[CRITIQUE] L’Extraordinaire Mr. Rogers, de Marielle Heller

Inconnu en France, Fred Rogers est un personnage phare aux Etats-Unis grâce à une émission ludique destinée aux enfants qu’il a animé pendant plus de 30 ans. Qui de mieux que Tom Hanks pour incarner cet homme bienveillant dans ce faux biopic qui raconte la rencontre avec L’Extraordinaire Mr Rogers et un journaliste rongé par la colère ? Le film de Marielle Heller est une petite bulle de douceur imparfaite qui propose un récit touchant, entre pardon et bonté humaine.

Le pitch : L’histoire de Fred Rogers, un homme de télé américain dont le programme éducatif Mister Rogers’ Neighborhood a été suivi par des millions de téléspectateurs entre 1968 et 2001. A l’occasion d’une rencontre en vue d’écrire un article sur ce sujet, un journaliste du magazine Esquire va découvrir un homme à l’opposé de ce qu’il en pensait a priori.
Ce film est disponible en VOD depuis le 22 avril 2020.

Pour son troisième long-métrage, Marielle Heller (The Diary of a Teenager, Les Faussaires de Manhattan…) choisit d’adapter un article paru dans le magazine américain Esquire pour aller à la rencontre de Fred Rogers.
En France, Mr. Rogers n’est pas un nom connu mais outre-atlantique, cet homme est presque une légende qui vu grandir les enfants américains à travers une émission enfantine qui, à travers des comptines et des spectacles de marionnettes, permettait d’aborder des sujets plus sérieux à hauteur d’enfants, de 1968 à 2001. Ma génération a plus certainement grandi avec le club Dorothée, ce qui n’est pas vraiment la même chose ! Du coup, quand j’ai voulu me renseigner sur le personnage en amont, je n’ai pas trouvé grand chose, ce qui a éveillé ma curiosité : qu’allait donc révéler un biopic sur Fred Rogers, alors qu’il fait figure de héros intouchable et propre sur lui aux US et qu’il semble mener une vie tout ce qu’il y a de plus tranquille et anodine ? Une partie de moi s’attendait à découvrir des dessous plus graveleux : une personnalité moins sympathique que sa version audiovisuelle ou pire… Une réflexion qui, en cours de visionnage, m’a fait réaliser que je suis tellement habituée à découvrir les aspects plus torves de l’humanité, que j’oublie finalement qu’il y a, peut-être, des gens comme Mr. Rogers qui sont simplement… bons !

En effet, malgré son titre, L’Extraordinaire Mr. Rogers est finalement un prétexte pour installer le récit d’un homme en crise alors qu’il vient d’être père et que son propre père refait surface. Entre problèmes familiaux et rancœurs tassées par des années d’amertume, le film fait office de chocs des mentalités entre deux personnages aux antipodes, presque forcés de cohabiter au cours d’une tranche de vie qui va se révéler nécessaire. En effet, la bienveillance du fameux Mr. Rogers va permettre au journaliste d’affronter ses propres démons et lui permettre, d’une certaine manière, de se confronter à l’image du père parfait qu’il aurait aimé avoir.
Dans l’ensemble, le film de Marielle Heller est d’une douceur chaleureuse qui rappelle que que la bonté humaine est aussi simple que réelle, à l’heure où le monde devient toujours plus individualiste aussi bien dans la sphère privée que professionnelle. De plus, L’Extraordinaire Mr. Rogers confronte la gentillesse et l’écoute naturelle de son personnage à un homme enfermé dans sa colère, brisé par un passé qu’il trimbale avec lui au quotidien, menaçant bientôt sa vie de famille et finalement son rôle de père.
Bien décidée à véhiculer les valeurs de son héros, Marielle Heller focalise son propos sur l’importance d’aimer (de faire savoir qu’on aime et de savoir qu’on est aimé) et surtout de pardonner (ou d’entendre le pardon) pour pouvoir avancer – ou, a minima, pouvoir faire la paix avec le passé et/ou ce qui ne peut être changé.

Là où le film se rate dans l’exercice attendu du biopic, c’est en n’osant pas approcher de plus près son personnage titre. Marielle Heller tourne autour du pot, laissant vaguement filtrer l’exaspération (passagère) de son entourage professionnelle ou des sous-entendus de son épouse, mais cet Extraordinaire Mr. Rogers restera insondable jusqu’au bout et ne révélera jamais le fond de sa pensée. Du coup, au lieu d’une découverte, ce faux biopic / vrai drame humain passe à coté du plus intéressant pour se réfugier dans un récit certes sensible et parfois bouleversant, mais qui reste finalement très en surface. Qui est Mr. Rogers au-delà de cette image d’homme bienveillant à l’oreille attentive et aux bons mots ? Est-il heureux ? Comment a-t-il vécu toutes ces années de célébrité et l’image lisse qu’il a dû maintenir ? C’est aussi pour cela que Mr. Rogers reste pour moi un « personnage » et non une personne, puisque le film ne fait que se reposer sur son image publique, sans jamais réussir à percer l’intime. Une partie de moi aurait aimé en savoir plus et peut-être découvrir une faille, ne serait-ce que minime, dans ce personnage beaucoup trop bon pour être vrai. Ou alors, cela confirme juste ma vision tristoune du monde qui m’entoure où il me semble impossible que les gens soient aussi bienveillants et sans aucune part d’ombre.

Au casting, c’est donc Tom Hanks (Pentagon Papers, The Circle, Sully…) qui incarne L’Extraordinaire Mr. Rogers, trouvant la juste dose entre ses apparences affables et sa capacité à atteindre le spectateur en un regard – une scène (une minute) en particulier est parvenue à me mettre les larmes aux yeux – sans même avoir grandi avec ce personnage culte aux US. Face à lui, Matthews Rhys (Mowgli : La Légende de la Jungle, The Americans…) est parfait dans la peau de ce journaliste coléreux, tandis que Chris Cooper (Les Filles du Docteur March, Live By Night…) est tout aussi bon dans son rôle. Autour d’eux, Susan Kelechi Watson (This Is Us…), Wendy Makkena (NCIS…) et Tammy Blanchard (Dare Me…) complètent un ensemble secondaire mais solide.

En conclusion, si L’Extraordinaire Mr. Rogers ne permettra pas au public français de réellement découvrir qui était ce personnage américain culte (et c’est bien dommage), le film de Marielle Heller conserve la bonté et les bons conseils de son héros pour les distiller dans le parcours d’un homme hanté par ses démons et qui ne parvient plus à se sortir de cet état. Bienveillant, oui, mais également communicatif dans ses intentions : L’Extraordinaire Mr. Rogers, malgré ses airs de perfections, rappelle l’importance de faire la paix avec soi-même et les autres. À voir.

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