[SPOILERS] Mother! de Darren Aronofsky : mon analyse du film

ATTENTION : cet article contient des spoilers !

Il y a des films comme ça qui se digèrent : on ressort de la salle déboussolés, sans savoir si on a aimé ou pas. Souvent parce que la question n’est pas aussi simple et que le film est là pour faire réagir. Après des films comme Enemy de Denis Villeneuve, ou encore Nocturnal Animals de Tom Ford, c’est au tour de Mother! de me chambouler la tête.
J’ai vu le dernier film de Darren Aronofsky lundi avant sa sortie et je peux vous dire que j’ai mis du temps à m’en remettre (et à ramasser ma mâchoire). Une fois passé le choc, notamment après cette deuxième partie complètement folle et un poil glauque, Mother! est en fait un film aussi extrême qu’intéressant, une fois le sous-texte analysé… à ma façon ! En effet, si Aronofsky est accusé de choquer de façon primaire, je trouve qu’au contraire l’exercice n’est pas totalement vain et c’est ce qui sauve le film de la cata.
Alors oui, il nous pond encore une allégorie biblique et s’enflamme dans de trop nombreuses métaphores complexes et imbriquées – voire lunaires – ce qui fait que le film ne peut être apprécié qu’après micro-analyse. Tout n’est pas forcément explicable, étape par étape, je tente simplement de dépiauter les grandes lignes. Je ne dis pas qu’il faut analyser et comprendre le film pour l’apprécier, c’est en tout cas ce qu’il m’a fallu !

Paradis sur Terre : l’Homme et la Terre

Derrière la dissection du couple et de sa vision de l’amour inconditionnel, je pense que le propos de Darren Aronofsky va au-delà de la perception littérale des personnages, mais se risque à une allégorie, très capillotractée je l’admets, sur le Jardin d’Eden (le créationisme) et la relation à sens unique entre l’Homme – conquérant, profiteur, indifférent et peu reconnaissant – et la nature (ou la Terre, le foyer de l’Homme) – fertile et généreuse, capable de donner et de pardonner jusqu’au moment où elle n’a plus d’autres ressources, à différentes strates. Sous son apparente folie pure, Mother! semble aussi personnifier l’épée de Damoclès qui pèse au-dessus de nos têtes, à travers l’insouciance du personnage de Javier Bardem, la représentation de l’Homme, qui ne fait que prendre sans soucier du sort de son foyer (la maison ET Jennifer Lawrence, donc) qui dépérit à petit feu.

Ce n’est pas si impossible, car quand on y regarde de plus près, les personnages n’ont pas de noms de rôle mais des définitions. Si Javier Bardem incarne Lui, Jennifer Lawrence est Mère… Alors qu’elle ne l’est physiquement pas pendant une bonne partie du film. En fait, elle est la mère de tout. La maison représente le Foyer, tel un paradis sur Terre, créé à partir de rien – ou plutôt les cendres d’une tentative précédente mais ratée – d’abord par Lui, au début du film, puis entretenu par Mère qui l’a façonné avec amour et générosité, fournissant chaleur, nourriture, et tout ce qu’il faut afin que l’Homme puisse s’y épanouir. On voit bien au début du film : d’abord les ténèbres, puis Lui qui récupère le cœur, la lumière et enfin la Mère nourricière apparaît et apporte la vie à partir de rien. Le début du film montre un début serein et paisible, dans ce paradis inviolé et reculé de tout, rythmé par le personnage de Jennifer Lawrence intimement lié à la maison, dont le cœur se trouve dans les murs. À noter que ce cœur n’est jamais montré entièrement plein, on le voit soit en train de croître, soit entrain de dépérir – même plus tard, quand elle est enceinte. Pour moi, cela signifie que ce personnage restera toujours incomplet, dans l’attente d’un retour d’affection ou de reconnaissance de Lui.

Le Jardin d’Eden : Dieu et les Hommes

Le film bascule avec l’arrivée d’invités imprévus. D’abord l’Homme (Ed Harris), puis bientôt la Femme (Michelle Pfeiffer) et enfin leurs enfants, qui s’imposent et brisent le foyer paisible. Mère accepte malgré elle leur présence, face à l’attitude de Lui qui les invite sans retenue. C’est peut-être la partie la plus compliquée à cerner, car s’il s’agit bien d’une représentation d’Adam et Eve, pourquoi avoir choisi des personnages de cet âge ? Et comme il n’y a aucune notion de Serpent ou de perte d’innocence, c’est encore plus compliqué mais ce sont bien leurs fils qui complètent la métaphore, lorsqu’ils débarquent pour se disputer puis s’entre-tuer, sous l’effet de la colère et de la jalousie… comme Abel et Caïn.
Après ce premier affront, Mère parvient à réparer les dégâts et parvient à redonner vie à son foyer, notamment en tombant enceinte de Lui, comme un nouveau départ. Mais Lui, galvanisé par cette première expérience avec l’humanité, continue de chercher son bonheur ailleurs, puisant son inspiration à travers cette mère nourricière pour conquérir l’amour et l’admiration des autres qu’il invite à partager son foyer sans considération pour elle. Et c’est là que tout dégénère. Darren Aronofsky oscille entre la folie psychotique et la mythologique religieuse à travers l’avènement d’un nouveau prophète pour guider le reste des hommes, jusqu’au chaos, le surnombre, la débauche et la surconsommation qui va pousser Mère à couper court à ce désastre… soit le jour où la Terre en aura marre qu’on la pille n’importe comment et nous éradiquera tous, donc (la métaphore dans la métaphore).

