[CRITIQUE] Lady Bird, de Greta Gerwig

Seule réalisatrice nommée dans la catégorie « Meilleur réalisateur » aux Oscars 2018 (merci la polémique), le film de Greta Gerwig mérite-t-il autant tous les compliments qu’il reçoit. Si Lady Bird est porté par une Saoirse Ronan formidable et étayé par une relation mère-fille toujours tendue mais accessible et traversée par une tendresse indéniable, l’ensemble reste finalement un récit assez simpliste, à la réalisation impersonnelle. Greta Gerwig brille probablement en tant que scénariste, mais se perd parfois dans sa ronde de personnages qui multiplient les fils secondaires, quitte à faire évoluer son histoire principale de façon trop attendue. Tranche de vie adolescente à la maturité surfaite, Lady Bird doit surtout sa fraîcheur et son caractère grâce aux performances géniales de Saoirse Ronan et Laurie Metfcalf.

Le pitch : Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Greta Gerwig est un nom qu’on entend de plus en plus, notamment depuis le film de Noah Baumbach, Frances Ha, sorti en 2013 qu’elle a également écrit. Scénariste aguerrie, elle a enchaîné des films remarqués aussi en tant qu’actrice en étant à l’affiche de Mistress America, Maggie A Un Plan ou encore 20th Century Women et Jackie. Alors qu’Hollywood l’acclame comme un jeune prodige, mon petit avis de cinéphile perdue quelques parts en région parisienne a bien du mal à comprendre ce phénomène qui semble vouloir porter une voix générationnelle/féminine dans laquelle je ne me retrouve pas – dont que je n’apprécie que moyennement les exemples ci-dessus. En effet, si Greta Gerwig est objectivement une bonne créatrice d’histoire et potentiellement une bonne actrice, pour ma part cela s’arrête là et mon avis s’est confirmé après avoir vu Lady Bird.

D’un coté, j’ai aimé ce récit initiatique sur le passage à l’âge adulte, focalisé sur cette adolescente un peu rebelle et décidée qui rêve d’ailleurs. Greta Gerwig narre une histoire solide à la tonalité à la fois piquante et touchante, à travers une relation mère-fille qu’elle explore avec beaucoup de finesse et de justesse, laissant la part belle aux défauts de l’une et aux qualités de l’autre alors qu’elles se confrontent. L’authenticité de cette relation la rend réellement attachante, car on peut se reconnaître facilement dans ces deux femmes pleine de caractère. Le cadre est aussi intéressant : entre les années lycée et le décor banal, Lady Bird se détache du glamour et offre un univers accessible, générique et finalement crédible lorsqu’il s’agit des ambitions de la jeune et flamboyante Lady Bird. Qui n’a jamais rêvé d’aller d’une vie pleine de frissons dans une grande ville quand il/elle a grandi dans ce qu’il/elle estime être un « patelin » ? Le film saisit parfaitement ce rêve à la fois juvénile et pourtant saisissable, à travers le parcours de cette adolescente dont l’univers lui semble trop cloisonné entre sa mère, le lycée et le mauvais coté des rails. Greta Gerwig semble se dédoubler dans sa narration, tantôt observatrice et tantôt participante, ce qui donne un petit coté nostalgique qui m’a touché, me rappelant parfois ma propre adolescence ou ma relation avec ma mère, par exemple. C’est probablement ce donne à Lady Bird ce petit quelque chose en plus, personnel et pourtant universel.

Mais d’un autre coté, j’ai trouvé l’ensemble un peu attendu et parfois cliché, notamment lorsqu’il s’agit de l’évolution de l’héroïne, entre les romances et son parcours général, alors qu’elle grandit à vitesse grand V durant le dernier tiers du film sans véritable boost particulier. Ayant probablement puisé dans un de ses anciens journaux intimes, Greta Gerwig embellit une tranche de vie adolescente avec une maturité surfaite, fabriquée pour le film et souvent incohérente avec le caractère impétueux de sa jeune Lady Bird. J’aurai aimé un scénario travaillé avec plus de profondeur autour de ses personnages principaux, mais le film est hanté par une multitude de personnages secondaires, souvent planté là sans plus d’explication et qui viennent grignoter la narration. Certes, les apartés autour du frère, la vague relation avec son père ou la sous-sous-intrigue sur du prêtre et des cours de théâtre viennent animer un film plutôt linéaire, mais ces éclats de rythme donnent surtout l’impression d’être là pour combler les creux au lieu de faire vivre la volonté visible de créer un récit plus familial.

