[CRITIQUE] Bohemian Rhapsody, de Bryan Singer (et Dexter Fletcher)

Forcément porté par une bande-originale phénoménale, Bohemian Rhapsody retrace le parcours de Freddie Mercury à travers ses nombreuses facettes. Showman, artiste, diva mais surtout grand mélancolique, le film de Bryan Singer lève le voile sur un aspect plus intime de cette icône du rock… sans trop se mouiller pour autant. Hommage vibrant plutôt que biopic authentique, Bohemian Rhapsody propose une approche assez lisse et convenue, évitant gracieusement les détours moins glorieux ou plus controversés de la vie de Freddie Mercury. Cependant la forme est électrisante, Bohemian Rhapsody donne envie de chanter et d’applaudir, offrant presque l’occasion unique de (re)vivre les plus grands moments de Queen.

Le pitch : Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.

L’avantage d’être la dernière d’une fratrie et d’avoir dix ans d’écart avec ses frères et sœur, c’est de baigner dans leurs univers musicaux. Entre rap français d’un coté et reggae de l’autre, il y avait ces soirs où, grâce à un magnétophone blanc chipé à mes parents, les chansons de Queen résonnaient à fond quand ils étaient absents. Je n’ai jamais vraiment eu l’oreille musicale, ma playlist Spotify vous prouverait qu’entre l’éclectisme et le grand port-nawak, il n’y a qu’un pas, mais alors Queen ! Queen a toujours figuré parmi mes rares groupes favoris, avec, en tête de liste, la chanson phare du groupe : Bohemian Rhapsody.
Comme beaucoup, je ne connais que les grandes lignes de la vie de Freddie Mercury, né Farrokh Bulsara, décédé bien trop tôt et leader d’un groupe aux nombreux tubes cultes. Du coup, l’idée de retracer son histoire était intéressante, mais elle a mis bien du temps avant de voir le jour.

En 2010 et initié par Brian May, le guitariste de Queen, le projet était d’abord porté par Sacha Baron Cohen dans le premier rôle : une idée audacieuse, car si l’acteur s’est illustré dans des comédies plus que potaches (Borat), il reste néanmoins investi dans son art mais aussi dans d’autres formats (Sweeney Todd, Les Misérables, Alice de l’Autre Côté du Miroir…) – sans parler de la ressemblance très plausible avec Freddie Mercury. Malheureusement, l’approche voulue autour du film était trop light pour lui : Brian May impose un film hommage pour éviter de s’attarder sur les zones trop sombres (SIDA, sexualité, drogue…) afin d’attirer un public plus large et non les amateurs de sensationnel. Pas question d’écorner l’image de Freddie Mercury, ce qui est compréhensible (et généralement le point de discussion déterminant au moment de la création d’un biopic…). Après la défection de Sacha Baron Cohen, ce sont Dexter Fletcher et l’acteur Ben Wishaw qui s’attachent au projet qui capote à nouveau quand la maison de production GK Films essuie un revers financier avec le film Hugo Cabret de Martin Scorsese.
C’est donc seulement en 2015 que le projet se concrétise enfin, avec Bryan Singer (X-Men : Apocalypse…) et Rami Malek à la barre. Pourtant, si le film à finalement vu le jour, il n’est pas épargné par les scandales, avec un réalisateur renvoyé en cours de route et le retour de Dexter Fletcher (Eddie The Eagle…) pour terminer le film – même s’il n’est finalement pas crédité à la réalisation.

