogue ne sont pas courtisés en amont. En effet, Jason Statham et Kurt Russell ne sont pas les seuls visages connus, d’autres vont s’ajouter à l’intrigue : Djimon Hounsou, Tony Jaa, la catcheuse Ronda Rousey ou encore Nathalie Emmanuel, tandis que les caméos pop seront assurés par Iggy Azalea et T-Pain. À noter également, le passage éclair de Lucas Black (Fast and Furious Tokyo Drift).
Après Fast Five, l’opus de James Wan injecte à nouveau du sang neuf en répondant à l’envie de spectacles de la part du public. Oubliées les courses de voitures et les camions braqués pour des télés/magnétoscopes, aujourd’hui nos héros sont appelés par des super organisations pour démanteler des réseaux internationaux, sous prétexte qu’ils pensent en dehors des clous. Why not… tant que le show est là.

Enfin, Fast and Furious 7 n’oublie pas la tragédie qui l’a touché en plein vol et rend un bel hommage à Paul Walker à travers une dernière course – le personnage de Brian étant incarné par des images d’archives morphées numériquement sur des scènes tournées par les frères de l’acteurs L’histoire annonce qu’il est temps pour Brian de se focaliser sur sa famille et d’arrêter de prendre des risques, refusant ainsi de tuer le personnage et d’ajouter un nouveau deuil à la famille. La chanson See You Again de Wiz Khalifa et Charlie Puth illustre à merveille les adieux de la franchise à l’un de ses personnages phares, tandis que le film se termine sur une dernière course entre le duo phare et la voix de Vin Diesel qui dit au revoir aussi bien à Brian qu’à Paul Walker. Si les deux acteurs ne se sont pas toujours entendus au cours des années, ils avaient finalement noués une vraie relation entre eux. Difficile de ne pas quitter le film avec l’œil un peu humide.

Contrat oblige, ou presque, la saga s’étoffe d’un huitième film sorti en 2017, réalisé cette fois par F. Gary Gray repéré grâce à NWA – Straight Outta Compton. Comme depuis Fast Five, Fast and Furious 8 ou F8te of the Furious (le son eight remplaçant le A de fate qui signifie destin, voilà, une petite leçon de phonétique, ça ne mange pas de pain) entend bien conserver son ADN à savoir le mélange entre l’honneur de la famille et l’action furibonde. Amputé d’un membre dont l’absence se fait sacrément sentir, le film tente le coup de la guerre civile en transformant son héros, Dom, en menace, permettant ainsi de replacer Hobbs au centre. F. Gary Gray, sur le scénario de Chris Morgan (scribe officiel de la franchise depuis Tokyo Drift), a la lourde tâche de redistribuer les cartes tout en jonglant avec les différents intrigues en sous-sols, comme la mésentente entre Vin Diesel et Dwayne Johnson hors caméra ou encore la tentative à peine voilée de remplacer Paul Walker par Scott Eastwood.
C’est donc l’arrivée de Cipher, une hackeuse hors pair et insaisissable incarnée par la belle Charlize Theron, que la menace – que dis-je – le passé refait à nouveau surface alors qu’elle annonce détenir l’ex-compagne de Dom, Elena (Elsa Pataky)… et son fils. Patatras, tout le monde se remet en branle (tant pis pour l’empreinte carbone) et c’est reparti pour un tour puisque Dom finit par trahir sa famille chérie au cours d’une mission top secrète. Un petit détour en prison permettra à Hobbs (soupçonné d’avoir aider Dom) de retrouver son amoureux secret, Deckard Shaw (le méchant du précédent opus, donc), puis, après une petit démonstration de muscu, ils s’échapperont au soleil levant… ou pas. En fait, poussés par M. Personne, Hobbs et ce qui reste de la « famille » de Dom vont faire équipe avec Shaw pour contrer leur ennemie commune (Cipher) et l’empêcher de choper les codes nucléaires (rien que ça).
Cependant, cette fois la magie ne prend pas complètement. Certes le film renoue avec ses codes, entre une course poursuite délirante à New York (ville à la circulation notoirement fluide, n’est-ce pas) puis sur la glace en Russie, F. Gary Gray redouble d’efforts pour nous faire décrocher la mâchoire jusqu’à introduire une scène avec un sous-marin. On pourrait dire trop c’est trop, mais bon, on va pas se mentir, après la scène des gratte-ciels dans Fast and Furious 7, il fallait bien viser plus haut (et puis on ne va pas voir un Fast and Furious pour du réalisme).
Ce qui se remarque dans ce film, c’est que l’harmonie entre les personnages est rompue : Brian faisait mine de rien le liant entre les muscles de Dom, le cerveau de Tej, la badasserie des uns et des autres, tout en tempérant la dose d’humour régressive apportée par Roman. Si la disparition de Han et Gisele a vite cicatrisé, il faut bien avouer que sans Brian, la répartition est plus compliquée et ce n’est pas la transparence de Scott Eastwood qui aide à faire passer la pilule. De plus, l’absence de Vin Diesel, trop occupé à jouer les méchants qui font la gueule (plus que d’habitude) ne passe pas inaperçue, surtout lorsque la lumière est mise sur la bromance flagrante entre Hobbs et Shaw. Ajoutons à cela la mise en scène brouillonne et grisâtre de F. Gary Gray et Fast and Furious 8 n’en finit plus de s’éloigner des éléments qui ont fait la gloire rutilante et m’as-tu-vue de la franchise.
Mais le public reste au rendez-vous, avec un peu plus d’1,2 milliard de dollars au box office et un démarrage en trombe lors du premier week-end. De quoi financer les neuvième et dixième opus prévus au contrat, mais il faudra attendre 2021 pour voir le chapitre réalisé par Justin Lin (le retour !) – sortie décalée à cause du Covid-19.