Ce qui me gêne le plus finalement, reste cette nomination en tant que « Meilleur Réalisateur » aux Oscars 2018 pour Greta Gerwig, car, objectivement sa mise en scène est plutôt impersonnelle et compile autant de platitudes que d’inspirations génériques qu’un mur de tendances recueillis sur Pinterest. Il n’y a pas vraiment de prise de risque, ni d’identité : la caméra suit ses acteurs sans chercher à véhiculer une quelconque émotion ou vision, ce qui est quand même paradoxale pour un film dont l’héroïne se considère comme une artiste. Cela sonne peut-être un peu dur, voire très dur, mais si globalement Lady Bird reste intéressant et relativement réussi… cette nomination me semble plus due à la polémique (cf. Les Golden Globes 2018 et l’affaire Weinstein) et à la côte sur-estimée de Greta Gerwig. Mais ce n’est que mon avis… Face à des réalisateurs qui se sont toujours démarquer par la puissance scénique de leurs films (Christopher Nolan, Paul Thomas Anderson et Guillermo del Toro, notamment), je m’interroge sur la place de Greta Gerwig dans cette catégorie. Néanmoins, je pense que Greta Gerwig reste une scénariste prometteuse, capable de proposer des personnages forts, irrésistibles ou simplement touchants, mais derrière la caméra… c’est moins sûr.

En dehors de la réalisation et pour parler de son ensemble, Lady Bird est loin d’être déplaisant, au contraire. Greta Gerwig livre un film solaire et attachant, j’ai aimé découvrir le parcours de cette adolescente en pleine construction, sa personnalité flamboyante qui entre parfois en collision avec une facette plus romantique de sa personnalité. Tandis que la relation mère-fille est cristallisée avec beaucoup de justesse, du coup, même si le spectateur (ou la spectatrice) peut avoir des liens différents avec sa mère, l’approche est telle qu’on s’y retrouve facilement. Grâce à un ton à la fois actuel et teinté d’une nostalgie certaine, Lady Bird est un film frais et intemporel, qu’on pourra revoir dans des années et à tout âge… et il n’aura pas pris une ride !

Au casting : Saoirse Ronan (Brooklyn, Lost River, Maintenant C’est Ma Vie…) illumine Lady Bird, même dans un personnage aussi juvénile et inutilement révolté. À ses cotés, Laurie Metcalf (The Big Bang Theory, Horace And Pete…) – rare au cinéma mais plus présente sur les planches – rayonne et donne du cœur et de la maturité à un duo à la fois orageux et tendre.
Autour d’elles, on retrouve Lucas Hedges (3 Billboards – Les Panneaux de la Vengeance, Manchester By The Sea…) et Timothée Chalamet (Men, Women & Children, Love The Coopers…), deux jeunes acteurs à la trajectoire ascendantes, l’un titille le coté fleur bleue du film à travers sa naïveté, tandis que l’autre attise la flamme rebelle de Lady Bird avec son attitude bad boy. À l’affiche également, Tracy Letts (Pentagon Papers…), Beanie Feldstein (Nos Pires Voisins 2…), Odeya Rush (The Bachelors…), Lois Smith (Marjorie Prime…), Stephen Henderson (Fences…) et tant d’autres viennent multiplier l’univers du film, chacun avec leurs mini-intrigues qui ampoulent souvent l’histoire principale.

En conclusion, malgré mes critiques sur la réalisation de Greta Gerwig, Lady Bird propose un récit accessible et piquant autour d’une adolescente au caractère bien trempé, entre illusions et maturité, qui vont compliquer une relation mi-tendre mi-orageuse avec sa mère. Saoirse Ronan et Laurie Metcalf portent le film sur leurs épaules et rendent l’ensemble attachant et solaire, à travers une histoire intemporelle et racontée avec justesse. À voir.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s