[CRITIQUE] Upgrade, de Leigh Whannell

Le pitch : Après la mort de son épouse lors d’une violente agression qui l’a laissé paralysé, Grey Trace est approché par un inventeur milliardaire qui propose de lui administrer un remède expérimental qui va « upgrader » son corps et ses facultés. Désormais doté d’un implant fonctionnant à l’intelligence artificielle, Grey voit ses capacités physiques décuplées et se lance dans une mission vengeresse, afin de faire payer ceux qui ont tué sa femme.

Leigh Whannell (Insidious : Chapitre 3…) s’éloigne du genre horrique (Saw, Jigsaw, Insidious : La Dernière Clé…) pour s’essayer à la science-fiction, tout en restant dans la maison-mère, à savoir les productions Blumhouse. Notons qu’après Blackkklansman, la société de Jason Blum continue d’explorer d’autres univers et c’est avec Upgrade qu’elle nous surprend à nouveau.
Sur le papier, le film de Leigh Whannell avait l’air d’un objet vaguement ambitieux, à petit budget et qui passerait facilement à la trappe. Personnellement, ce qui m’a attiré dans le concept, c’était surtout sa ressemblance, en surface, avec Venom : un sosie de Tom Hardy aux prises avec une voix dans la tête et une sorte d’être (intangible cette fois) qui prend le contrôle de son corps pour essayer de retrouver les méchants qui lui ont fait du mal ? Troublant, en effet, surtout si on ajoute une sortie française une semaine avant le film de Ruben Fleischer ! Sorti en mars aux US, Upgrade n’est pas passé inaperçu et j’ai suivi de près les bandes-annonces du film qui promettaient finalement un film bien plus ambitieux que prévu.

À l’arrivée, Upgrade étonne. Si l’ensemble pèche à certains endroits et que la performance de Logan Marshall-Green est parfois à discuter, Leigh Whannell propose un thriller SF inventif, vrillé par des scènes d’action à la réalisation originale et une trame dotée de rebondissements efficaces. Installé dans un futur proche (ou dystopique), le film démarre dans un univers voisin à celui de Ghost In The Shell où l’humain s’améliore ou « upgrade » son confort grâce à la science… Sauf notre héros qui se construit sur un tempérament réfractaire aux machines – oui, un peu comme Will Smith dans I, Robot (2004). Une référence parmi tant d’autres puisqu’Upgrade « empreinte » beaucoup pour étoffer son univers futuriste, avant d’entrer dans le vif du sujet et de faire basculer la vie du héros.
Entre nouvelles aptitudes et revanche musclée, Upgrade épice l’alliance fantastique entre l’homme et l’intelligence artificielle, avec un second degré noir et sympathique qui rappelle souvent le ton décalé d’un certain Deadpool, tandis que le héros prend peu à peu goût à son hôte au cours de sa traque. Heureusement, le film ne s’arrête pas là : Leigh Whannell abat ses cartes au fil de l’eau, formant un thriller évolutif et accrocheur aux découvertes multiples qui vont animer l’intrigue : ennemis dotés d’armes insoupçonnés, complots et enquête policière… Uprade se multiplie et façonne un ensemble hyper distrayant et accrocheur, qui se regarde avec un bon plaisir. Si, comme moi, vous aimez bien deviner la fin avant qu’elle arrive, vous aurez rapidement un sentiment de déjà vu tant le twist rappelle un film bien connu (et que j’ai peut-être bien cité plus haut… ou pas :P), ce qui rajoute un peu de piment dans la suite de l’intrigue.

Là où Upgrade régale, ce sont dans les scènes d’action. La caméra de Leigh Whannell voyage à chaque mouvement, jouant avec les angles et l’aspect robotique de son personnage, ce qui crée une mise en scène dynamique, assez fluide et plutôt fun. Le film ose être un peu graphique, proposant des passages sanglants (sans pour autant en faire son fond de commerce). C’est probablement les chorégraphies décalées et assumés des scènes d’actions qui ajoute un sacré plus au film, surpassant parfois la performance un poil raide de l’acteur principal. Il faut également saluer l’imagination autour du concept : à l’heure où les films de super-héros aux super-pouvoirs extraordinaires pullulent sur nos écrans, Upgrade propose des antagonistes coriaces aux « améliorations » redoutables et originales, appuyant intelligemment le concept futuriste de l’histoire. Violent, sombre et efficace, Upgrade parvient à conserver son identité à la fois revancharde, maligne et de plus en plus solide, s’inscrivant dans une nouvelle vague de productions Blumhouse qui a de la suite dans les idées. 

Cependant, le bémol n’est jamais très loin : le bar de malfrat, le scientifique qui force le jeu du génie supérieur… Le film de Leigh Whannell en fait parfois trop. Le cumul entre les nombreuses références sus-citées, le dénouement déjà-vu et les quelques clichés (dont un clin d’œil à peine voilé à Venom, d’ailleurs) renvoit souvent l’ensemble vers le film de seconde zone. Mais, ce serait dommage de rater ça, car Upgrade tient globalement ses promesses, livrant un thriller SF étonnant, souvent jubilatoire et porté par une mise en scène originale et alerte.

Au casting : Logan Marshall-Green (Spider-Man: Homecoming, Snowden, Prometheus…) et ses faux airs de Tom Hardy tient globalement la route, même si l’acteur cabotine parfois avec ses grimaces et ses postures forcées. Autour de lui, Benedict Hardie (Une Vie Entre Deux Océans, La Promesse d’Une Vie…) s’impose comme une menace à la fois originale et inquiétante, Harrison Gilbertson (Love Hunters, Need For Speed…) mélange les pires performances de Dane Dehaan (dans The Amazing Spider-Man 2) et d’Eddie Redmayne (dans Jupiter Ascending) en une prestation désolante, tandis que Betty Gabriel (Get Out, American Nightmare 3 : Élections…) traverse le film sans parvenir à se démarquer.

En conclusion, alors que la promotion d’Upgrade est injustement discrète, le film de Leigh Whannell reste pourtant une découverte réjouissante, alliant une trame SF efficace et un thriller sombre et brutal. Certes, cela reste une production à budget limité perdue au milieu des innombrables blockbusters, mais toujours est-il que Leigh Whannell pose un objet ambitieux et donne envie d’en voir plus de la part de ce réalisateur qui devrait, peut-être, mettre de coté les films d’épouvante. À voir, donc.

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