[Coup de cœur] La Belle et La Bête : Magnifique et envoûtant !

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Magique et fantastique, cette nouvelle adaptation de La Belle et La Bête est d’une beauté renversante et spectaculaire. Christophe Gans nous livre un film visuellement proche de l’œuvre d’art tout en restant fidèle au conte classique, permettant de redécouvrir l’histoire sous un nouvel angle, à mi-chemin entre la modernité et la féerie. Une véritable réussite, qui pourrait (et devrait) bien être la pierre angulaire d’un nouveau cinéma fantastique français. Bravo !

Le pitch : 1810. Après le naufrage de ses navires, un marchand ruiné doit s’exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux se trouve Belle, la plus jeune de ses filles, joyeuse et pleine de grâce. Lors d’un éprouvant voyage, le Marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose. Se sentant responsable du terrible sort qui s’abat sur sa famille, Belle décide de se sacrifier à la place de son père. Au château de la Bête, ce n’est pas la mort qui attend Belle, mais une vie étrange, où se mêlent les instants de féerie, d’allégresse et de mélancolie.Chaque soir, à l’heure du dîner, Belle et la Bête se retrouvent. Ils apprennent à se découvrir, à se dompter comme deux étrangers que tout oppose. Alors qu’elle doit repousser ses élans amoureux, Belle tente de percer les mystères de la Bête et de son domaine. Une fois la nuit tombée, des rêves lui révèlent par bribes le passé de la Bête. Une histoire tragique, qui lui apprend que cet être solitaire et féroce fut un jour un Prince majestueux. Armée de son courage, luttant contre tous les dangers, ouvrant son cœur, Belle va parvenir à libérer la Bête de sa malédiction. Et se faisant, découvrir le véritable amour…

Alors que les films fantastiques sont peu courant en France et que les studios américains ne cessent de revisiter les contes (de fée) en transformant les récits, Christophe Gans (Crying Freeman, Silent Hill, Le Pacte des Loups…), lui, décide de remettre au goût du jour un grand classique, l’histoire de La Belle et La Bête, déjà adaptée en 1946 par Jean Cocteau, puis, entre autres, par Disney en 1991.
Bien au fait du succès inimitable du premier film, Gans choisit d’adapter l’histoire du point de vue de Belle, mettant en lumière les événements survolés volontairement par le film de Cocteau (plus axé sur la Bête) et en s’inspirant de la version longue du conte écrite par Madame de Villeneuve.

La première chose qui saute au yeux en voyant le film, c’est surtout sa beauté époustouflante ! L’univers de La Belle et la Bête oscille entre plusieurs époques grâce à des décors somptueux et une photographie à couper le souffle. Dès les premières minutes, on est emportés par la magie du film, littéralement envoûtant, reléguant presque l’histoire même du film au second degré tant on est happés par la qualité esthétique impressionnante de l’image, du moindre détail à la plus pétillante des fantaisies… N’ayons pas peur des mots, Christophe Gans réalise une véritable œuvre poétique et visuelle, à mi-chemin entre le tableau de maître et la magie fantastique ! Cinéphile averti et amateur de jeux vidéos, Gans nous avait déjà époustouflé à travers l’univers stylisé de Silent Hill, ici le réalisateur continue de laisser parler son imagination au gré de ses nombreuses influences, du cinéma d’animation (Hayao Miyazaki) au jeux vidéos en passant évidemment par le cinéma fantastique et ses créatures (Legend, de Ridley Scott). Aidé par une armada d’artistes, du chef décorateur Thierry Flamand (Heavy Rain) à plus de 600 infographistes qui ont travaillé sur le film, Gans imprègne son film d’univers multiples ce qui le rend toujours plus fascinant et hypnotisant. Un véritable travail d’orfèvre, puisqu’une grande partie du film a été tourné en « fond vert ».
Combo hallucinant entre le cinéma moderne et avant-gardiste, une bonne dose de magie et de fantaisie, tout en évoluant dans des décors variés, recherchés et somptueux, La Belle et la Bête est un film d’une rare qualité graphique et subjugue totalement. Si bien que, même si tout le monde (ou presque) connait l’histoire, Gans nous permet de redécouvrir le conte sous un nouveau jour, en couleurs et plein de féerie.

En effet, le réalisateur avait tout intérêt à nous surprendre. Déjà, le cinéaste respecte scrupuleusement le conte et crée un film finalement complémentaire à celui de 1946, se servant de Belle pour tisser son histoire, avec un pied dans le présent et un autre dans le passé. En effet, l’intrigue suit deux histoires parallèles en nous permettant de comprendre d’où vient la malédiction de la Bête à travers les rêves de Belle, suscitant alors plus d’empathie à son égard. En exploitant les parts d’ombres laissées par Cocteau, Gans étoffe son histoire et donne plus d’envergure et de justification aux actions de chaque personnage. C’est donc avec un intérêt grandissant que l’on suit le parcours de Belle et sa rencontre avec cette Bête solitaire et au caractère orageux, tandis que le film lève le mystère sur le passé de cette créature. Le film est constamment en équilibre entre le réel et le surnaturel, n’hésitant pas à développer la partie sur les nymphes et autres Dieux mystiques, sans jamais perdre une once de crédibilité. À la fois classique et fantastique, La Belle et La Bête parvient à réutiliser les codes des contes avec ses personnages caractéristiques (une mère disparue, un papa gâteau, la chute sociale et un vilain borné et antipathique…) sans que cela paraisse surfait ni dépassé.