Darren Aronofsky et Dieu

Et Lui, dans tout ça, qui est ce personnage qui n’est pas un Homme ? Darren Aronofsky pointerait-il Dieu du doigt ? Celui qui, selon les croyances, aurait créer la Terre (Mère), puis il a créer l’Homme (Ed Harris), puis la Femme (Michelle Pfeiffer), qui eux deux ont enfanté deux enfants qui ont fini par s’entre tuer par jalousie ?! Lui serait donc ce Dieu qui chercherait l’amour et l’admiration des Hommes, leur pardonnant tout et n’importe quoi en dépit des conséquences pour cette Terre qu’il a créé en si peu de temps et qu’il entretient si mal, au profit de ses créatures (façonnées à son image) qu’il chérit plus que tout ? La dernière partie, très extrême, montre des scènes de violences, de débauche, de frénésie et d’adoration démonstrative à travers cette foule qui se rue dans la maison et saccage tout, quittent à y mettre le feu, à tuer… L’humanité est en chute libre et sans repère, livrée à elle-même et permis de tout par un dieu trop aimant et trop content d’être idolâtré dans ses moindres faits et gestes (une marque de suie sur la joue devient une marque sacrée). Mother! cumule de nombreuses références bibliques à ce moment, en transformant le Foyer en Terre Promise par exemple, jusqu’à la naissance du bébé.
Après Noé, le réalisateur se place de l’autre coté du viseur : et si Dieu n’était qu’un enfant égoïste, prêt à sacrifier le seul organisme vivant et pur qu’il a créé (ou qui l’a créé) ? En voilà une théorie choquante et/ou dérangeante mais qui permet de voir l’autre facette du proverbe « Dieu est amour », explorant les dommages collatéraux de cet amour inconditionnel qui Le rend si aveugle et prêt à pardonner les pires crimes. Et si Dieu n’était qu’un homme comme les autres, à la recherche de l’amour et de l’acceptation des autres ? D’ailleurs, quand Mère lui donne un fils, il n’a qu’une seule envie : le montrer à ses disciples, et il n’a aucune réaction quand ce dernier est dévoré par ses adeptes. On pourrait y voir un parallèle exagéré de la naissance et mort de Jésus, reconnu comme l’enfant de Dieu et pourtant trahi par les hommes (« Ceci est mon corps… » Littéralement). Et quand Mère découvre l’horreur, le Fanatique (Stephen McHattie) lui récite les paroles de Lui, celles qui a prononcé lors de la veillée pour la mort du fils de l’Homme, avant de la livrer à la foule enragée qui la frappe violemment.
Malgré tout, Lui pardonne et observe Mère se sacrifier et mourir… pour construire une nouvelle version dans laquelle il pourra épanouir son éternel projet.

L’égoïsme

Entre remise en question religieuse et message sous-jacent sur l’environnement (pour rappel, que nous épuisons les ressources annuelles et naturelles de la Terre toujours plus tôt d’années en années – nous vivons déjà à crédit depuis août), Darren Aronofsky ne se questionne pas uniquement sur l’existence de l’Homme et son Pourquoi, comme aiment souvent le faire les films de genre (drames, thrillers psychologiques, science-fiction) – comme le récent Alien: Covenant de Ridley Scott, par exemple – mais se focalise sur le créateur et ce qui se cache derrière ce besoin d’avoir un jour créé l’Homme alors qu’il vivait en harmonie dans son Foyer avec Mère. Si l’amour et le don de soi sont évidemment au centre, le film met aussi en évidence ce besoin incurable d’être aimé et cette tendance à chercher l’attention ailleurs, alors que la source du bonheur est probablement déjà sous nos yeux et à portée de main. L’humanité serait-elle destinée à profiter et chercher l’amour et la reconnaissance sous toutes ses formes, puisqu’elle a été conçue ainsi ?

***

Tout ceci étant mis à plat, il faut quand même (re)souligner le fait que Darren Aronofsky va beaucoup trop loin dans sa réflexion – ou non-réflexion. À force d’encapsuler des métaphores, Mother! parait insensé et fouillis, malheureusement peu accessible ou encore trop complexe pour avoir envie de se pencher sur le sujet. Voilà qui pourrait en rebuter plus d’un. Pour ma part, j’ai hâte de voir son prochain film qui, si on suit sa logique d’alternance, devrait être bien plus linéaire.

Et vous, qu’avez-vous pensé de Mother! ? N’hésitez pas à partager avis et réflexion en commentaires 🙂

3 réflexions sur “[SPOILERS] Mother! de Darren Aronofsky : mon analyse du film

  1. Il faut aussi souligner que le réalisateur est en couple avec Jennifer Lawrence, ce film peut donc se voir comme un message personnel pour elle. Aimer un artiste, comme lui, est destructeur. Jennifer Lawrence est sa muse du moment. Voilà.

    • Je vois souvent cet argument mais ils n’étaient pas encore en couple au moment du tournage, encore moins quand Aronofsky a écrit le film. Alors soit il craquait pour elle depuis longtemps, soit c’est sa vision du couple en général, ou un constat sur ses relations passées… ☺️

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