Rattrapage 2014 : Saint Laurent, de Bertrand Bonello

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Le pitch : 1967 – 1976. La rencontre de l’un des plus grands couturiers de tous les temps avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact.

Quelques mois après le film Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, c’était au tour de Bertrand Bonello (L’Apollonide : Souvenirs de la maison close…) de proposer sa version du biopic autour de la vie tumultueuse du célèbre créateur français. Là où le premier film se démarquait par son élégance feutrée (mais barbante), relatant les débuts du couturier jusqu’à ses années folles, le film de Bertrand Bonello entre dans le vif du sujet.
Au milieu des années 70, Saint Laurent dépeint un artiste désabusé et déjà abîmé par ses excès, enchaînant les soirées VIP et les scènes superposées de défilés de mode. Dès les premiers minutes, il faut apprendre à composer avec un personnage décalé, qui a tendance à la bouderie et surtout… à s’écouter parler. En effet, Saint Laurent est surtout une avalanche de dialogues d’une platitude sans borne, oscillant entre élucubrations imbibées et vagues monologues pseudo-philosophiques si tirés par les cheveux qu’ils se vident de sens. On s’ennuie beaucoup pendant ces deux heures et demie décousues (!) qui n’en terminent jamais, entre flashbacks et flashforwards sans queue ni tête.
Saint Laurent passe à coté des belles heures de son héros et préfère remuer la poussière et les détails scabreux qui entachent la vie d’Yves Saint Laurent. Si le film n’a pas eu l’approbation de l’entourage du couturier, ni l’encadrement de Pierre Bergé (comme a pu en bénéficier le film de Jalil Lespert), en voyant Saint Laurent, on peut tout à fait comprendre pourquoi. Saint Laurent ne raconte pas grand chose, le film se repose entièrement sur un Gaspard Ulliel emprunté qui ménage ses effets, entre minauderie et répliques murmurées du bout des lèvres, tandis que le film présente un Pierre Bergé manipulateur et détestable.

Forcément, le film de Jalil Lespert étant sorti avant, la comparaison est inévitable. Si Yves Saint Laurent était ennuyeux comme la pluie, il avait l’avantage de raconter une véritable histoire, avec un début, un milieu et une fin, tandis que l’élégance et l’esthétisme sophistiqué du film, ainsi que le talent du jeune Pierre Niney, parvenaient à rattraper l’ensemble de justesse. Dans Saint Laurent, on se retrouve devant un film pompeux, faussement intellect et vraiment hautain, rassemblant tout ce que je déteste dans ce genre de cinéma un poil bobo, soi-disant arty mais véritablement mis en œuvre par des personnes bien trop sûres d’elles. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’oser le full frontal, de montrer un couple homosexuel ou de dévoiler le parcours trash d’une icône pour faire un film, Saint Laurent manque de substance et ne fait qu’observer un petit monde qui tourne en rond, sans vraiment s’intéresser à l’homme au centre du film. Chez Bonello, Yves Saint Laurent aurait simplement pu faire partie de la jet-set et l’histoire serait inchangée. Dommage.

Au casting, alors qu’il se fait rare au cinéma, c’est vraiment dommage de retrouver Gaspard Ulliel (Tu honoreras ta mère et ta mère, L’art d’aimer, La princesse de Montpensier…) dans un tel film. Si sa performance est intéressante, ses airs empruntés font plus penser à la caricature qu’au jeu authentique. À ses cotés papillonnent un Jérémie Renier (La confrérie des larmes, Cloclo, Possessions…) qui a déjà fait bien mieux, un Louis Garrel (La Jalousie, Un Château en Italie…) toujours aussi méprisant et une Léa Seydoux (La belle et la bête, La vie d’Adèle…) au capital sympathie toujours aussi inexistant. Seules bouffées d’air frais, Amira Casar (Pas son genre, Michael Kohlhaas…) et Aymeline Valade (Riviera…) apportent une féminité raffraichissante et jamais surfaite.

En conclusion, si Bertrand Bonello n’a pas bénéficié du même soutien que le film de Jalil Lespert, aucun des deux films n’a, selon moi, su créer une œuvre attachante autour de ce personnage si contrasté. Cependant, après un Yves Saint Laurent réussissant à s’en sortir grâce à sa photographie élégante et un casting touchant, Saint Laurent, lui, reste une tentative pseudo-arty, jalonné par des dialogues insipides et un casting hautain. Les César 2015 ont tranché : Pierre Niney était plus convaincant chez Jalil Lespert, tandis Saint Laurent est reparti avec le prix des Meilleurs Costumes. Sachant que la marque a fermé ses portes aux films, c’est plutôt intéressant. À éviter quand même, car ce sont 2h30 que vous ne reverrez jamais.

Et dire qu'il n'y avait même pas Twitter à cette époque #ennui

Et dire qu’il n’y avait même pas Twitter à cette époque #ennui

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