[CRITIQUE] Je Voudrais Que Quelqu’un M’attende Quelque Part, d’Arnaud Viard (sortie DVD et VOD)

Le pitch : Dans la belle maison familiale, à la fin de l’été, Aurore fête ses 70 ans, entourée de ses 4 enfants, tous venus pour l’occasion. Il y a là Jean-Pierre, l’aîné, qui a endossé le rôle de chef de famille après la mort de son père ; Juliette, enceinte de son premier enfant à 40 ans et qui rêve encore de devenir écrivain ; Margaux, l’artiste radicale de la famille, et Mathieu, 30 ans, angoissé de séduire la jolie Sarah. Plus tard, un jour, l’un d’eux va prendre une décision qui changera leur vie…

Réalisé par Arnaud Viard
Avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe, Camille Rowe
Disponible en DVD et VOD le 27 mai 2020
Bonus : Scènes coupées

Derrière ce titre aussi évasif qu’évocateur se cache l’adaptation d’un recueil de nouvelles éponyme écrit par Anna Gavalda. Sur douze nouvelles de longueurs et à impacts différents, le film d’Arnaud Viard (Clara et Moi…) en picore quelques-unes pour les intégrer dans une tranche de vie familiale, ou plutôt fraternelle. Je Voudrais Que Quelqu’un M’attende Quelque Part s’articule autour d’une fratrie (deux sœurs et deux frères) et, comme beaucoup d’histoires d’Anna Gavalda, raconte la banalité de la vie dans une forme aussi attachante qu’accessible. Entre aspirations frustrées et ronrons quotidiens, le film égraine les espoirs lancinants et les maux humains. À première vue, Je Voudrais Que Quelqu’un M’attende Quelque Part se détache des dramédies familiales françaises habituelles, par son manque d’éclat ou de dysfonction, mais c’est finalement dans son approche simpliste que le film touche. J’ai aimé le format lumineux et sans effort de l’ensemble, ainsi que ses personnages imparfaits qui sont chacun confrontés à leurs choix passés d’une manière ou d’une autre.

Derrière sa légèreté et sa normalité, le film va peu à peu tisser une trame doucereuse qui ne va épargner aucun de ses personnages, laissant filtrer le drame imminent et inévitable dans ce type de film. Un drame qui m’a touchée personnellement car j’en ai vécu un similaire il y a à peine deux ans, mais au-delà de mon expérience, je trouve que le film d’Arnaud Viard parvient à donner le sens nécessaire à son film à travers ce virage terrible. Au-delà de la banalité des choses, Je Voudrais Que Quelqu’un M’attende Quelque Part dissèque finalement une vérité brutale : malgré les liens inaltérables du sang, une fratrie n’est que le fruit d’un hasard et malgré la cellule familiale, ses membres ne sont que des individus isolés, engoncés dans les mêmes espoirs et les mêmes craintes que tous ceux qui nous entourent. Une réalité qui saute aux yeux souvent trop tard mais qui, comme le film le démontre, n’est pas une fatalité ni un point final, mais potentiellement le début d’une existence plus consciente car l’absence n’efface pas l’amour ni ces fameux liens du sang : elle les rend encore plus palpables et vivants.

Cependant, il y a quelques bémols dans ce récit feutré. Le fait d’être porté par un recueil de nouvelles se fait ressentir dans le traitement de quelques intrigues : des moments douloureux sont balayés sans laisser de trace, des retrouvailles resteront suspendues dans le temps, sans parler de la disparition de rôles secondaires en cours de route. Je Voudrais Que Quelqu’un M’attende Quelque Part propose beaucoup au démarrage, puis se recentre dans sa seconde partie, finissant donc par laisser sur le carreau quelques rebondissements perdus dans une temporalité un peu floue.

Au casting : on (re)découvre un Jean-Paul Rouve (Voyez Comme On Danse, Dalida…) loin des Tuche, dans un rôle mélancolique, aux cotés d’une Alice Taglioni (La Dernière Folie de Claire Darling, Réparer Les Vivants…) touchante et solide, tandis que Benjamin Lavernhe (Mouche, Mon Inconnue…) et Camille Rowe (L’Idéal, Rock’n’Roll…) jouent les seconds couteaux. Autour d’eux, on retrouve Aurore Clément (L’Île aux Chiens), trop en retrait, tandis qu’Elsa Zylberstein (Selfie…) me parait toujours aussi insipide.

En conclusion, en adaptant le recueil d’Anna Gavalda, Arnaud Viard prend le risque de faire trop simple et trop lisse avec un récit attendu. Cependant, Je Voudrais Que Quelqu’un M’attende Quelque Part parvient à extraire de la vie dans un récit aux apparences banales, rappelant (cruellement) que les liens du sang ne suffisent pas toujours. À voir, malgré un léger goût d’inachevé en fin de parcours.

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