Malgré ce parcours de longue haleine, Bohemian Rhapsody est bien là, aussi attendu que craint par les fans du groupe Queen. À l’arrivée, il faut dire que le film est totalement transformé par sa bande-originale qui reprend les meilleurs tubes du groupe et crée forcément un attachement particulier à l’ensemble. Si l’introduction nous force à être focalisés par l’interprétation de Rami Malek (et de ses prothèses dentaires…) tant son image des débuts détonne avec le Freddie Mercury qui est resté en mémoire, dès que le groupe se forme, chaque séquence musicale colle des frissons. En reconnaissant les premières notes et en s’immergeant dans le récit assez simple et accessible de Bohemian Rhapsody, le film donne l’impression palpable de revivre la création de ce groupe culte bercé par une créativité débordante, des échanges tumultueux et les déboires de carrières (la chanson titre n’a été un tube que bien après sa sortie, par exemple). Entre une soif de réussite et une énergie contagieuses, Bohemian Rhapsody nous embarque dans une épopée littéralement rock’n’roll sur les traces d’un doux rêveur avant-gardiste qui a bien failli se brûler les ailes. Marqué par une époque connue pour ses excès, le film retrace avec justesse un parcours aux allures de montagnes russes : ascensions vertigineuses et chutes libres inquiétantes.

Tout au long du film, il s’agit bien de faire honneur à l’aura de Freddie Mercury, son personnage public mais aussi l’homme qu’il était dans l’intimité, à travers ses relations orageuses avec sa famille, ses proches et ses amours. Il est indéniable, au vu du résultat, que l’ensemble du « cast and crew » a tout fait pour proposer une version respectueuse, souvent lisse, mais impeccable de la vie de l’artiste. En effet, incarner Freddie Mercury et les personnes qui ont marqué l’histoire de Queen impose une responsabilité envers les fans, quelque soit la direction finale prise par le film (sulfureuse ou lissée). Bohemian Rhapsody est empreint d’un grand respect envers ses protagonistes et cela se ressent dans les performances de chacun, face à la caméra, tant dans le jeu que dans l’implication des acteurs – dont Rami Malek qui a donné de la voix, par exemple.
Résultat, Bohemian Rhapsody a des airs d’expérience immersive, pleine d’émotions, qui prend le pas sur un récit souvent superficiel. Oui, le film de Bryan Singer ne nous apprend rien d’inédit sur la vie de Freddie Mercury ou la naissance de Queen, en dehors, éventuellement, de la solitude touchante de l’artiste. Mais si la fond est attendu, la forme est plus que réussie, que jusqu’à un final incroyable qui réserve un moment véritablement extraordinaire, donnant l’impression incroyable d’assister à un véritable concert avec le vrai Freddie tout en savourant le caractère rédempteur et bouleversant de cette ultime performance scénique. Comment résister ?

Au casting, il faut applaudir l’ensemble. Evidemment, les phares sont braqués sur Rami Malek (Mr Robot, Papillon, Need For Speed…) : si l’introduction de Farrokh Bulsara tend à inquiéter, la naissance de Freddie Mercury transporte la performance de l’acteur à un niveau supérieur et inattendu, tant il parvient à se fondre dans le rôle. Impressionnant. La nomination aux Oscars n’est peut-être pas loin…
Autour de lui, Gwilym Lee (Jamestown…), Ben Hardy (Mary Shelley…) et Joseph Mazzello (Person of Interest…) complètent le quatuor avec brio, tandis Lucy Boynton (Sing Street...) est sublime, apportant l’émotion et recul nécessaire dans un univers parfois fantasque et survolté. À l’affiche également, Aidan Gillen (Le Labyrinthe : Le Remède Mortel…), Tom Hollander (Mission Impossible – Rogue Nation…), Aaron McCusker (Dexter…) et même Mike Myers (Inglorious Basterds…) étoffent un ensemble solide.

En conclusion, au départ j’étais inquiète notamment à cause de l’acteur principal Rami Malek. À l’arrivée, Bohemian Rhapsody m’a emballée… probablement parce que j’adore le groupe et sa musique, mais surtout parce que le film parvient à transmettre l’ivresse folle qui a propulsé le groupe et Freddie Mercury au statut d’icônes. Si le film de Bryan Singer propose un biopic qui reste relativement en surface, l’ensemble est un hommage puissant et respectueux aux véritables membres du groupe, tandis que la bande-originale est évidemment un délice à redécouvrir… ou à découvrir pour les novices. Finalement, en restant dans les grandes lignes de l’histoire de Freddie Mercury, Bohemian Rhapsody est une invitation à célébrer l’un des plus grands groupes de rock au monde. À voir, évidemment.

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