Mais en attendant l’histoire n’est pas finie : alors que nos as du volant sont devenus des experts en démantèlement musclé de complots internationaux, employés au black par le gouvernement, Fast and Furious a pondu un spin-off en 2019, axé sur le duo Luke Hobbs (Dwayne Johnson) et Deckard Shaw (Jason Statham). Leur alchimie a tellement plu dans Fast and Furious 8, que tout le monde est prêt à passer l’éponge sur le passé criminel de Shaw (qui a tué Han quand même !) alors que Hobbs était initialement introduit comme un super-flic intransigeant avec la justice (sauf quand il s’agit de Dom, obviously). En 2019, c’est donc David Leitch (John Wick 1, Atomic Blonde, Deadpool 2) qui livre Fast and Furious: Hobbs and Shaw, soit l’alliance d’anciens ennemis pour contrer un cyber-terroriste génétiquement modifié, incarné par Idris Elba, et sauver la sœur (humphf) de Deckard Shaw. Si l’ensemble a du potentiel et ne manque pas d’assurer le spectacle, on est tout de même loin de l’esbroufe usuelle des Fast and Furious tant cet opus se prend à la fois trop au sérieux et en même temps ne parvient pas à trouver la limite quand il s’agit de confronter les héros. En effet, avec ses vannes dignes d’un épisode de Yo Mama ! (vieille émission MTV à l’époque où MTV était encore cool), Fast and Furious: Hobbs and Shaw épuise plus qu’il n’amuse vraiment, tandis que Dwayne Johnson flatte son égo en emmenant le film sur sa terre d’origine, les îles Samoas, pour placer un petit haka des familles… sans pour autant réussir à se départir de son image de héros solennel incapable de se laisser aller pour servir une sous-intrigue amoureuse.
En voulant étendre la franchise, David Leitch livre certes un objet testostéroné, mais aussi resserré que poussif qui ne parvient pas à masquer le manque d’aboutissement des personnages finalement très caricaturaux. Je n’ai pas détesté, mais ça ne vaut pas… LA FAMILLE.

La franchise Fast and Furious a presque dix ans et n’est pas prête à donner le coup de frein final. Qui aurait pu imaginer à l’époque que le film de Rob Cohen aurait initié une telle saga qui a su s’adapter alors que le cinéma d’action a complètement été bousculé par l’arrivée des films de super héros. Au-delà du changement de réalisateur, c’est aussi l’effet de bande qui a permis de séduire le public, car malgré les facilités d’écriture, avoir autant de personnages à l’affiche permette d’édulcorer le ton. Du coup, même si chaque film semble de plus en plus over-the-top et qu’on attend le jour où nos héros seront envoyés dans l’espace parce qu’ils auront épuisés toutes les cascades possibles sur Terre, c’est bien le mélange d’humour, d’intrigues plus ou moins cohérentes et les millions de dollars engrangés qui permettent à la franchise d’assurer un show accessible et objectivement bien fichu. De plus, c’est aussi l’une des rares franchises bankables (pour ne pas dire la seule) dont les héros ne sont pas majoritairement caucasiens, ce qui rend Fast and Furious plus accessibles grâce à ses personnages qui nous ressemblent (plus ou moins).

S’il faut encore attendre pour découvrir le neuvième opus, décalé en 2021, il y a toujours la bande-annonce pour saliver d’impatience :

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