[CRITIQUE] Climax, de Gaspar Noé

Le pitch : Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif. En 1996, à l’appel d’une chorégraphe de renom, un groupe de danseurs urbains se retrouvent dans un local de répétition isolé en bordure d’une forêt, par un temps enneigé. Dans un monde sans téléphone portable ni Internet, ils répètent une dernière fois avant de s’envoler pour les États-Unis. À l’issue de la répétition, les danseurs se lancent dans une fête pour décompresser. Mais très vite, il apparaît que quelqu’un a versé une substance illicite dans la sangria qu’ils buvaient. Quand certains s’entraînent dans une transe dansante sans fin, d’autres plongent dans la démence et l’horreur.
Film interdit au moins de 16 ans

Dans la catégorie des films inclassables, je demande Climax, le nouvel objet délirant signé Gaspar Noé. Connu pour susciter des réactions (souvent extrêmes) depuis le scandale de la projection du film Irréversible au Festival de Cannes en 2002, Gaspar Noé impose un cinéma singulier, oscillant entre des court-métrages pornographiques et autres expériences psychédéliques, comme Enter The Void, ou encore érotiques, avec son plus récent Love – interdit aux moins de 18 ans suite aux actions de l’association Promouvoir.
Alors forcément, quand on va voir Climax, il faut être prêt et s’attendre à tout, car les films de Gaspar Noé ne sont pas toujours littéraux. Si certains portent un message caché ou une réflexion quelconque sur l’amour, la vie et/ou la mort, Climax est un condensé sous acide des thématiques favorites du réalisateur dans une expérience presque instantanée et sans véritable objectif dans la durée.

Gaspar Noé nous plonge dans un trip fiévreux au cours d’une soirée surréaliste entre des danseurs qui déraille complètement à cause d’une sangria surprise. Climax nous transporte à travers des plans séquences souvent à couper le souffle pour mieux capter la frénésie et l’énergie palpable de ces personnages, électrisés par l’envie de décompresser après des semaines de répète et l’approche des représentations. Le film bouillonne de portraits atypiques, originaux, parfois marginaux, qui échangent entre deux mouvements, se cherchent ou se jaugent, dans une sorte de tension sexuelle crue et assumée. La mise en scène prend vie et relie des moments hachurés au milieu de longues séquences, pour mieux capter le flux lancinant d’une ambiance qui ne cesse de se mouvoir, d’un personnage à l’autre et d’une pièce à une autre. Si certains seront aux portes de l’extase, d’autres vivront une véritable descente en Enfer. Deux états extrêmes que Gaspar Noé explore au plus proche possible, souvent dans la douleur, avec les effets de la drogue pour illustration.

Climax est une expérience qui se prend en plein visage et souvent avec des lettres capitales immenses qui ponctuent une réflexion sans détour et frontale. La forme est parfois violente dans sa façon de s’imposer au spectateur, alors que le fond ne cesse de se multiplier et de muter. Expérimental, foutraque, beau, douloureux, délirant et final, le dernier né de Gaspar Noé se vit plus qu’il ne s’assimile et d’ailleurs il se termine avant même d’avoir commencer, soulignant l’absurdité temporelle dans le présent et la fugacité de notre propre existence qui touche déjà à sa fin avant même qu’on en prenne conscience. D’ailleurs, le premier nom du film était « Le Temps Détruit Tout ». Logique.

Pour ma part, je ne saurai dire (alors que je l’ai vu il y a trois jours) si j’ai aimé ce film ou non. Tout comme les films de Nicolas Winding Refn (Only God Forgives), Darren Aronofsky (Mother!) ou encore les plus récents Terrence Malick (Song To Song), ceux de Gaspar Noé font partie de cette caste inclassable qui crée toujours plus de variables dans la façon de faire un film, selon son propre gimmick. L’expérience n’est pas déplaisante et permet de voir le cinéma différemment, autre que cet objet compréhensible et régit par des codes acquis par tous. Climax est différent dans son exécution : la réalisation de Gaspar Noé, toujours baignée par ce rouge identifiable, est viscérale et inventive. Les scènes de danses sont fantastiques, qu’elles soient filmées de façon conventionnelle ou vues de haut, la mise en scène est remuante et chaque recoin de l’écran attire le regard, tandis que les prises de vue, enfin les plans séquences surtout, sont absolument incroyables et presque aussi étourdissants qu’un rêve éveillé.
On notera également la bande-originale, tout aussi plurielle, qui réunit Daft Punk et les Rolling Stones, en passant par Patrick Hernandez, Moroder ou encore Cerrone. L’univers musical est aussi varié que les styles de danse dans lesquels on retrouve du voguing, du krumping bien énervé ou encore des contorsionnistes incroyables.

Cependant, si la technique est à applaudir, je reste tout de même sceptique sur ce film. Trop bordélique et peut-être un peu vain, Climax semble atteindre les limites de l’expérimental et manque de matière : une fois le choc ou la surprise passé(e), que reste-t-il ? Le souvenir d’avoir vu un film original, à la fois enivrant et confus, mais finalement peu mémorable.

Au casting : si Gaspar Noé s’entoure d’une troupe de danseurs internationaux, le visage qui ne passe pas inaperçu, c’est celui de Sofia Boutella (Kingsman – Services Secrets, Atomic Blonde, La Momie…). L’actrice ayant fait ses premiers pas au cinéma avec la danse dans Streetdance 2, existe au milieu de ces corps étranges et à travers une performance tout aussi conceptuelle.

En conclusion : provocateur, ambitieux mais un poil vain, Gaspar Noé contemple des personnages livrés à eux-même dans un chaos savamment entretenu. Climax illustre la fatalité du temps et des vies qu’il traverse, dans un ensemble déroutant. La réaction est assurée, reste à savoir si elle sera positive ou négative. À tenter – pour un public averti car le film est interdit au moins de 16 ans.

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