La vie d’Adèle : Touchant et sensible, mais bien trop long

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Long. Voilà le premier qualificatif qui me vient à l’esprit quand je pense à La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche. C’est long, beaucoup trop long pour exprimer très peu de choses finalement. Une histoire d’amour alanguie sur un sujet qui ne révolutionne plus depuis longtemps, accompagnée par une mise en scène passable, les points positifs sont rares… Malgré tout, la sensibilité à fleur de peau d’Adèle Exarchopoulos offre de jolis moments d’émotions et même si le tournage du film a, semblerait-il, été difficile, La Vie d’Adèle se laisse regarder avec une pointe d’admiration et un léger pincement au cœur pour cette histoire d’amour, finalement, comme les autres.

Le pitch : À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve…

Abdellatif Kechiche, l’homme aux deux César (L’esquive en 2005 et La graine et le mulet en 2008), nous revient avec La vie d’Adèle, déjà récompensé au Festival de Cannes, adapté d’une bande dessinée de Julie Maroh. Malgré le fait que l’histoire sente le déjà-vu, il faut admettre que La Vie d’Adèle a le mérite de ne pas s’attarder sur de la revendication vaine ou l’appartenance quelconque à un groupe. Il s’agit bien ici d’une histoire d’amour et du passage à l’âge adulte, passant par la découverte d’une orientation sexuelle « différente ». Le film s’ouvre sur Adèle, une jeune fille tout ce qu’il y a de plus ordinaire, répondant à l’idée que l’on se fait de la normalité et évoluant dans un groupe de copines dominées par une mini-tyran, probablement encore plus mal dans sa peau. La vie d’Adèle bascule dès le premier jour où ses yeux se posent sur Emma. Au-delà de l’homosexualité (jamais affirmée, par ailleurs), la caméra de Kechiche scrute sa nouvelle muse, Adèle, dans les moindres détails, suivant attentivement la transformation de la gamine gauche en femme adulte. Loin des étiquettes, La Vie d’Adèle ne s’intéresse pas aux sexes de ses protagonistes mais à la force de leurs sentiments et de leurs passions. Tel un hymne à l’amour, le vrai, celui qui nous grandit et nous fait avancer, La vie d’Adèle dépeint une tranche de vie authentique, vibrante d’émotions et d’une poésie presque palpable. Kechiche nous offre des scènes d’une force presque viscérale, riche en émotions, grâce, notamment, à l’interprétation parfois bouleversante et criante de vérité d’Adèle Exarchopoulos.

Malheureusement, pour quelques séquences superbes, il faut également composer avec de longs moments vides d’intérêt et soporifiques. C’est le risque quand un film prend 3 heures pour narrer ce qui pourrait tenir dans un format de 90 minutes (120, maxi). Et oui, La Vie d’Adèle est long… très long… trop long et aurait mérité de nombreuses coupes. A force de trop vouloir entrer dans le détail, La Vie d’Adèle s’évertue à suivre étapes par étapes l’évolution précise des états d’âme de son héroïne et finalement cela se traduit le plus souvent par des gros plans interminables sur le visage (ou partie) en larmes ou amorphe d’Adèle. Un choix aussi éprouvant que désagréable pour le public, car Kechiche impose une proximité souvent douteuse avec les personnages de son film, allant jusqu’à filmer une intimité dont, personnellement, je me serai bien passée. Le sexe doit-il être toujours aussi explicite ? Pour La Vie d’Adèle, il semblerait que oui, car entre un sexe en érection (aussi furtif soit-il) et des actrices qui ont le nez très visiblement collé sur les parties intimes de leurs partenaires, Kechiche a tendance à oublier que parfois il vaut mieux suggérer les choses… Comme le font la plupart des films qui sortent aux cinémas à ce jour d’ailleurs. Choix artistique, au regard de l’esthétisme travaillé de ces fameuses scènes ou, oserai-je, manque d’imagination concernant la façon de traduire la passion, l’amour et le don de soi ? Kechiche remplit le vide par de la provocation vaine où la longueur de ces scènes de nudité, souvent passivement agressives, viennent finalement gâcher le tout, voire déranger. Cependant, La Vie d’Adèle est déjà bien alourdie par une ambiance généralement assez prétentieuse, fondu dans un univers simili-arty à tendance bobo où les personnages s’écoutent parler en récitant du Sartre ou en dissertant autour des peintures de Gustav Klimt, au cours de dialogues ampoulés et empruntés. A la liste des bémols viennent s’ajouter un problème de temporalité, du changement de chapitre qui passe inaperçu (le look ne suffit pas à faire croire aux années qui passent) au bond de 3 mois en avant, glissé nonchalamment mais qui ne fonctionne pas.

Objectivement, La Vie d’Adèle reste un film intéressant et sensible sur la vie d’une jeune femme qui grandit et mûrit grâce à l’amour, peut-être de manière plus forte car c’est un amour encore tabou (même en 2013). En dehors de la présence subtile de la couleur bleue qui se fonce au fur et à mesure que le film avance, la réalisation d’Adbellatif Kechiche ne sort pas vraiment de l’ordinaire et si le film à tendance à s’éterniser inutilement, La Vie d’Adèle a toutefois l’avantage de ne pas chercher à stigmatiser l’homosexualité pour mieux se focaliser sur l’essentiel, à savoir la beauté de l’amour dans la banalité de tous les jours. La vie d’Adèle est donc, selon moi, une réussite mitigée, qui aurait méritée de paraître dans un format plus court et plus affûté. De plus, la mauvaise publicité autour des conditions de tournage du film ont tendance à affecter notre perception du film, où on se demande parfois si les larmes des actrices sont feintes ou bien réelles… dommage.

Au casting, découvrons la superbe Adèle Exarchopoulos (aperçue dans Tête de Turc en 2009, puis La Rafle en 2010), LA révélation du film qui, malgré son nez qui coule (abondamment), semble carrément habitée par le personnage dont elle partage le nom. A ses cotés, Léa Seydoux (Belle Épine, Les Adieux à la Reine…) continue de chercher la lumière mais malgré quelques expressions faciales convaincantes, ce n’est malheureusement pas encore ça car la petite-fille du président de Pathé ne parvient toujours pas à se défaire de son sempiternel air blasé.

En conclusion, La Vie d’Adèle est drame sensible et touchant, narrant les affres du premier amour au-delà des étiquettes sociales. Malgré cette peinture poétique et bleutée, on est bien loin du chef d’œuvre annoncé : 3 heures, désolée mais c’est beaucoup trop long car l’émotion finit par se perdre, la beauté s’affadit et il ne reste plus la réalité d’une vie lambda, qui ne vaut pas vraiment le déplacement. Le director’s cut avec les 40 minutes supplémentaires, ce sera sans moi.

T'as pris du poids ? C'est pas grave, on voit que nos têtes dans le film, relax...

T’as pris du poids ? C’est pas grave, on voit que nos têtes dans le film, relax…

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