[CRITIQUE] La Vache, de Mohamed Hamidi

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Dans le registre des films qu’on attend pas et qui créent la surprise, j’ai nommé La Vache de Mohamed Hamidi. Voici une vraie comédie qui séduit grâce à sa simplicité et son humour bon-enfant, dépeignant une France que l’on voit peu au cinéma et menée tambour battant par un Fatsah Bouyahmed irrésistible. Rires et bonne humeur sont au rendez-vous dans un film à ne pas manquer.

Le pitch : Fatah, petit paysan Algérien n’a d’yeux que pour sa vache Jacqueline, qu’il rêve d’emmener à Paris, au salon de l’Agriculture. Lorsqu’il reçoit la précieuse invitation devant tout son village ébahi, lui qui n’a jamais quitté sa campagne, prend le bateau direction Marseille pour traverser toute la France à pied, direction Porte de Versailles. L’occasion pour Fatah et Jacqueline d’aller de rencontres en surprises et de vivre une aventure humaine faite de grands moments d’entraide et de fous rires. Un voyage inattendu et plein de tendresse dans la France d’aujourd’hui.

Très franchement, je suis allée voir ce film à reculons. Je m’attendais à une comédie un peu beauf qui surferait sur des clichés campagnards réchauffés en se moquant à la fois des blédards et des paysans pour faire ricaner la populace. Bien confortée dans mes préjugés, j’ai observé le début du film du coin de l’œil en attendant le moment qui me donnerait enfin raison… jusqu’au moment où je me suis surprise à sourire, puis à rire ouvertement. Mais pourquoi tant de méfiance ?
Récompensé trois fois au Festival d’Alpes d’Huez 2016, le deuxième film de Mohamed Hamidi (Né Quelque Part) part pourtant avec un handicap intéressant : si le Festival a accompagné certains succès du cinéma français (Bienvenus chez les Ch’tis, La Cage Dorée, Starbuck, Tout Ce Qui Brille…), ce ne sont pas forcément des films qu’on a envie de voir représenter notre cinéma (Supercondriaque, Situation Amoureuse : C’est Compliqué…). Du coup, le regard posé sur La Vache est clairement dubitatif, car on se demande si le film misera sur de l’humour grossier et racoleur ou si, par miracle, il y aurait de la finesse et de la fraîcheur dans un ensemble si rural.

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Et bien finalement, La Vache est une bonne surprise. En suivant le parcours du héros, Fatah, sur les routes en direction du Salon de l’Agriculture, accompagné de sa jolie vache, le film part à la découverte d’une France profonde et rurale, étoffée par des rencontres chaleureuses et des (més)aventures hilarantes. Grâce à un personnage foncièrement bon et à la candeur attachante, le film adopte une tonalité conviviale qui réchauffe l’ensemble, transformant chaque étape en un moment de partage salutaire. Mohamed Hamidi mise sur le choc des cultures sans pour autant forcer le trait sur les différences de ces personnages, mais plutôt sur ce qui les rassemble, entre nostalgie et tendresse. La Vache possède un charme conquérant et un humour efficace et accessible qui fonctionne parce que le film ne cherche jamais à se moquer de ses personnages. En effet, le réalisateur pose un regard bienveillant sur ses personnages, peu importe le milieu social dont ils sont issus, pour créer un ensemble fédérateur et touchant qui s’étoffe jusqu’à un final certes attendu mais réussi. La Vache respire la bonne humeur et assume son aventure romancée (le réalisateur confie avoir supprimé une scène où son héros est confronté à des racistes – un choix judicieux qui aurait fait l’effet d’une fausse note dans le film), préférant ainsi mettre en avant le bon coté des gens. La Vache est finalement un film qui fait du bien, à la fois drôle et touchant grâce à une approche simplette et sans prétention.

Au casting, si le film mise sur les noms de Jamel Debbouze (Pourquoi J’ai Pas Mangé Mon Père, La Marche…) – pour une fois pas trop lourd dans une comédie – et de Lambert Wilson (Suite Française, Enragés…) – toujours impeccable, c’est sans hésitation Fatsah Bouyahmed qui porte le film, en incarnant un personnage touchant, dont la candeur anime l’ensemble avec une énergie à la fois tendre, sympathique et charismatique.

Frais, léger et surtout très drôle, La Vache est un pur moment de détente et de rire, qui fonctionne surtout grâce à la simplicité de ses personnages, surtout grâce à un héros formidable auquel on s’attache sans le vouloir. Mohamed Hamidi signe un road movie réjouissant, généreux et surprenant, dont on ressort avec le sourire et le sentiment que le cinéma français peut encore nous surprendre ! À voir.

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