[CRITIQUE] Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molina

Bercé par la musique et les émotions, le nouveau Disney et Pixar apporte chaleur et d’allégresse dans la grisaille pré-hivernale, à travers une aventure haute en couleurs – visuellement fantastique – au message universel. Lee Unkrich et Adrian Molina célèbrent le Mexique et ses traditions autour de thèmes fédérateurs tels que la famille, son amour et son héritage culturel, tout en distillant beaucoup d’humour et de fraîcheur, aussi bien dans ses personnages que dans son approche. Novateur, Coco émerveille grâce à un univers riche et lumineux, ainsi que par son traitement narratif chargé en émotions autour d’un sujet qui touche en plein cœur, aussi bien les petits que les plus grands. Petit conseil au passage : pensez à prendre quelques mouchoirs… !

Le pitch : Depuis déjà plusieurs générations, la musique est bannie dans la famille de Miguel. Un vrai déchirement pour le jeune garçon dont le rêve ultime est de devenir un musicien aussi accompli que son idole, Ernesto de la Cruz. Bien décidé à prouver son talent, Miguel, par un étrange concours de circonstances, se retrouve propulsé dans un endroit aussi étonnant que coloré : le Pays des Morts. Là, il se lie d’amitié avec Hector, un gentil garçon mais un peu filou sur les bords. Ensemble, ils vont accomplir un voyage extraordinaire qui leur révèlera la véritable histoire qui se cache derrière celle de la famille de Miguel…

Avec les trois Toy Story, Le Monde de Nemo et Monstres et Cie, Lee Unkrich porte certains des plus grands succès des studios Pixar, avec Vice-Versa, Là-Haut, Wall-E…, dans sa filmographie. Après plus de 7 ans d’absence, le réalisateur oscarisé pour Toy Story 3 revient avec Coco, un film co-réalisé avec Adrian Molina (également co-scénariste), le film Disney • Pixar « de Noël » qui, comme Vaiana en 2016, arrive à point nommé pour nous faire oublier le ciel gris de l’hiver en nous faisant voyager… au Mexique cette fois.
Dans une introduction déjà pétillante, le film nous associe à son personnage principal, Miguel un petit garçon issue d’une grande famille de chausseurs, qui se prépare à célébrer le Jour des Morts. Petite particularité : cette famille a banni la musique à tout jamais, grâce à la poigne féroce de sa grand-mère, alors que notre héros, évidemment, rêve de participer à un concours de musique pour ressembler à son idole, Ernesto de la Cruz. Si le pitch fleure bon le prévisible, Coco parvient à sortir des pièges attendus en nous faisant découvrir un monde de traditions et de couleurs qui sont une pure merveille.
Le film de Lee Unkrich et Adrian Molina offre un aperçu original et inventif de la signification du Jour des Morts (Dia des Muertos) qui, contrairement à sa cousine française, la Toussaint, célèbre ses défunts en se préparant à les accueillir dans un ambiance festive, nostalgie et familiale. Entre des rêves d’enfant compromis d’avance et une découverte pleine de légèreté du Mexique (de façon ludique, évidemment), Coco offre un film à la structure séduisante et enchanteresse qui accroche dès les premières minutes, avant d’amorcer le cœur de son sujet.

Et c’est là que le scénario co-écrit et généralement impulsé par Adrian Molina devient subtil et intelligent. Dès son premier pas dans le monde des Morts, Coco s’attache à dépeindre une aventure rocambolesque, entre un chassé-croisé entre le héros et sa famille, ainsi que la découverte profonde et symbolique de cette fête mexicaine. Le film navigue entre deux eaux avec brio, d’un coté la légèreté ensoleillée, vive et gaie du film d’animation, le tout porté par une facette musicale pas trop envahissante ; de l’autre coté, et en transparence, une thématique plus adulte distillée de façon subtile et accessible par tous dans l’histoire. En effet, derrière son caractère coloré et pêchu, Coco invite à se souvenir de ses défunts, non sous la forme lourde du deuil mais à travers l’entretien nécessaire et bienveillant de leurs existences. Mais chut, je n’en dis pas plus !
Au-delà du héros, Miguel, et de son acolyte, Hector, forcément attachants, Coco est également animé par des personnages secondaires hauts en couleur, de la défunte matriarche de la famille jusqu’au vilain de l’histoire, le film happe dans un rollercoaster fantaisiste et plein de caractères affirmés et délirants. Mais celui qui vous fera rire le plus, se tient à quatre pattes ! Tout ce petit monde, en plus de divertir, s’agite dans un fil rouge toujours présent tout au long du film, pour permettre à Miguel de rejoindre le monde des Vivants avant qu’il ne soit trop tard, tandis que ce dernier cherche absolument à troquer sa vie contre le droit de jouer de la musique – rappelons-le : c’est la malédiction de la famille ! Entre chansons et aventures délirantes dans un univers où tout est possible, Coco livre un film rythmé et entraînant qui ne s’essouffle jamais.
Pour chipoter un peu, je dirais que le film est un poil trop long (surtout pour les plus jeunes) et que les dernières minutes, bien qu’émouvantes à souhait, virent un peu au tire-larmes (même si j’étais à « ça » de fondre).

Visuellement, Coco est une vraie merveille. Si les films d’animations en images de synthèse sont de plus en plus étonnant (je me souviens du travail sur la fourrure des personnages dans Dragons 2), dans Coco, les jeux de lumière et de textures sont époustouflants. C’est réellement ce qui porte le film : l’esthétique et l’ambition graphique qui fédèrent et transforment le film de Lee Unkrich et Adrian Molina en une œuvre aussi fascinante. Pour coller à la tradition joyeuse du Jour des Morts, malgré son nom joliment macabre, Coco se déroule en grande partie dans des scènes nocturnes qui sont rehaussées par les lueurs festives et chaudes des bougies ou autres illuminations des décors, pour contraster avec ses teintes bleues et violettes. Des reflets sur les personnages en chairs et/ou en os jusqu’aux tableaux superbes, en passant par des effets de matières de vêtements ou de peaux hallucinants, Coco, malgré son aspect surréaliste avec ses squelettes mort-vivants, semble pourtant plus vrai que nature. Pour ma part, le visuel a souvent dépassé mon intérêt pour l’intrigue tant j’ai été séduite par l’univers chaleureux et incroyable du film.

Concernant le casting vocal, j’ai vu le film en français. Le doublage est impeccable et les chansons sont, je pense, tout aussi porteuses et enthousiasmantes. Chapeau au jeune Andrea Santamaria qui prête sa voix au héros Miguel, accompagné derrière le micro par François-Xavier Demaison et Ary Abittan pour les plus connus. À l’image du film qui représente le Mexique de façon récréative et adaptée aux plus jeunes, en mêlant ses coutumes à quelques clichés, j’ai apprécié la présence d’accents (sans trop forcer) et de dialogues entrecoupés d’espagnol pour rendre l’ensemble plus accessible.

En conclusion, Coco est une réussite, aussi bien technique qu’au niveau du storytelling, tant le film de Lee Unkrich et Adrian Molina conserve une identité très Pixar qui lui va bien. En effet, à l’instar des films purement Disney qui manquent parfois de subtilité dans leur message, Coco allie émerveillement et apprentissage de façon ludique et visuellement superbe, offrant à la fois de l’évasion et un message touchant sur la famille et le souvenir de ceux qui nous ont quitté. À voir, évidemment.

Mini-spoiler, mais qui m’a agréablement surprise quand je l’ai découvert (vous êtes prévenu !) :
[SPOILER] vous avez noté que le nom du film, Coco, ne concerne absolument pas le héros ? [/SPOILER]

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