Rattrapage 2013 : Alabama Monroe [Coup de cœur]

AlabamaMonroe

Le pitch : Didier et Élise vivent une histoire d’amour passionnée et rythmée par la musique. Lui, joue du banjo dans un groupe de Bluegrass Country et vénère l’Amérique. Elle, tient un salon de tatouage et chante dans le groupe de Didier. De leur union fusionnelle naît une fille, Maybelle…

Une merveille. Le film Alabama Monroe est une pure merveille.
Adapté d’une pièce de théâtre, le film de Felix Van Groeningen (La Merditude des Choses, 2009) touche en plein cœur par son histoire simple et authentique, aussi belle que cruelle. Rappelant parfois des films comme Once de John Carney (2006) ou Blue Valentine de Derek Cianfrance (2010) dans sa construction, Alabama Monroe va bien plus loin, puisant son émotion dans ce qu’il y a de plus vrai, la vie avec un grand V, dans toute son entièreté, du début jusqu’à l’inéluctable fin.
Dès l’ouverture, Alabama Monroe nous transporte à travers une rencontre, puis grâce à la découverte d’un univers atypique quelque part dans la campagne flamande bercée par le bluegrass. On prend plaisir à découvrir ce couple puis cette petite famille, nourrie par l’amour, la musique et l’amour de la musique. Rapidement, grâce à une superposition de scènes opposant les moments-clé de l’histoire, voyageant entre le présent et le passé, une tension apparaît, avertissant que cette bulle de bonheur va bientôt éclater. Sans aucune lourdeur ni pathos, Alabama Monroe bascule petit à petit dans une spirale infernale, où le bonheur se transforme en désespoir et où des émotions diamétralement opposées cohabitent, presque avec violence. Avec une aisance étonnante, le film oscille entre des moments de bonheur lumineux et des scènes d’une tristesse et d’une mélancolie d’une noirceur opaque. Une approche brute et transparente qui ne laisse finalement filtrer que la beauté et la dureté du film.
Felix Van Groeningen explore, à travers son film et ses personnages déchirants, les vérités et les injustices de la vie, cette vie qui ne tient qu’à un fil, cette vie cruelle qui ne respecte pas l’ordre naturel des choses, cette vie qui rappelle à l’ordre en remettant en cause fois et croyances, quelques soient leurs natures. Entre colère et frustration, les personnages d’Alabama Monroe feront face à un malheur dense, un puits sans fond devant lequel il n’y aura qu’un choix possible : s’y enfoncer ou le contourner et continuer d’avancer coûte que coûte.

Dire qu’Alabama Monroe est bouleversant est un véritable euphémisme tant le film prend aux tripes, notamment grâce à l’immense pudeur du film. Felix Van Groeningen ne va, à aucun moment, chercher à nous émouvoir à travers du pathos calculé. C’est justement dans la retenue que les moments les plus durs se déroulent, permettant alors ce réalisme percutant qui donne à Alabama Monroe toute sa beauté et l’impression d’être presque aux cotés des personnages.
Rythmé par une bande originale envoûtante, permettant également de faire découvrir le bluegrass de The Breakdown Circle Band mené par Bjorn Eriksson (écoute gratuite ici), Alabama Monroe nous berce par ses mélodies qui, au fur et à mesure que le film prend un ton plus sombre, finissent par avoir une résonance douloureuse. C’est le souffle court qu’on aborde la dernière partie d’Alabama Monroe, le dernier acte inattendu qui viendra conclure cette œuvre magnifique, brillante et sensible.

Coté casting : Veerle Baetens (plus connue à la télévisions dans Code 37 ou Sara, la version flamande d’Ugly Betty) est superbe, crédible et incroyablement émouvante. A ses cotés, Johan Heldenbergh (La Merditude des Choses, 2009) est impressionnant dans ce rôle à fleur de peau. Ce duo irradie l’écran grâce à leur performance d’une justesse incroyable.

En conclusion, Alabama Monroe a déjà de nombreuses récompenses aux compteurs et une nomination aux Oscars 2014 dans la catégorie « Meilleur film en langue étrangère ». C’est entièrement mérité, Felix Van Groeningen, jeune réalisateur de 36 ans, offre un merveilleux film, aussi puissant que déchirant, doté d’une finesse maîtrisée (là où un film américain aurait sombré dans le mélodrame larmoyant) et d’une maturité étonnante. Malgré le ton très dramatique du film, Alabama Monroe réussit à garder une note positive jusqu’au bout, pleine d’amour et presque de gratitude, tout en continuant de hanter les esprits longtemps après. Magnifique.

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