[CRITIQUE] Call Me By Your Name, de Luca Guadagnino

Baignant dans la chaleur estivale italienne et une dolce vita nonchalante, Call Me By Your Name séduit par son caractère ensoleillé avant d’imploser dans la sensualité d’une romance interdite, touchante et bouleversante tout en délicatesse et subtilité. Intime et agréable, le film de Luca Guadagnino oscille entre la légèreté de ses personnages et la profondeur des sentiments qui frémissent en surface, évitant habilement les sujets qui fâchent pour laisser la pureté et le naturel d’une histoire enivrante colorer l’ensemble.

Le pitch : Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

Si on peut retrouver quelques points communs entre Call Me By Your Name et le dernier film de Luca Guadagnino, A Bigger Splash (2015), notamment en terme d’ambiance, la comparaison s’arrête heureusement là.
Pour son nouveau film, le réalisateur italien adapte cette fois un roman écrit par André Aciman et conserve son talent indéniable pour capter l’évanescence sensuelle, libre et alanguie de la chaleur d’un été, transformant ses personnages en êtres humains, charnels et dénués de toute étiquette sociale (ou presque). Quatre fois nommé aux Oscars 2018, Call Me By Your Name est comme une parenthèse temporelle, rappelant les meilleurs souvenirs de vacances (un peu comme le récent Summertime, d’ailleurs), et séduit dans un premier temps avec son cadre plein de charme où les saveurs et les senteurs d’une Italie nostalgique parvient à filtrer à travers l’écran pour nous faire voyager. Les personnages se croisent, se frôlent et se confrontent à travers leurs différents parcours : les adultes se cultivent l’esprit ; l’art et les connaissances sont au cœur d’un cocon privilégié, tandis que les jeunes font la fête et profitent de leurs premiers émois amoureux. Call Me By Your Name prend son temps pour installer son histoire, si bien que le rapprochement entre les deux personnages principaux devient aussi naturel que libérateur, satisfaisant une attente grandissante.

En effet, Luca Guadagnino prend le risque de soigner son tableau avant d’entrer dans le vif du sujet, ce qui rend parfois le film un peu mou dans une première partie très contemplative autour de ses personnages et d’une Italie sublimée à travers la photographie, les décors et une atmosphère langoureuse et accueillante. Le risque est donc de perdre son public devant une carte postale vivante qui s’étire peut-être un peu trop, mais en y regardant de plus près, Call Me By Your Name installe subtilement ses ficelles en filigrane, entre jeux de regards, défiances et impulsivités. Quand l’histoire attendue débute enfin, elle semble tentaculaire dans sa façon d’envahir chaque élément du film qui jusqu’alors semblait flotter sans incidence sur le reste. Le calme apparent laisse place à une passion fébrile et un désir obsédant qui bousculent tout sur leurs passages, oscillant entre le secret fiévreux et le lâcher-prise le plus total. Ce qui manquait cruellement à A Bigger Splash trouve sa place dans Call Me By Your Name à travers cette explosion d’émotions à la fois soudaine et explicite, au fur et à mesure que le personnage d’Elio se découvre et s’émancipe. Luca Guadagnino parvient à conserver un regard intimiste et bouleversant sur son histoire, si bien que même si la différence d’âge entre les protagonistes est évidente, je suis restée charmée à la fois par l’expression libre et exquise des émotions tantôt refoulés, tantôt débordantes qui traversent les personnages, que par la performance des acteurs. De même, j’ai aimé la façon dont le film conjugue le cocon traditionnel de son univers avec la modernité des mentalités des personnages, du coup l’histoire se focalise sur cette romance hors-norme, sans jamais prendre position sur l’homosexualité ou même parler de pédophilie (puisque le jeune Elio a 17 ans, rappelons-le).

En se démarquant aussi bien des sujets potentiellement houleux, Call Me By Your Name laisse la part belle à la beauté des sentiments qui s’expriment, de l’amour à la passion, en passant par la jalousie, la frustration et la tolérance, qui vont tour-à-tour animer la ronde des personnages qui semblaient d’abord trop nombreux et éparpillés pour finalement trouver place et sens en parallèle de l’histoire d’amour du film.

Au casting : tous les projecteurs sont braqués sur le jeune Timothée Chalamet (Lady Bird, Men, Women & Children, Interstellar…), nommé aux Oscars dans la catégorie Meilleur Acteur, à juste titre car on tombe complètement amoureux de ce personnage nonchalant et ouvert, qui prend quasiment forme sous nos yeux. Le jeune acteur franco-américain livre une très belle performance aux cotés d’un Armie Hammer (Nocturnal Animals, Free Fire, Agents Très Spéciaux…), plus confirmé, mais tout aussi remarquable. J’ai été frappée justement par sa capacité à mettre de coté l’âge de ses personnages, notamment celui de Timothée Chalamet qui fait très jeune, pour pouvoir jouer les scènes intimes avec autant de sincérité. J’aurai aimé le voir nommé aux Oscar également. Autour d’eux, on retrouve l’incontournable Michael Stuhlbarg (La Forme de l’Eau, Pentagon Papers…) et la trop rare Amira Casar (Versailles, Saint Laurent…), très bons dans leurs rôles de parents, ainsi qu’Esther Garrel (L’Indomptée…), superbe alter-ego féminin.

En conclusion, Luca Guadagnino conjugue dolce vita et romance passionnelle dans un film intime et touchant. Sous ses airs de cartes postales nostalgiques, Call Me By Your Name séduit par sa chaleur sensuelle, tout en explorant les interdits avec justesse et simplicité. Une histoire d’amour entre deux hommes, oui ; avec un certain écart d’âge, certes ; mais c’est avant tout une histoire de passion et de premier amour, avec tous les déchirements et l’incandescence palpable qui vont avec. À voir, évidemment.

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