Finalement, Christophe Gans nous offre un remake très généreux et ambitieux de La Belle et la Bête car en plus de l’histoire touchante et captivante, le film est un véritable plaisir pour les yeux. De plus, la bande originale du film colle parfaitement aux événements dramatiques, donnant toujours plus de force à chaque scène, notamment celle où le Marchand arrive devant le château ou l’apothéose saisissante des scènes finales.
Malgré tout, quelques bémols sont à noter. Probablement dû au fait que plus de la moitié du film est été tournée en studio devant un fond vert, certains acteurs ont tendance à avoir un jeu trop théâtral voire maladroit, que ce soit dans la gestuelle ou dans l’intonation. Du coup, en ajoutant à cela le phrasé des dialogues, les personnages secondaires manquent parfois de naturel, en opposition avec cette Bête hyper réaliste et convaincante. Et il faut avouer que l’aspect romantique du film laisse parfois à désirer. En effet, si Gans a su équilibrer les deux parties de son film, évitant ainsi pas mal de longueur concernant ce duo fantastique, il manque la petite étincelle qui rendrait plus crédible l’affection de la Belle envers la Bête.

Toutefois, ce ne sont que des détails. La Belle et la Bête est un film d’une qualité exceptionnelle, où chaque élément visuel, du moindre décor aux petits Tadums, en passant – il faut le dire – par des costumes d’époques superbes, donne vie et ampleur à cette histoire fantastique et à la romance pleine de poésie, nous faisant retomber en enfance et forçant l’admiration. Le film de Christophe Gans se démarque complètement du film de Jean Cocteau – et si la comparaison est inévitable, c’est avant tout un hommage avoué et assumé – et propose une vision inédite, réfléchie et très personnelle de ce conte superbe.

Au casting, Léa Seydoux (Belle Épine, Les Adieux à la Reine, La Vie d’Adèle – Chapitre 1 et 2) apparaît sous les traits de Belle, elle a le physique de l’emploi et un talent naturel, mais elle a tendance à conserver un air rigide et souvent inexpressif, ce qui ne la rend pas toujours sympathique (voire légèrement prétentieuse. Heureusement, Vincent Cassel (Le Pacte Des Loups, Black Swan, Trance…) monopolise toute la tension et relève l’exploit d’être toujours aussi convaincant alors qu’on ne voit pas son visage pendant la plus grande partie du film. Grâce à sa voix – reconnaissable entre mille (la saga L’Âge de Glace) – et une carrière marquée par le mime et le théâtre, Vincent Cassel relève le défi haut la main et incarne une Bête aussi médusante et effrayante que touchante et féline. Un travail remarquable, étant donné qu’il a dû tourner deux fois. En effet, pour créer la Bête, le visage de la créature a été entièrement créée avec des effets spéciaux (pas de séances de maquillage, ni de collage de poil pendant des heures), dans un premier temps l’acteur a joué en costume tout en devant prendre en compte la future stature imposante et le large visage de la Bête, puis il est retourné en studio pour rejouer le personnage une seconde fois pendant qu’une caméra captait des milliers de points sur son visage. Ces points ont ainsi servi à apposer le visage de la Bête sur celui de Vincent Cassel, de façon numérique. Un double effort dont le résultat est entièrement transparent qui prouve, si c’était encore nécessaire, que Vincent Cassel reste un acteur français surprenant et multiple.
Autour, nous retrouvons également l’espagnol Eduardo Noriega (L’Échine du Diable, La Méthode, Le Dernier Rempart…) et André Dussollier (Associés Contre Le Crime, Les Reines du Ring…), dans des rôles secondaires mais tout aussi intéressants. Seule erreur ombre au casting, la présence ponctuelle, mais crispante d’Audrey Lamy (Tout ce qui brille, Plan de Table, Scènes de ménage…) !

En conclusion, Christophe Gans fait un immense pied-de-nez aux studios américains qui s’évertuent à réadapter les contes en réécrivant leurs histoires (Blanche-Neige et le Chasseur de Rupert Sanders en tête de liste) et prouve qu’il est possible de les remettre aux goûts du jour, avec beaucoup d’inspiration, d’imagination… et de travail. La Belle et La Bête en est une preuve parfaite, une œuvre visuellement spectaculaire qui sublime une histoire déjà extraordinaire et intemporelle. À voir, sans aucune hésitation !

Comment ça c'est pas le plateau du Petit Chaperon Rouge ?

Comment ça c’est pas le plateau du Petit Chaperon Rouge ?

La Belle et La Bête continue d’inspirer les cinéastes ambitieux, puisqu’en 2012 l’esthète et génialissime Guillermo Del Toro (Pacific Rim) avait annoncé son intention de réaliser sa propre version avec Emma Watson (Harry Potter, The Bling Ring, Le Monde de Charlie…) dans le rôle de Belle. Le Labyrinthe de Pan, Hellboy 1 et 2… Le réalisateur mexicain est un habitué des fresques fantastiques majestueuses et la confrontation de ces deux versions sera, certainement, très intéressante ! D’ailleurs, pourquoi ne pas travailler à nouveau avec Eduardo Noriega sur ce projet, 13 ans après L’Échine du Diable ? Affaire à suivre !

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