[COUP DE CŒUR] Blindspotting, de Carlos López Estrada

Entre délit de faciès et gentrification, Blindspotting tisse une chronique sociale à la vibe urbaine percutante, qui utilise son ton corrosif et la culture urbaine « ghetto » pour pointer du doigt le problème des apparences et les préjugés sociétaux. Énergique, frais et brillant, le film de Carlos López Estrada est mon gros coup de cœur de la rentrée, à ne manquer sous aucun prétexte !

Le pitch : Encore trois jours pour que la liberté conditionnelle de Collin prenne fin. En attendant de retrouver une vie normale, il travaille comme déménageur avec Miles, son meilleur ami, dans un Oakland en pleine mutation. Mais lorsque Collin est témoin d’une terrible bavure policière, c’est un véritable électrochoc pour le jeune homme. Il n’aura alors plus d’autres choix que de se remettre en question pour prendre un nouveau départ.

Pour tout vous dire, Blindspotting s’est imposé à moi par surprise. En réalité, je pensais voir Peppermint ce jour-là et j’ai réalisé seulement la veille que ce n’était pas le cas et que je n’avais pas entendu parler de ce film. Pourtant, le premier long-métrage de Carlos López Estrada s’est fait remarquer au Festival Sundance au début de l’année, suivi par une réception plus que positive lors de sa sortie US cet été, pour ensuite remporter le Prix de la Critique au Festival du Cinéma Américain de Deauville.

Plus qu’un premier film, Blindspotting est un témoignage grisant, un uppercut inattendu qui explose la morale bien pensante qui croit encore que la discrimination n’existe plus. À travers un portrait social brillant, doté d’un recul et d’une vision affûtés, Carlos López Estrada se nourrit du phénomène de gentrification (ou boboïsation) pour explorer un sujet très actuel, aux conséquences à la fois ancrées dans la normalité quotidienne et pourtant problématiques. Aux US, comme en France, si certains quartiers ont changé de décor, la mentalité des gens n’a pas forcément suivie. Avec Blindspotting, Carlos López Estrada propose une vue de l’intérieur brillante et nécessaire, en suivant le parcours d’un personnage trop souvent précédé par son apparence.

Sur fond de hip-hop et d’attitude, le film conquiert dès les premiers minutes avec un tableau haut en couleurs, entre codes urbains et culture afro-américaines assumées. Blindspotting nous attache d’entrée avec des personnages aux clichés faciles, pour mettre à l’aise et simuler un environnement reconnaissable, faisant presque croire que la bavure policière qui déclenche le récit va finir par passer par la trappe. Et pourtant, ce n’est que le début d’un parcours qui va s’affiner au contact d’un duo excellent, alors qu’ils traversent un Oakland en pleine mutation sociale. Rapidement, la caricature voulue vient se fondre à la réalité, quand Blindspotting atteint le cœur d’un sujet brûlant et explose la bulle confortable des apparences pour dénoncer le revers de la médaille.

Discrimination, injustice, violences policières et colère, le film de Carlos López Estrada saisit avec pertinence et justesse le sentiment d’impuissance d’une communauté jugée par sa couleur de peau ou encore desservie au non du « white privilege » (qu’il soit conscient ou non). Au lieu de céder au déballage et à la victimisation, le réalisateur parvient à évoquer un sujet important et actuel avec humour, ironie et surtout une fraîcheur qui explose au visage comme la vérité nue. Malgré ses sujets lourds, Blindspotting invite à la prise de conscience d’une réalité trop souvent banalisée (ou muette), en démontrant son point de vue de façon hyper accessible.

Incroyablement abouti, honnête et effervescent, le film est un cri du cœur, une montée en pression qui devient viscérale et enragée au fur et à mesure que l’histoire avance, entre confrontations et remise en questions. Des lyrics balbutiants à un déferlement explosif, la musique accompagne de film comme une deuxième peau, complétant un objet à la forme résolument urbaine mais qui refuse le moule qu’on lui impose sans cesse. À noter que le scénario du film est co-signé par les acteurs principaux, Daveed Diggs et Rafael Casal, qui sont, à l’origine, plus connus sur la scène musicale US ou les planches.

Seule petite ombre au tableau d’ailleurs, il semblerait que ces deux-là aient plutôt bien aimé Ant-Man de Peyton Reed, puis que film fait un bon gros clin d’œil au personnage interprété par Michael Peña et son don mémorable pour raconter une bonne histoire 😉 C’est un détail heureusement, car pour des premiers pas sur grand écran, ils forment un tandem charismatique, l’un avec une coolitude attachante qui lui permet de prendre du recul et l’autre avec son tempérament volcanique et impulsif. Autour d’eux, Janina Gavankar (Vampire Diaries…), Utkarsh Ambudkar (Barbershop…) ou encore Tisha Campbell-Martin (Dr Ken…) gravitent dans un ensemble dense, rythmé et haut en couleurs.

En conclusion, Blindspotting est une excellente surprise ! Carlos López Estrada signe une comédie éveillée, virulente et furieusement conquérante, faisant d’Oakland un terrain de jeu miné par une société qui avance avec des œillères. À voir absolument !

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