[CRITIQUE] Nightmare Island, de Jeff Wadlow

Le pitch : L’énigmatique M. Roarke donne vie aux rêves de ses chanceux invités dans un complexe hôtelier luxurieux et isolé. Mais quand leurs fantasmes les plus fous se transforment en véritables cauchemars, les invités n’ont d’autre choix que de résoudre les mystères de cette île pour en sortir vivants.

Méconnue en France, malgré une diffusion en 1979, L’Île Fantastique est une série télé américaine créée par Gene Levitt et qui a été diffusée de 1978 à 1984, récoltant à l’époque, plusieurs nominations aux Emmy Awards. Et comme c’est dans les vieux pots qu’on fait, parait-il, les meilleurs soupes, c’est sur grand écran que la série renaît de ses cendres, sous le doux nom de Nightmare Island – probablement pour coller à la dimension horrifique prise par le film.
Réalisé par Jeff Wadlow, le concept semble être dans l’ère du temps, suivant les traces des nombreux films d’épouvante qui transforment jeux et autres moments de joie en cauchemars vivants. Alors imaginons un instant une île fantastique où vous pouvez vivre votre plus grand fantasme ou réparer des erreurs du passé ? Forcément, on se doute que ce billet idéal à forcément des facettes sombres que Nightmare Island va s’empresser d’explorer.

Jeff Wadlow (Action ou Vérité, Kick-Ass 2, Never Back Down…) propose un format moderne et une ambiance très colorée, portés par des personnages si beaux et si lisses qu’on dirait l’introduction d’une nouvelle saison de The Bachelor ou d’un soap des années 90. Choix intentionnel ou non, le visuel détonne avec les ambitions horrifiques du film tant Nightmare Island donne plus souvent l’impression d’être un film de vacances à mini-budget qu’un véritable objet d’épouvante.
Et ça ne s’améliore pas avec la suite : alors qu’on sait que l’histoire va mal tourner, Nightmare Island prend allègrement son temps pour installer ses personnages – ce qui est un sacré tour de force quand on voit la pauvreté des personnalités proposées – et s’embourbe dans des séquences d’installations inutiles pour gagner du temps. Lorsque les pièges se referment, le film de Jeff Wadlow est déjà sacrément bancal et desservi par ses intrigues multiples et dépareillées.

En effet, comme dans la série, Nightmare Island multiplie les histoires et chaque storyline cherche à évoluer dans son propre univers. Du coup, on se retrouve rapidement ballotté entre un conte de fée sirupeux, un pastiche militaire qui aurait été plus crédible si les personnages se baladaient avec des Nerfs (!), du teen horror movie sans intérêt et un spring break extrêmement navrant (on aura rarement vu des démonstrations gay friendly aussi gênantes), pendant que le maître de cérémonie répète les règles du jeu comme un perroquet sous anxiolytique. Nightmare Island s’éparpille beaucoup et perd rapidement le peu de potentiel qu’il affichait pour se transformer en un sombre navet proche du ridicule sans queue ni tête.

Alors que l’idée d’explorer le dicton populaire « méfiez-vous de vos rêves, ils pourraient se réaliser » semblait alléchant, Jeff Wadlow livre une soupe imbuvable et absurde autour d’histoire de revanche si mal exploitée qu’un des personnages au mauvais fond s’en sort avec les honneurs (joli message pro-harcèlement scolaire) et que les règles pourtant « très strictes » de l’île sont bafouées quand ça devient commode dans l’espoir incongru de susciter l’envie d’une suite à ce film complètement aberrant. Non merci, je préfère encore voir des tentatives foirées comme The Grudge, plutôt qu’un film aussi débilitant, informe et stupide que Nightmare Island ! Est-il possible que Jeff Wadlow n’est pas compris comment était sensé fonctionner une carrière ? Parce qu’il semblerait qu’après avoir atteint un certain pic avec Kick-Ass 2, sa filmographie ne fait que se détériorer de film en film…

Au casting : Après Action ou Vérité, Lucy Hale (Les Potes, Pretty Little Liars…) rempile auprès de Jeff Wadlow et aurait clairement pu s’abstenir vu le personnage écrit à la truelle qu’elle tente de porter jusqu’au bout – avec beaucoup d’efforts pour être convaincante, il faut le reconnaître. Autour d’elle, Michael Peña (Narcos, La Mule, Ant-Man et la Guêpe…) ne fait même pas semblant d’y croire, tandis que Maggie Q (Designated Survivor, Divergente…) se démène pour donner du sens à son personnage curieusement épargné. Il faudra également subir Ryan Hansen (CHiPs, Agents Presque Secrets…), Jimmy O. Yang (Crazy Rich Asians, Les Stagiaires…) et leurs jeux d’acteurs approximatifs, ainsi que la transparence d’Austin Stowell (Swallow, Horse Soldiers…) et de Portia Doubleday (Mr. Robot, Her…) malgré leurs looks de starlettes de télé-réalité. Le gros point d’interrogation reste néanmoins Michael Rooker (Brightburn, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2…), venu se perdre dans cet accident de parcours généralisé.

En conclusion, malgré une idée de départ intéressante, Jeff Wadlow se perd dans ses ambitions et tambouille un film aberrant, cumulant beaucoup trop de storylines mal assorties qui ne fonctionnent jamais. Nightmare Island se rêvait original, à l’arrivée, c’est un désastre informe qui ne parvient jamais, malgré ses efforts, à se hisser au niveau d’un nanar. À éviter.

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