Lincoln : un biopic conformiste et fastidieux

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Comme toujours, le nouveau Steven Spielberg est toujours très attendu et encore plus lorsqu’il sort de sa zone de confort. Ajoutons à cela les 12 nominations reçues aux Oscars 2013 et tout cela fait de Lincoln un des films les plus prometteurs de ce début d’année. Oui mais voilà, en s’attaquant à l’adaptation des derniers mois de la vie de ce légendaire Président, on était en droit de s’attendre à un mélange savant entre conspirations politiques et retranscription innovante de la guerre de Sécession qui faisait rage à ce moment là. Malheureusement pour nous les Frenchies, Spielberg a préféré s’attarder sur les longs (très longs) échanges politico-sociaux entre Lincoln et ses pairs, pour transformer son œuvre en un biopic conformiste au traitement romancé et nébuleux ayant des allures de documentaire… Dommage, car le film se distingue largement par sa réalisation fluide et maîtrisée, ainsi que par une photographie léchée et sophistiquée, qui confère à Lincoln une classe et une élégance indiscutable et universelle.

Pitch : Dans une nation déchirée par la guerre civile et secouée par le vent du changement, Abraham Lincoln met tout en œuvre pour résoudre le conflit, unifier le pays et abolir l’esclavage…

Lincoln est avant tout une oeuvre empreinte de respect, à la gloire d’un des Présidents les plus emblématiques des Etats-Unis, qui a marqué l’histoire de tout un pays en faisant voter l’abolition de l’esclavage. Il était temps de remettre les pendules à l’heure afin d’éviter que les jeunes d’aujourd’hui gardent en tête l’idée qu’Abraham Lincoln était un chasseur de vampires durant son temps libre !

Steven Spielberg met donc en lumière une partie de l’Histoire américaine chargée d’émotions et de douleurs avec beaucoup de maîtrise et de retenue. Si bien, d’ailleurs, qu’on en oublierait presque la mocheté de cette époque, encrassée par une partie du pays approuvant l’esclavage, perpétuant une tradition immonde. Dans un décor désœuvré et déchiré, à l’atmosphère pesante, on découvre un Président concerné, proche du peuple (que l’on devine mais que l’on voit peu) et déjà animé par une volonté de fer qui a tendance à renvoyer une certaine froideur à l’égard des inquiétudes de ses proches. Après une ouverture mêlant violence et gravité, Lincoln nous plonge au cœur des nombreuses joutes oratoires tendues qui rythmeront le film de bout en bout. Une écriture précise qui se veut fidèle aux événements, mais qui pourrait rapidement devenir un obstacle face à l’intérêt du public, d’une part à cause de la complexité d’un sujet qui ne nous est pas familier, mais aussi à cause du nombre interminable de protagonistes. Devant cette avalanche d’informations, nous voilà enfermés dans une sorte de huis-clos verbeux, le film déroute parfois et on a souvent du mal à si retrouver.

Heureusement, Steven Spielberg est aux manettes et réussit à capter l’attention grâce à une réalisation académique et maîtrisée. Il n’hésite pas à s’attarder sur certains passages, pour tenter d’améliorer la lecture du film qui n’est, il faut l’avouer, pas accessible à tous. Cependant, toute cette mise en scène, aussi calibrée soit-elle, agit finalement comme un cache-misère afin de mettre en valeur la sagesse et la volonté d’un Président intouchable et ainsi d’éviter d’appuyer le doigt là où ça fait mal : la corruption et les conditions de vie des esclaves (et des Noirs en général).
Plutôt linéaire, Lincoln refuse de se réfugier dans l’action et les rebondissements pour abreuver le public de détails aseptisés, dans une histoire dont on connait déjà l’issue. Trop de discours et pas assez d’action pourrait-on le résumer, finalement Lincoln prend toute son ampleur au cours d’une scène cruciale qui compte à elle-seule toute la tension du film. Par conséquent, le film est long, très long. On finit par perdre le fil au milieu de tout ce blabla, l’envie de piquer du nez n’est pas loin.
De plus, il est dommage de constater que Spielberg n’a pu s’empêcher de céder aux appels des sirènes patriotes. Alors que Lincoln brille par sa constance en délivrant sobrement un message suffisamment symbolique pour être exacerbé, le film se conclue par une fin honteusement clichée, qui aurait pu être raccourcie d’une bonne quinzaine de minutes.

Coté acteurs : Daniel Day-Lewis (ayant récemment reçu le prix du meilleur acteur aux Golden Globes 2013) est magnifié par une caméra qui le suit à la trace et livre ici une prestation remarquable, en incarnant parfaitement Abraham Lincoln tel qu’on se l’imagine, avec humilité et superbe. Entouré d’un casting essentiellement masculin, on y retrouve notamment Tommy Lee Jones dans un rôle surprenant, mais aussi David Strathairn qui réussit à s’imposer aux cotés du charismatique Président. Étonnement, Joseph Gordon-Levitt ne fera qu’un passage brouillon et très en deçà de nos espérances. Sally Field, quasiment la seule femme du casting n’est pas en reste et apporte une dose de douceur malheureusement écrasée par les ambitions politiques et militaires des hommes qui l’entourent.

En conclusion, le biopic de Steven Spielberg se révèle peu convaincant, plus informatif que divertissant, et souffre surtout d’un scénario bavard et parfois soporifique. Bien que porté par un ensemble prestigieux, Lincoln est finalement trop lisse et trop propre sûr lui, alors que son sujet aurait peut-être mérité un traitement plus franc et plus honnête.

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